Monsieur le Capital, dessine-moi une maladie, s’il te plaît…

Avec leur façon de frapper très fort un peu de tous les côtés, MM. Even et Debré nous ouvrent parfois des horizons qui sont très éloignés de nous laisser dans la seule dépendance du mastodonte Sanofi… Comme si la douche écossaise devait également pouvoir leur être destinée aussi souvent que possible. A ce compte, il n’est pas certain que, du Sanofi, il en reste beaucoup à la fin de la lecture et de l’analyse de leur gros livre, mais nous ne saurions nous en plaindre.

Les voici qui vont même nous permettre de plonger dans les mystères de la fabrication d’un pan essentiel de l’idéologie dominante contemporaine, et, par là même, nous fournir de quoi réamorcer l’analyse marxiste dont on ne peut pas dire qu’elle n’a pas presque entièrement déserté le camp de la prétendue « gauche » française du temps présent. Ce qui est un comble pour deux gladiateurs qui prétendent se ranger sous la bannière d’un certain Chris Viehbacher.

Tout commence de la façon suivante, et en caractères gras dans l’original également, mais sans les italiques : (page 77)
« Apparue au détour de la dernière guerre mondiale, la thérapeutique est la fille de l’industrie pharmaceutique des années 1940-1980 […] »

Pour qui n’avait pas encore eu l’occasion d’y arrêter son attention, il y a là de quoi recevoir un vrai choc.

Reprenons alors la question sous un autre angle : (page 76)
« La médecine clinique observationnelle et descriptive, l’art du diagnostic et du pronostic, la classification des maladies, la recherche de leurs causes, sont bien l’oeuvre des médecins, mais la thérapeutique n’est restée pendant des siècles que psalmodies, clystères, purgatifs et saignées. »

Allons bon. Rien qu’une dynamique des fluides et des discours… Combien de temps aura donc duré cette façon, pour la science médicale, de ne pas même se hisser, par ses propres procédés, à la hauteur des produits de la nature utilisés dans les médecines de tradition paysanne ?

Pourtant, la voici qui s’en rapproche, par le biais d’emprunts et de quelques apports qui n’éloignent pas trop la nouvelle thérapeutique des chemins anciens : (page 76)
« Jusqu’à la fin des années 30, elle se résume aux alcaloïdes végétaux du pavot, de la digitale, de la belladone, du saule ou du coca, etc., au bromure, au véronal, au salvarsan, à l’insuline, à l’éther, au chloroforme, à la saignée et aux sanatoriums mortifères. »

Avouons que nous avons tout à coup l’impression d’être revenus de loin… grâce à cette autre thérapeutique qui « est la fille de l’industrie pharmaceutique des années 1940-1980 ». Il y fait si bon vivre.

Mais, à peine avons-nous commencé à reprendre notre souffle, que les professeurs Even et Debré nous remettent la tête sous l’eau (gare au sel!) : (page 77)
« Dans l’immense domaine du médicament, les médecins n’ont été, à de rares exceptions près (insuline, cortisone), que des évaluateurs et la médecine moderne est donc bien fille de l’industrie pharmaceutique. Les médecins d’aujourd’hui ne sont que ses scribes. Elle leur fournit les armes de leur action et la manière dont ils doivent s’en servir. Ils ne seraient rien sans elle. »

Après une industrie pharmaceutique française, dont la « disparition complète n’affecterait en rien la santé des Français » (page 24), après un Sanofi tel que, sans lui, « la santé publique mondiale n’aurait pas été différente » (page 126), nous voici bien embarrassés de découvrir que les médecins eux-mêmes ne seraient rien sans l’industrie pharmaceutique…

Touchons-nous enfin le fond ? Nenni, point du tout : (page 77, avec les caractères gras de l’original)
« C’est aujourd’hui, de factol’industrie qui enseigne non seulement la thérapeutique, mais la médecine tout entière parce qu’elle redessine le paysage des maladies qu’elle recentre, non en fonction de leur importance en termes de santé publique et de besoins thérapeutiques, mais en fonction des grands marchés des molécules qu’elle a commercialisées. »

Et, sous les applaudissements des investisseurs (côté valeur d’échange centralisée), ce sont , à la fois, la véracité de nos vraies maladies et la bonne façon de les traiter qui font plouf !

Michel J. Cuny


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