IV. 38 – Le « Printemps arabe » en Syrie et ses suites, raconté(e)s par Mr Fabius

Le « très remonté » ministre français des Affaires étrangères
et du Développement international,
Laurent Fabius

IV. 38 – Le « Printemps arabe » en Syrie et ses suites,
raconté(e)s par Mr Fabius

Lors d’un « Point de Presse », après son intervention à la « Conférence internationale de haut niveau « Soutenir la Syrie et la région » des 3 et 4 février 2016, le ministre français des Affaires étrangères et du Développement International, Mr Fabius, est très en colère : « Comment voulez-vous qu’il y ait une négociation qui soit efficace si l’opposition modérée, qu’on est parvenu tout de même à faire venir, est en même temps assassinée par ceux avec lesquels elle doit négocier ? » [Diplomatie-gouvernement, 3. Syrie – Conférence internationale de haut niveau « Soutenir la Syrie et la région » – Point de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international (Londres, 04/02/2016.] D’une part, ce n’est pas l’opposition qui vit en Syrie et qui se trouve sous les bombes qui peut avoir le temps de négocier mais plutôt l’opposition des exilé(e)s qui ne vivent plus en Syrie depuis des années et qui vont de conférence en conférence, de réunion en réunion, d’un pays à l’autre… D’autre part, il est possible de renverser le propos de Mr Fabius : “Comment veut-il qu’il y ait une négociation qui soit efficace dans un contexte où les pays belliqueux – la France et l’État sioniste, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l’Arabie saoudite, la Turquie – tentent un coup d’État contre le gouvernement syrien et le président réélu Bachar El Assad” ?

Mr Fabius est arrivé à cet entretien d’après Conférence… « très remonté » car, s’il parle de « négociations », il sait déjà qu’il n’y a rien à négocier : les dirigeants occidentalo-golfico-sionistes veulent, avant tout, le départ du Président réélu, Bachar El Assad – pour imposer leur pion – et qu’importe le peuple syrien ! « Donc il faut, et c’est l’urgence absolue et première, que les bombardements du régime cessent, que les sièges où l’on affame la révolution syrienne cessent, et que l’on se mette autour d’une table pour discuter du sujet de fond, qui est la situation en Syrie, et comment opérer la transition politique qui permettra, selon les résolutions du conseil de sécurité des Nations unies et des décisions onusiennes d’aller vers une Syrie nouvelle. » [Idem.]

« Les bombardements du régime » (ceux des groupes d’opposition ne gênent pas Mr Fabius puisque ce sont les occidentalo-golfico-sionistes qui les arment) ; « les sièges où l’on affame la révolution syrienne » (ils sont combien, ceux qui veulent faire une prétendue révolution ? dans les faits, il ne s’agit pas d’une « révolution » mais d’un coup de force d’une partie de la moyenne bourgeoisie, principalement celle qui veut revenir au pays pour s’emparer du pouvoir, transformer le régime socialiste en régime capitaliste et se lancer dans les affaires privées contre le peuple ; cf. les exilés libyens revenus au pays pour détruire l’État des masses avec le résultat que chacun(e) peut savoir…) et cela n’est évoqué que pour permettre à Mr Fabius de parler, pour la énième fois, de « la transition politique » que la France réclame à cor et à cri depuis 2012, par la voix de son ministre des Affaires étrangères et du Développement international : Mr Fabius lui-même.

Seulement voilà ! Mr Fabius cauchemarde car… Les « résolutions du conseil de sécurité des Nations unies et des décisions onusiennes » et les résolutions prises lors de la Conférence de Genève sont devenues obsolètes après l’élection présidentielle de juin 2014 qui a donné la victoire à Bachar El Assad. Qui plus est, depuis la fin septembre de cette année noire pour Mr Fabius, la Russie apporte tout son appui à la Syrie. Et, donc, « la transition politique », tant espérée par les fauteurs de coup d’État et maquillée en transition démocratique, se révèle telle qu’elle serait : une éviction – autoritaire, dictatoriale – de Bachar El Assad de la présidence de la République Arabe Syrienne contre le vote du peuple syrien : ce qui, donc, n’est pas très démocratique…

Quant à toutes les décisions prises, y compris celles onusiennes, contre le peuple syrien pour « aller vers une Syrie nouvelle », il est permis de se demander au nom de qui, de quoi, elles sont prises ? et de se dire qu’« une Syrie nouvelle » ne peut se faire avec des bombes, sauf s’il faut entendre, par « Syrie nouvelle », la reconstruction, par les multinationales occidentales, d’un pays qu’il fallait absolument dévaster, comme la Libye, pour réamorcer l’économie des pays capitalistes occidentaux et pour le plus grand profit des investisseurs et des actionnaires occidentalo-golfico-sionistes. Après tout, Mr Fabius, n’est-il pas ministre des Affaires étrangères… et du Développement international ? Et le « Développement », non pas « international » mais occidental, branché sur la finance internationale : voilà ce qui l’intéresse.

La question du journaliste, qui s’enchaîne sans maillon intermédiaire avec le propos précédent, révèle l’état dans lequel se trouve le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international, Mr Fabius : « En avez-vous discuté avec le secrétaire d’État américain [John Kerry], que l’on dit aussi remonté que vous ? » Le ministre français : « Moi, je suis très remonté, oui, très remonté, sur le fond. » Autre question qui fuse : « Contre les Russes ? » Mr Fabius : « Je suis remonté, enfin, le mot « remonté » est peut-être inexact, mais je demande simplement… » [Idem. Note FP : La précision entre crochets est de moi.] Il suffit d’évoquer « les Russes » pour calmer le ministre français : « La France est une puissance de paix, une puissance indépendante. » La France… « une puissance de paix » ? (Cf. la Libye, la Syrie, le Mali…) La France, colonie des États-Unis… « une puissance indépendante » ? Mais il rêve, le bonhomme…

Lors de ce « Point de Presse », qui suit son intervention à la « Conférence internationale »… « de haut niveau », voici comment Mr Fabius raconte le « Printemps arabe » en Syrie. Cela vaut le détour… « Il y a eu plusieurs phases. Il faut avoir à l’esprit qu’au début tout cela a commencé par une petite révolte d’une poignée de jeunes gens. Vous vous rappelez ? Cela, on l’a oublié, c’était dans un coin de la Syrie ; vous, vous ne l’avez pas oublié, et vous avez raison. Je crois qu’ils étaient huit jeunes gens, au moment du printemps arabe, comme on dit, ils ont fait une manifestation. » [Idem.]

La prétendue révolution en Syrie a donc commencé… « par une petite révolte d’une poignée de jeunes gens »… « dans un coin de la Syrie ». En Libye, pays de 1,5 million d’habitant(e)s en 1969, Muammar Gaddhafi n’a pas fait la révolution tout seul mais avec onze camarades : elle était en préparation depuis une dizaine d’années quand elle a été menée avec succès, sans effusion de sang : ils étaient douze sous-officiers… plus une centaine de civils et de militaires. Dès après, le peuple libyen est allé dans les rues pour acclamer les révolutionnaires et manifester sa joie. Alors « huit jeunes gens » pour une « révolte »… même « petite », qui débouche sur une guerre, c’est un peu juste, Mr Fabius, pour renverser un Président élu. Mais Mr Fabius ne les a pas vus. D’ailleurs, il dit : « Je crois ». Pour parler de choses aussi sérieuses qu’une « révolte », il s’appuie sur sa croyance, n’ayant rien vu…

Donc, pour faire « une manifestation », ils étaient « huit jeunes gens » « dans un coin de Syrie » « au moment du printemps arabe, comme on dit ». Ah ! Le « on » de la rumeur, du ragot… Et cela s’appelle de la politique internationale. En France, les médias avaient plutôt laissé entendre que les opposants étaient nombreux dès le début… Ou les médias nous ont menti ou le ministre français des Affaires étrangères, Mr Fabius, dit n’importe quoi. Ou les médias et le ministre manipulent la population française.

Mr Fabius affirme que ces « huit jeunes gens » « dans un coin de Syrie » « ont fait une manifestation ». À huit, ce ne sont pas des manifestants mais des trublions ou des fêtards. Néanmoins, en admettant que ces « jeunes gens » aient eu des opinions et des revendications à formuler lors de leur « manifestation » à « huit », la France, la Grande-Bretagne, les États-Unis auraient donc considéré que ces « huit jeunes gens » avaient raison contre le reste de la population syrienne, contre le gouvernement et contre le Président Bachar El Assad… jusqu’à provoquer la déstabilisation de la Syrie qui a ouvert sur une guerre. Au fait, que voulaient ces braves « huit jeunes gens » ? Mr Fabius ne le dit pas.

Ce qu’il sait… ou croit savoir, c’est qu’ils n’ont pas eu le temps de s’exprimer lors de leur « manifestation ». Puisque… selon Mr Fabius… « Elle a été réprimée de telle manière par M. Bachar al-Assad qu’aujourd’hui, nous sommes quatre ans et demi après, et que tout cela a fait 260.000 morts et des millions de réfugiés, et un pays qui est absolument dévasté, et un terrain qui est favorable pour les terroristes de daech. » [Idem.] Et le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international de s’exclamer à propos du Président syrien réélu par le peuple : « Belle performance de cet homme qui est un criminel contre l’humanité. » [Idem.]

Et c’est avec ce genre de gugusse comme Mr Fabius que se font les guerres et les coups d’État pour renverser des présidents élus.

Le voici qui ressasse toutes ses haines concentrées sur Bachar El Assad… Ce qui met particulièrement Mr Fabius en colère, c’est que les « résolutions de Genève » n’ont pas été appliquées : « Il y a eu d’abord ce que l’on a appelé Genève I, j’étais à cette conférence, à l’époque il y avait eu un accord, et M. Bachar al-Assad était dans une situation très fragile. » [Idem.] Autrement dit, c’était le moment, pour les États belliqueux, d’en profiter pour renverser le gouvernement syrien et pour lyncher et assassiner Bachar El Assad comme Muammar Gaddhafi… « Mais les résolutions de Genève n’ont pas été appliquées, et, petit à petit, il s’est renforcé. » [Idem.] Avec l’apport technico-militaire des Russes à l’armée syrienne, l’appareil médiatico-politique des États occidentaux a dû ranger certains mensonges décidément trop gros à avaler même par le “bon peuple”…

Mais qu’importe à Mr Fabius la vérité issue de la réalité ! « Il y a une autre date qu’il faut rappeler : il a utilisé des armes chimiques contre sa population. » [Idem.] Les enquêtes annoncées n’ont jamais abouti car ceux qui ont utilisé « des armes chimiques contre » la « population » ne sont pas ceux qui ont été montrés du doigt dans les médias… Quel intérêt le Président Bachar El Assad aurait-il eu à utiliser « des armes chimiques contre sa population » ? Il est difficile de renverser, à la face des peuples du monde, un Président de la République qui vient d’être réélu, en pleine guerre, par son peuple… Mr Fabius a dû ravaler sa salive et sa haine… Et il ne s’en remet pas… « On avait dit que, s’il utilisait des armes chimiques, cela serait une ligne rouge, et que l’on réagirait. La France était prête. Et puis finalement on n’a pas réagi, et du coup il s’est renforcé. Et après il y a eu le soutien des Russes et des Iraniens, alors qu’au départ il n’y en avait pas, ou en tout cas pas du tout dans cette mesure. Et puis Daech est intervenu, et le pays a été de plus en plus déchiré parce qu’on n’a pas pris les résolutions avec suffisamment de force au moment où c’était encore possible. » [Idem.] Mr Fabius, se serait-il fait remonter les bretelles au Crif pour tous ces manquements de la France à sa politique étrangère décidée ailleurs ? Avec l’appui de la Russie, depuis la fin septembre 2014, mais aussi avec l’appui de l’Iran et du Liban, le vent commence à tourner en faveur de l’armée de la République Arabe Syrienne. Et voilà que l’occasion d’un coup d’État contre un pays arabe est manquée…

À la question suivante : « Est-ce une erreur de la part de la France d’avoir envoyé des armes aux rebelles », le ministre français des Affaires étrangères et du Développement international répond : « Certainement pas. Les armes essentielles ont été envoyées par ceux qui soutiennent M. Bachar al-Assad et donc nous nous avons soutenu non pas tous ceux qui luttent contre M. Bachar al-Assad mais tous ceux qui luttent mais en ayant un idéal démocratique. C’est ça que nous leur demandons : qu’est-ce que vous voulez comme Syrie ? » [Idem.] Mais de quoi se mêle Mr Fabius ? De quoi se mêlent tous ces dirigeants et ministres des pays occidentaux ? La Syrie n’est plus un protectorat français.

Et Mr Fabius de vouloir… « Non pas une Syrie qui soit dominée par des terroristes, mais où chacun, quelle que soit sa religion, quelle que soit son origine ethnique, puisse vivre en paix et voir respecter son droit, et c’est pour cela que nous agissons. Mais cela devient de plus en plus difficile car c’est un pays qui est de plus en plus dévasté. » [Idem.] D’où il ressort que l’idéologie occidentalo-sioniste ne sert qu’à détruire les pays africains (comme la Libye) et arabes (comme la Syrie). Qu’était la Syrie avant la guerre ? Comme la Libye, elle est à majorité musulmane : elle accueillait les autres religions et différentes ethnies. Ne pas confondre la Libye révolutionnaire (1969-2011) et la Syrie depuis son indépendance avec, par exemple, la France qui, ayant une population à majorité catholique, n’accueille les autres religions, dont la religion musulmane, qu’avec beaucoup de répugnance ; quant aux diverses ethnies qui se réfugient sur le sol français, croyant y trouver la paix, sont-elles accueillies à bras ouverts et sans arrière-pensées ? Pauvre monsieur Fabius

Dernière question : « Après l’expérience de Kadhafi, était-ce une erreur de laisser Bachar al-Assad au pouvoir ? » Réponse : « Je pense que l’Histoire jugera sévèrement toute cette période. » [Idem.] Tu l’as dit, bouffi. Et pas comme tu crois…

Suite : IV. 39 – Le nouveau secrétaire général de l’OTAN veut faire du zèle ; le général russe, Igor Konachenkov, le remet à sa place (février 2016)

Françoise Petitdemange
1er avril 2017

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