Ce Jérôme Cahuzac qui s’offrait comme poisson-pilote…

Ainsi que nous l’annonce le site du Figaro à la date du 4 avril 2013 par un message dû à Anne Jouan :
« Jérôme Cahuzac a travaillé de 1988 à 1991 au cabinet de Claude Évin, alors ministre de la Santé, en tant que conseiller en charge de l’industrie pharmaceutique. Un poste qui lui a permis de nouer de précieux contacts dans le secteur. »

De ces personnages qui font l’aller-retour entre les ministères et les affaires, en voici d’autres. Ouvrons « Une santé aux mains du grand capital ? » (accessible ici) à la page 208 dont le contenu est repris des travaux de la mission d’information du Sénat sur le Médiator :
« Nous évoquons ici, bien sûr, la personne de Jacques de Tournemire, ancien conseiller pour les industries de santé au cabinet du ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées, Jean-François Mattéi. Sans se départir d’un calme olympien, il déclare :
« Depuis, j’ai travaillé pour une entreprise pharmaceutique, Pfizer, entre 2007 et 2010, et depuis, je suis consultant et j’interviens dans le domaine de la santé, et, à ce titre je travaille avec un certain nombre de laboratoires pharmaceutiques. » Dans la pharmacie, Pfizer n’est guère que le numéro 1 mondial, s’il vous plaît…

Mais voici venir Louis-Charles Viossat, dont le cas est assez différent : « Lorsque Jean-François Mattéi m’avait proposé en mai 2002 de diriger son cabinet, j’avais passé environ 3 ans à la Banque mondiale, aux États-Unis, et à l’époque je m’occupais de problèmes de santé, de retraites et d’emploi dans la région Asie et Pacifique, mais depuis 9 mois je venais de rejoindre la filiale française de Eli Lilly qui est une société pharmaceutique basée à Indianapolis. »
Et depuis qu’il a quitté Jean-François Mattéi et son ministère de la Santé… : « J’exerce les fonctions de directeur des affaires gouverne-mentales du groupe Abbott en Europe, c’est-à-dire à Bruxelles et dans une quarantaine de pays. Abbott est un groupe mondial de santé qui est présent dans la nutrition, dans le diagnostic, dans les dispositifs médicaux et également dans le domaine de la pharmacie. »

Revenons au texte d’Anne Jouan :
« Au début des années 1990, le prix des médicaments et leur taux de remboursement par la Sécurité Sociale, deux points fondamentaux pour les laboratoires pharmaceutiques qui ont intérêt à avoir un médicament vendu cher et remboursé le plus possible par la Sécurité sociale, sont décidés par la commission de la transparence mais c’est le ministère de la Santé qui a le dernier mot. Ce n’est qu’en 1995 qu’est créé le comité économique des produits de santé (CEPS), organisme interministériel chargé de fixer le prix des médicaments. »

Certes, mais l’existence du CEPS n’aura pas empêché la survenue en décembre 2002 d’un phénomène très curieux… Alors que la Sécurité sociale, tenant compte d’un avis de la Commission de trans-parence proclamant l’insuffisance du service médical rendu par le Médiator, demandait au ministre Mattéi l’application d’une baisse de moitié de son prix de vente. Pas de réponse…

L’explication de cette désinvolture se présente à la page 123 d’« Une santé aux mains du grand capital ? » Nous allons y retrouver l’un des futurs collaborateurs de Pfizer et de quelques autres laboratoires, monsieur de Tournemire, alors conseiller technique auprès du ministre responsable de l’étrange silence. Voici son chef devant la mission d’information du Sénat :
« Que pense de cette désinvolture celui qui était ministre de la Santé à l’époque : Jean-François Mattéi ? N’est-il pas coresponsable ? Le sénateur Bernard Cazeau qui, en ce 8 février 2011,  préside occasionnellement la séance de la mission d’information de la Haute Assemblée, ne lui veut manifestement aucun mal. L’ayant interrogé, mais prenant aussitôt les devants, le sénateur déclare, sur un ton savoureusement patelin :
« De toute façon, vous avez un de vos collaborateurs, Jacques de Tournemire, qui était conseiller technique chez vous, qui a pris sur lui justement cette affaire, et il dit dans un interview assez récent : « Je ne m’explique pas pourquoi nous n’avons rien fait. C’est indéniable. Il y a bien une note qui dit qu’il faut baisser. » »
Et encore :
« On ne l’a pas fait. S’il y a une responsabilité, c’est la mienne puisque j’étais chargé de la politique du médicament. »

Pour 2001, Médiator avait coûté 30 millions d’euros à la Sécurité sociale. Pour la suite, Jacques Servier aura donc dû une fière chandelle à Jacques de Tournemire, si pas au ministre Mattéi

Michel J. Cuny


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