IV. 61 – Qu’en est-il de la souveraineté de la Syrie ? Astana II (Kazakhstan), 15 et 16 février 2017

IV. 61 – Qu’en est-il de la souveraineté de la Syrie ?
Astana II (Kazakhstan), 15 et 16 février 2017

Le 6 février a lieu une réunion destinée à préparer Astana II. Sur le terrain, en soutenant les groupes armés d’opposition, les troupes turques portent atteinte à l’intégrité territoriale de la Syrie puisque l’État syrien n’a pas demandé à la Turquie d’intervenir sur son sol ; en s’ingérant dans les affaires intérieures de l’État syrien, elles portent atteinte à la souveraineté de la Syrie ; en profitant de la situation pour contrecarrer les Kurdes, elles portent atteinte à l’unité de la Syrie. Alors qu’elles sont censées attaquer les troupes de l’ÉI (État Islamique) dans le cadre de l’opération « Bouclier de l’Euphrate », elles font, avec les groupes d’opposants, du surplace au nord de la ville d’al-Bab, peuplée d’environ 100.000 habitant(e)s, dernier bastion syrien où se trouvent positionnées les troupes de l’ÉI. Quant à l’armée syrienne, à la veille des pourparlers d’Astana II, elle est au sud de cette ville vers laquelle elle progresse rapidement, appuyée par le Hezbollah ; par ailleurs, elle exerce des pressions sur l’ÉI dans les provinces de Damas et de Homs (du côté de Palmyre).

Les provinces de la Syrie

Le chef adjoint du département des opérations de l’état-major général des forces armées russes, Stanislav Gadjimagomedov, qui dirige la délégation russe le 6 février, devait déclarer à propos des deux camps opposés sur le terrain : « Ils se sont accordés sur certaines mesures de contrôle du cessez-le-feu en Syrie, et pourront ainsi anticiper toute provocation de l’un ou de l’autre camp. » [Ambassade de France au Kazakhstan, Revue de la presse kazakhstanaise, Bilan de la réunion pour la Syrie, mardi 7 février 2017.]

Selon lui, les différents protagonistes ont pris « des mesures pour garantir une confiance entre les camps, quant à l’accès sans restrictions à l’aide humanitaire d’urgence ». [Idem.] « Les délégations russes, turques, iraniennes et onusiennes qui ont participé au groupe conjoint pour l’application du cessez-le-feu en Syrie ont réaffirmé leur engagement à maintenir un haut niveau de coopération entre elles. » [Idem.]

À l’issue de cette réunion du 6 février, le ministre des Affaires étrangères russes, Sergueï Lavrov, donnait une conférence de presse lors de laquelle il devait signaler que la Jordanie avait obtenu des accords, concernant le respect du cessez-le-feu, avec les diverses parties syriennes : « Nous accueillons avec joie tout rapprochement avec nos collègues jordaniens qui sera bénéfique pour le Centre d’information russo-jordanien basé à Amman et dédié à la sortie de crise syrienne. » [Idem.] Il s’agit aussi de mener ces diverses forces d’opposition à accepter un dialogue direct avec les représentants de l’État syrien : « Si les parties syriennes n’ont à nouveau pas souhaité se rencontrer ; elles se sont déclarées prêtes au dialogue, d’abord par interposition, ensuite, nous l’espérons, directement entre elles. » [Idem.]

Les pourparlers d’Astana II, 15-16 février 2017

Les 15 et 16 février, les pourparlers entre les représentants de l’État syrien et les représentants des groupes de l’opposition se poursuivent au Kazakhstan, toujours sur invitation de la Russie, de l’Iran et de la Turquie. L’émissaire spécial de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, est présent. Deux délégations jordanienne et états-unienne sont là en tant qu’observatrices.

Un simple retour dans le passé le plus proche rappelle que partout où les armées occidentales (états-uniennes, britanniques, françaises), suivies par les forces de l’OTAN, sont allées prétendument soutenir les peuples et exporter les valeurs occidentales, elles n’ont semé que le chaos. D’où la nécessité de soutenir la République Arabe Syrienne. Le 16, le Conseil de la Fédération de Russie organise une rencontre en duplex, dans la capitale kazakhe, entre les parlementaires russes et syriens et les représentants des deux délégations. Les parlementaires syriens et russes constatent une concordance de points de vue sur la situation qui affecte la Syrie.

Le président de l’Union socialiste arabe, Khaled Abboud, devait rappeler la raison essentielle pour laquelle la Russie a accepté d’intervenir militairement, sur la demande de l’État syrien : « La Russie est venue en Syrie pour défendre la souveraineté de cette dernière. » [Rbth (Russia beyond the headlines), Oleg Egorov, Des parlementaires russes et syriens évoquent la nouvelle rencontre d’Astana, 17 février 2017.]

Konstantin Kossatchov

Le président de la Commission des Affaires internationales du Conseil de la Fédération de Russie (Chambre haute), Konstantin Kossatchov, ne peut pas ne pas être soucieux des institutions syriennes… Selon lui, « l’avenir de ce pays », en guerre depuis 2011, ne se construira qu’en respectant « le droit souverain de la Syrie et de son peuple ». [Idem.]

Est-il possible de citer un seul pays occidentalo-golfico-sioniste qui interviendrait militairement, sur demande d’un pays en difficulté, pour sauvegarder la souveraineté de celui-ci ? Force est de répondre sans risque de se tromper : Non.

Il ressortirait de ces deux journées la constitution d’un groupe de représentants russes, turcs et iraniens chargés d’assurer le suivi du cessez-le-feu par toutes les forces armées en présence sur le sol syrien, y compris les forces de la coalition dirigée par les États-Uniens ; seule la lutte contre les groupes terroristes échappe à la trêve. La trêve, c’est pour permettre aussi à l’aide humanitaire de secourir la population en détresse.

Or, les pays des droits de l’homme – qui tiennent, dans une main les bombes, et dans l’autre les pansements – privilégient les zones où se trouvent les groupes qui combattent l’armée syrienne et négligent d’apporter du secours aux populations qui se trouvent dans les zones contrôlées par l’État syrien. Ce qui fait dire à la députée indépendante de l’Assemblée du peuple, Achwak Abbas : « L’aide humanitaire se politise. » [Idem.] L’un des membres de la commission des Affaires internationales de l’Assemblée du peuple, Ahmad Kuzbari, a mis en garde les États-Unis, l’Arabie saoudite, ainsi que la Turquie qui mène un double jeu en se positionnant à la fois aux côtés de la Russie et de l’Iran et aux côtés des opposants à l’État syrien… « Celui qui dirige son arme contre le pouvoir légitime est terroriste. » [Idem.]

Que les dirigeants des pays occidentalo-golfico-sionistes, qui rêvent de choisir à la place des peuples, se le tiennent pour dit.

Suite : IV. 62 – Plutôt l’ÉI que des pays arabes libres, souverains et indépendants ; Astana III (Kazakhstan), 14-15 mars 2017

Françoise Petitdemange
15 juin 2017

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