Eltsine-Berezovski : rien que des tontons flingueurs dans une Russie de cauchemar

Grâce en particulier à Frédéric Pons, nous allons faire plus ample connaissance avec Boris Berezovski et avec ce que l’on pourrait appeler le « système Eltsine ». Par contraste, nous comprendrons mieux la position de Vladimir Poutine et les enjeux de son accession à la magistrature suprême au sein de la Fédération de Russie en 1999-2000.

Boris Eltsine (1931-2007) – Boris Berezovski (1946-2013)

Autant le dire tout de suite : Boris Abramovitch Berezovski est un juif de Moscou. Qu’il lui advienne d’être atteint par les critiques et, devenu célèbre, par l’impopularité…
« Il l’explique par un certain antisémitisme dans la société russe. » (Pons, page 162)

Cette impopularité devait exploser à la suite de la crise financière qui a frappé de plein fouet la Russie au mois d’août 1998.

Mais revenons une petite dizaine d’années plus tôt…

Sans que nous ayons à nous pencher, pour l’instant, sur l’ensemble des processus politiques qui ont débouché, à travers la perestroïka et la glasnost gorbatchéviennes, sur l’apparition, dans l’ancien pays de la dictature du prolétariat ouvrier et paysan, de semblables personnages, voici Boris Berezovski lancé dans la grande aventure de l’accumulation primitive :
« Il gagne ses premiers millions de dollars (à l’époque en roubles) en achetant et en revendant les voitures produites par l’usine de Togliatti sur la Volga. » (Pons, page 160)

Peu à peu, des liens s’établissent entre Berezovski et ce Boris Eltsine, longtemps très utile à Mikhaïl Gorbatchev du fait de son aptitude manifeste à faire les quatre cents coups dans la sphère politique d’un soviétisme à la ramasse depuis la mort de Joseph Staline en mars 1953.

Ainsi, avant d’être en situation, vers 1998, de devenir un vrai faiseur de roi, Boris Berezovski participe à la grande campagne de filouterie qui va servir à circonvenir magistralement les masses, avant de les dépouiller de tout contrôle sur les grandes richesses du pays, et jusque sur le premier morceau de pain. Le voici devenu grand truand aux mains pleines :
« Son trésor de guerre, ses réseaux, ses hommes de main aident Eltsine à remporter les élections successives : les législatives de mars 1990, les présidentielles de juin 1991 et de juillet 1996, et toutes les épreuves intermédiaires, comme la tentative de putsch des communistes radicaux en août 1991. » (Pons, page 160)

Ici, ne commettons aucune erreur : il s’est agi, pour Berezovski – allié des États-Uniens – d’organiser l’invraisemblable pantalonnade du brave gars tout seul sur son char…
« En retour, grâce au président, il a accès aux circuits de décisions politiques et administratifs. Cette « licence » lui permet de pénétrer les entreprises d’État en cours de privatisation (AutoVAZ, Aeroflot, la compagnie pétrolière sibérienne Sifnet, la chaîne de télévision ORT, les quotidiens Novaïa Gazeta et Nezavissimaïa Gazeta) et d’y pousser ses intérêts. Il acquiert des parts au rouble symbolique, avec l’aide de banques d’État qui obéissent au président. » (Pons, page 161)

« Privatisation » !… Sur ce point également, nous n’avons pas le temps de nous arrêter. Ce sera pour plus tard… De même que nous ne saurons pas d’où est venu qu’à un moment donné de l’histoire soviétique, les frontières soient devenues – plus que poreuses… ouvertes aux quatre vents… très favorables à des Berezovski… qui…
« […] réussit un coup de maître en domiciliant à Lausanne 80 % des recettes de la compagnie Aeroflot, logés au sein de sa société Andava, dont il détient la moitié des parts. Cet argent disparaît ensuite dans des paradis fiscaux. » (Pons, page 161)

Nous le comprenons aussitôt : Berezovski a su bénéficier, en Russie, de ce qui est le minimum dans les… démocraties occidentales. C’est-à-dire qu’il a su faire fructifier l’entière panoplie des Droits de l’homme…

Et basculer très vite, de la position de voleur, à celle de… gendarme, jusqu’à atteindre le sommet de la Sécurité d’État. Cette fois-ci, c’est Yann Breault qui nous l’apprend en nous rappelant l’étrange ballet ministériel mis en œuvre par Boris Eltsine après sa réélection à la présidence de la Fédération de Russie en 1996 :
« Plus que Tchernomyrdine qui demeurait Premier ministre, Tchoubaïs et Nemtsov devinrent les véritables chefs du gouvernement. Fait nouveau, alors que le Premier ministre seul avait toujours siégé au Conseil de Sécurité, Eltsine y nomma aussi les deux vice-Premiers ministres [Tchoubaïs et Nemtsov]. Bientôt, et à la surprise générale, ils y furent rejoints par le fameux milliardaire Boris Berezovski que Eltsine nomma vice-secrétaire du Conseil. » (Breault, pages 46-47)

À ce moment, inutile de le nier, le capitalisme avait enfin triomphé en Russie

Mais le pas d’après avait déjà un goût plus que douteux. Il concernait…
« […] la nomination en avril 1998, de Berezovski comme secrétaire-exécutif de la CEI. » (Breault, page 47)

Cette Communauté des États Indépendants n’était rien qu’un fantôme auprès duquel l’oligarque ne pourrait que ronger son frein entre mai 1998 et mars 1999, tandis que l’orage de la crise du mois d’août 1998 allait préparer la déroute finale d’un Boris Eltsine qui, le 31 décembre 1999, ne saura déjà plus à quel saint se vouer, sinon à ce diable de… Vladimir Poutine.

Évidemment, Boris Berezovski était le dernier à pouvoir ignorer dans quel état d’hébétude pouvait parfois se trouver l’homme qui avait si facilement eu raison de Mikhaïl Gorbatchev en 1991. Ainsi, par-delà toute une série de projets, Vladimir Fédorovski nous indique-t-il que Berezovski
« […] voulait aussi préparer la succession du président. » (Fédorovski, page 90)

En lui donnant un numéro deux dûment estampillé par l’oligarchie… impétrant qu’il faudrait ensuite offrir aux suffrages de l’Assemblée parlementaire. Nous voici en mars 1998. Vladimir Fédérovski nous montre que Boris B. avait déjà un peu perdu la main :
« Une première tentative, au printemps 1998, aboutit à l’installation de Sergueï Kirienko au poste de Premier ministre. Mais l’investiture fut laborieuse. Ce fut seulement au troisième et dernier scrutin que la douma accepta de ratifier le choix du président. » (Fédorovski, page 90)

23 mars – 23 août 1998… Et déjà, la messe est dite :
« Le krach d’août 1998 finit par emporter le jeune dauphin de trente-cinq ans. Pour Berezovski, le vent avait tourné. Il était devenu l’homme le plus haï de Russie. Son impopularité battait tous les records. Eltsine dut en tenir compte en le libérant de sa fonction gouvernementale. » (Fédorovski, page 90)

Evguéni Primakov et Vladimir Poutine ne sont déjà plus très loin…

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

 

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