IV. 37 – La mise aux enchères de la misère produite par la guerre occidentalo-golfico-sioniste


L’humanitaire et ses humanistes


IV. 37 – La mise aux enchères de la misère
produite par la guerre occidentalo-golfico-sioniste

…De la Syrie à Londres…

Ces deux jours, les 3 et 4 février 2016, la Conférence des donateurs, à Londres, pour… « Aider le peuple syrien et les pays hôtes de la région », va permettre aux États occidentaux de montrer leur grand cœur et de promettre de gros sous.

David Cameron (Grande-Bretagne)
et Charles Michel (Belgique),
Conférence de Londres, 3-4 févier 2016

« La Belgique va également participer à l’effort collectif. Le Premier ministre Charles Michel (MR) a déclaré que 75 millions d’euros allaient être débloqués, sur deux ans. Cette somme bénéficiera aux agences internationales qui aident la population syrienne. » [RTBF (Radio Télévision Belge Francophone), À Londres, la Belgique débloque 75 millions et l’Allemagne 2,3 milliards pour aider la Syrie, 4 février 2016.] C’est beau, c’est grand, c’est charmant « l’effort collectif » dans une monarchie.

Le Premier ministre d’une autre monarchie, David Cameron, surenchérit : « Le gouvernement britannique a promis pour sa part de doubler son aide en apportant 1,2 milliard de livres (1,74 milliard de dollars) supplémentaire d’ici 2020. » [Idem.]

Angela Merkel (au centre),
Conférence de Londres, 3-4 février 2016

La chancelière allemande, Angela Merkel, qui ne se paie pas de mots, déclarera à la chaîne N24… « Nos mots seront suivis d’actes. Le gouvernement va jusqu’en 2018 mettre à disposition 2,3 milliards d’euros, dont 1,1 milliard d’euros pour la seule année 2016. » [Idem.] Avis aux mauvais payeurs…

John Kerry,
Conférence de Londres, 3-4 février 2016

Le secrétaire d’État états-unien, John Kerry se vante sans vergogne : « Les États-Unis ont fourni 4,5 milliards de dollars [environ 4 milliards d’euros] pour aider les réfugiés syriens et les populations déplacées à l’intérieur de la Syrie, et je suis fier que cela fasse de nous le plus grand (pays) donateur au monde. » [Idem. Note FP : L’équivalence en euros est de moi.] Oubliant que les États-Unis sont parties prenantes dans la déstabilisation des pays de l’Afrique et du monde arabe, il qualifie l’émigration syrienne de « stupéfiante ». [Idem.] Et d’ajouter… « Quand on voit des personnes réduites à manger de l’herbe et des animaux sauvages pour survivre au jour le jour, cela ne peut que choquer toute personne civilisée. Et nous devons tous apporter une réponse à cela. » [Idem.]

C’est beau, la guerre… Cela permet aux dirigeants occidentaux, qui sont de toutes les guerres dans le monde et qui ont bien de la chance de vivre en paix chez eux, de se faire passer pour des gens très civilisés et humanistes, et aux populations occidentales, qui élisent ces dirigeants criminels et qui acceptent que ces derniers fassent des guerres un peu partout dans le monde, de se croire très civilisées parce qu’elles mangent de la salade verte (une sorte d’herbe) et des animaux lavés au chlore ou nourris aux hormones. Ainsi, les dirigeants parloteurs peuvent, auprès des populations qui n’ont pas la parole, faire passer les Arabes, affamés par la guerre occidentalo-golfico-sioniste, pour des gens non civilisés. La meilleure « réponse à cela » qui choque Mr Kerry et la meilleure garantie pour que « cela » ne se reproduise pas dans l’avenir est de ne plus faire la guerre aux peuples. Car les peuples, quand les impérialistes ne se mêlent pas de leur destin, sont capables de se gérer tout seuls. Cf. La Libye révolutionnaire (1969-2011).

D’autres ont fait les malins avant Mr Kerry… C’était en 1789, au début de la révolution française qui devait faire passer définitivement le pouvoir politique des mains de l’aristocratie à celles de la bourgeoisie, et l’économie du système féodal et pré-capitaliste au système capitaliste… toujours au détriment du peuple qui n’a jamais pu – contrairement à ses croyances – prendre son destin politique et économique en mains.

L’arrogant Mr Foullon, 22 juillet 1789

Joseph François Foullon, seigneur de Doué (aujourd’hui dans le Maine-et-Loire), contrôleur des finances, avait été accusé de spéculer sur les grains alors que le peuple se débattait dans une période de famine et donc de cherté de la vie. L’homme fortuné aurait lancé à des paysans qui ne pouvaient plus nourrir leur famille et que la bourgeoisie et l’aristocratie tenaient dans un égal mépris : « Eh bien, mangez de l’herbe, mes chevaux en bouffent bien ! » [Site officiel de la ville de Morangis 91, Histoire locale, Joseph François Foullon.] Une version, plus littéraire mais tout aussi insultante, lui faisait dire : « Si le peuple n’a pas de pain qu’il broute de l’herbe. » [Cité dans Révolution Française, Chapitre 3 – Subvertir l’Ancien Régime, créer la Nation, L’affirmation du peuple souverain, Éditions Hachette, page 61. PDF.]
Quelle que soit la version, l’homme impitoyable et arrogant sera arrêté par des paysans et des domestiques, conduit de Viry-Châtillon, où il s’était réfugié, à Paris, et pendu à un réverbère par la foule, le 22 juillet 1789, avant d’être décapité : sa tête, promenée au bout d’une pique, une poignée de foin dans la bouche, devait montrer à ses amis qu’il n’était peut-être pas bon – même quand on est riche et puissant – de se moquer du peuple et de sa misère… Les biens de Foullon seront confisqués au profit de la nation. D’où il est historique que la décapitation n’a pas été inventée par « les terroristes de Daesh »…

En ce début de XXIème siècle, les déplacé(e)s et les réfugié(e)s syriens apprécieront cette guerre contre leur pays qui leur permet d’être tant aidé(e)s, à coups de promesses et surtout de mépris.

Laurent Fabius,
Conférence de Londres, 3-4 février 2016

À la Conférence de Londres, l’encore ministre français des Affaires étrangères et du développement international, Laurent Fabius, oubliant que les guerres qui déciment les peuples libyen et syrien ont été lancées par Nicolas Sarkozy, David Cameron, Barack Obama, avec l’assentiment actif, entre autres, du parti socialiste – son parti – devait déclarer : « La France, comme vous tous, y prend sa part et j’annonce à cette tribune que la France y consacrera plus d’un milliard d’euros pour la période 2016-2018. » [Diplomatie-gouvernement, 4. Syrie – Conférence internationale de haut niveau « Soutenir la Syrie et la région » – Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international (Londres, 04/02/2016.)]

Cependant… « Nous voilà réunis plein de bonne volonté pour répondre à la crise humanitaire, mais ne nous voilons pas la face : si nous ne traitons pas les racines de la crise politique de cette crise, nous serons à nouveau réunis pour financer l’accueil de plus de réfugiés syriens l’année prochaine et les années suivantes. » [Idem.] Mr Fabius, qui a peur d’être envahi par les réfugié(e)s syrien(ne)s, est tout de même ministre d’un pays, la France, qui a largement contribué à la déstabilisation politique de la Syrie en faisant le lit de l’opposition syrienne exilée…

Enfin, il revient à son obsession : lui est-elle dictée par l’État sioniste où paraît être décidée la politique extérieure de la France ? « Nous avons besoin d’une transition effective en Syrie. Pour le peuple syrien, pour le Moyen-Orient, mais aussi pour l’Europe, bouleversée par la crise des réfugiés et par la menace sécuritaire née en Syrie. La France continuera d’aider à l’émergence de cette solution politique. Nous attendons de nos partenaires un semblable engagement. Merci. » [Idem. Note FP : De la part d’un sioniste qui se mêle de la politique intérieure d’un pays arabe, le « Nous avons besoin… » tient de la provocation et, même, de l’agression.]

Rouba Mhaissen, Syrienne,
Conférence de Londres, 3-4 février 2016

Un “pavé” dans cette belle assemblée de réactionnaires généreux jusqu’à se gargariser avec le sang libyen et syrien qu’ils-elles font verser. Éric Albert écrit : « Après plus de deux heures de discussions diplomatiques ronronnantes, voyant se succéder au podium le premier ministre britannique David Cameron, son homologue allemande Angela Merkel et le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, Rouba Mhaissen a soudain jeté un froid. La jeune femme, une Syrienne qui vit entre Londres et le Liban et qui a créé l’association humanitaire Sawa for Development and Aid, a posé une simple question : « Qui dans cette salle est Syrien ? » Deux mains se sont levées. « Arrêtez de parler de nous. Parlez-nous ! ». » [Le temps, Éric Albert, Promesses humanitaires, faute de solution politique, Conférence de Londres, 4 février 2016.]

Il poursuit : « Si la communauté internationale s’occupe du problème syrien, elle le fait sans les principaux intéressés. » [Idem.]

C’est que les affaires de gros sous doivent se traiter entre gens de bonne compagnie… en dehors des “animaux qu’on plume” dans les guerres occidentalo-golfico-sionistes. Pas étonnant que le résultat humanitaire ne soit pas à la hauteur des destructions dans la réalité… « Enfin, d’après Rouba Mhaissen, la traduction des efforts sur le terrain laisse à désirer. Selon elle, les associations locales syriennes, qui connaissent le pays et ses besoins, ne sont pas écoutées, et l’aide est presque entièrement utilisée par les grandes organisations internationales. » Ce que déplore Rouba Mhaissen « l’aide est presque entièrement utilisée par les grandes organisations internationales » rejoint ce que disait Charles Michel quelques temps auparavant : « Cette somme bénéficiera aux agences internationales qui aident la population syrienne ». Mais ce n’est pas tout… Rouba Mhaissen dévoile les procédés utilisés par les « grands » de ce monde… « Nous [les représentants d’associations syriennes] avons été invités au dernier moment à cette conférence ad-hoc et beaucoup n’ont pas pu avoir de visa à cause de la « forteresse Europe », accuse-t-elle. » [Idem.] Le 23 septembre 2009, Muammar Gaddhafi avait révélé, lors de son discours à la tribune de l’ONU, toutes les tracasseries auxquelles devaient faire face nombre d’Africains invités à l’Assemblée Générale : de guerre lasse, certains finissaient par rebrousser chemin, faute de ne pouvoir mettre le pied sur le sol états-unien… pour arriver jusqu’à l’ONU qui est censée être en terrain neutre.

La Conférence de donateurs qui se tient alors à Londres, les 3 et 4 février 2016, est la quatrième du genre, depuis le début de la guerre en 2011, mais c’est la première fois que des associations syriennes sont invitées.

Le meilleur qui puisse arriver à la Syrie est que les dirigeant(e)s de la France ne se mêlent plus de rien et qu’ils-elles balaient – tous autant qu’ils-elles sont – devant leur porte : ils-elles ont trop de sang sur les mains.

Suite : IV. 38 – Le « Printemps arabe » en Syrie et ses suites, raconté(e)s par Mr Fabius

Françoise Petitdemange
31 mars 2017

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