IV. 34 – Un poison anti-arabe, distillé pendant des décennies…

Sculpture-symbole du désarmement devant l’ONU…

Peut-être faudrait-il passer du symbole à l’acte pour tous les pays du monde ?
Car, jusqu’ici, le désarmement 
tend à être imposé
par les puissances belliqueuses 
à quelques pays pour les attaquer…

Sans ce passage qui serait exigé par l’ONU à tous les pays,
l’art n’est plus qu’une valeur d’échange
empreinte de la médiocrité qui la caractérise
dans les sociétés capitalistes

IV. 34 – Un poison anti-arabe, distillé pendant des décennies…

(3/4)
Des divergences fondamentales
lors des débats du 18 décembre 2015
au Conseil de sécurité de l’ONU

Il n’est peut-être pas inintéressant de savoir ce que les 15 représentant(e)s des pays membres, qui n’ont pas la parole dans les médias occidentaux ou dont la parole est rarement relayée par ces médias, et qui ont, cependant, adopté la Résolution 2254 (2015) lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, le 18 décembre 2015, en plus des 5 membres permanents (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Russie, Chine), à savoir la Jordanie, l’Angola, l’Espagne, la Lituanie, la Malaisie, le Nigéria, le Venezuela, la Nouvelle-Zélande, le Chili, le Tchad, ont pu dire.

Nasser Judeh (Jordanie)

La Jordanie a une frontière commune avec la Syrie au nord, avec l’Irak à l’est, avec l’Arabie Saoudite, à l’est et au sud, avec la Palestine-Israël à l’ouest. Trois de ses quatre voisins, la Palestine-Israël, l’Irak, la Syrie, étant en guerre, elle ne peut qu’aspirer à retrouver la paix à ses frontières. Son Vice-Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères, M. Nasser Judeh, s’exprime, ici, d’une manière très explicite :
« La Jordanie, a-t-il affirmé, a facilité le processus de négociation entre les membres du Groupe international d’appui pour la Syrie en vue d’identifier les groupes susceptibles d’être qualifiés de terroristes. Nous sommes parvenus à un consensus sur certains groupes terroristes, a-t-il dit, en reconnaissant qu’il subsistait des désaccords sur certains autres groupes. » [ONU, Couverture des réunions & communiqués de presse, Conseil de sécurité, 7588E Séance – après-midi, CS/12171 – 18 décembre 2015, Syrie : pour la première fois depuis le début du conflit, le Conseil de sécurité fait preuve d’unité en adoptant une « feuille de route » pour la paix.]
Hélas ! Dans ce compte rendu de la réunion du Conseil de sécurité du 18 décembre 2015, le résumé des propos des intervenant(e)s prend plus de place que les propos eux-mêmes qui ne sont cités que par bribes. Il aurait été intéressant de savoir sur quels « autres groupes » portaient les désaccords entre les ministres des Affaires Étrangères, les représentant(e)s de leurs pays auprès de l’ONU présent(e)s à la réunion…

Dans une époque où les conglomérats tentent de peser de tout leur poids sur le monde : États-Unis d’Amérique, Union Européenne (camp occidental), Russie, Chine (Eurasie), les trois pays (France, Grande-Bretagne, États-Unis) ont empêché les pays africains, en détruisant la Libye, en divisant le Soudan, de créer les États-Unis d’Afrique libres de toute colonisation occidentale et pour un développement politico-économique en phase avec les populations, et ils attirent dans leur sphère de domination occidentalo-sioniste, à travers les monarchies du Golfe, une partie du monde arabe. M. Nasser Judeh insiste sur un point précis : la nécessité de « défendre l’intégrité de la Syrie » avec « tous les Syriens » :
« La seule solution à la crise syrienne est politique, a-t-il insisté, avant de préciser que c’était le seul moyen pour défendre l’intégrité de la Syrie et vaincre le terrorisme. Toute solution politique globale, a-t-il rappelé, devra être approuvée par tous les Syriens. La résolution adoptée aujourd’hui donne un nouvel élan pour mettre en place un nouveau contexte politique sur la base du Communiqué de Genève, a-t-il affirmé. Le Ministre a souligné qu’il était nécessaire de lutter contre le terrorisme qui, selon lui, dénature l’islam. « Ceux qui commettent des crimes au nom de l’islam n’en font pas partie, a-t-il dit. ».» [Idem.]
Par cette dernière phrase, il est en phase avec le discours du roi Abdallah II qui avait déploré à la tribune de l’ONU, le 28 septembre 2015, que, sur 1,2 milliard de Musulmans dans le monde, se trouve un petit nombre de « hors-la-loi »… « Mais une goutte de venin peut empoisonner tout un puits. » [Discours du roi de Jordanie, Abdallah II, Assemblée Générale de l’ONU, 28 septembre 2015.]

Faisant écho au discours du roi, le Vice-Premier ministre et ministre des Affaires Étrangères, M. Nasser Judeh, met « la communauté internationale » et peut-être d’abord, et avant tout, les pays occidentaux belliqueux face à leurs responsabilités…
« « Mon pays a accueilli 1.400.000 réfugiés syriens », a-t-il dit. Cela représente cependant un fardeau considérable que la Jordanie devrait pouvoir partager avec la communauté internationale. » [Idem.]
Seulement, voilà, certains pays, non pas de la « communauté internationale » mais plutôt de la communauté occidentale, n’ont que faire des réfugié(e)s que leurs guerres produisent… D’autant que ces pays se sont arrangés, depuis presque quatre décennies, pour distiller, via les médias, dans les populations d’Europe et des États-Unis, un poison anti-arabe. Les effets de ce poison, versé goutte après goutte, ont tardé à se manifester jusqu’à ces toutes dernières années où ils apparaissent sous la forme d’« attentats terroristes ». Pour reprendre quelques mots de la métaphore du roi Abdallah II de Jordanie… « Une goutte de venin peut empoisonner tout un… » pays.

Wang Yi (RPC-République Populaire de Chine)

Quant au ministre des Affaires Étrangères de la République Populaire de Chine, M. Wang Yi
« « Il n’y aura pas de solution militaire à ce conflit », a-t-il assuré. » Il devait ajouter : « Depuis le début de la crise, la Chine s’est toujours refusée à des « objectifs égoïstes », en s’efforçant de faire respecter les intérêts fondamentaux des Syriens et des pays de la région, dans le respect des dispositions de la Charte des Nations Unies. » [Idem.]
La guerre en Syrie vient s’ajouter aux guerres en Irak et à la guerre permanente entre l’État colonisateur sioniste et la Palestine… Comme si ces pays (Syrie, Irak, Palestine) n’avaient pas droit à l’indépendance et à la souveraineté et comme si les populations de ces pays n’avaient pas le droit de vivre libres et en paix.

Manuel Domingos Augusto (Angola)

L’Afrique, de par son histoire, connaît le poids des guerres impérialistes, colonialistes sur ses populations et sur le développement de ses pays… Mais dans cette séance, il est question de la Syrie
« M. Manuel Domingos Augusto, Secrétaire d’État aux affaires extérieures de l’Angola, a encouragé toutes les parties concernées à respecter les dispositions de cette résolution, dans le respect de la Charte des Nations Unies. Sa délégation, a-t-il dit, a souvent exprimé sa « déception » devant le « manque de volonté politique » pour parvenir à une solution politique au conflit syrien, qui a déjà fait tant de victimes innocentes. Les attaques terroristes récentes perpétrées à Paris, Bamako et ailleurs, a relevé le Secrétaire d’État, ont changé la donne, en faisant comprendre à la communauté internationale dans son ensemble les conséquences que peut avoir le conflit syrien. » [Idem.]
Le Secrétaire d’État aux affaires extérieures de l’Angola, M. Manuel Domingos Augusto, est très prudent et s’en tient au sujet du jour. Il aurait pu parler aussi des conséquences de la guerre en Libye sur l’ensemble du continent africain et de ses populations. Celles-ci vivent de plein fouet les effets de la guerre en Libye et de l’assassinat de Muammar Gaddhafi : les projets initiés entre les différents pays africains ont été anéantis. Reste à savoir si les ex-dirigeants et les dirigeants actuels d’un pays comme la France sont à même de « comprendre » « les conséquences que peut avoir le conflit syrien »… tant que les « attaques terroristes » ne les touchent pas, eux et leurs familles…

Ignacio Ybáñez (Espagne)

Les morts en Syrie ? Comme les morts en Ukraine, en Libye, en Irak, en Afghanistan… Pour les déclencheurs de guerres, les sentiments et les regrets n’existent pas. Les morts passent en pertes et profits dans leur système politico-économico-idéologique qu’il leur faut absolument sauver au prix de centaines de milliers de vies humaines :
« M. Ignacio Ybáñez, Ministre adjoint des affaires étrangères de l’Espagne, a estimé que l’adoption à l’unanimité de la résolution 2254 (2015) représentait une opportunité pour aborder par le dialogue la crise syrienne. Malheureusement, ce texte arrive trop tard pour les 250.000 Syriens qui ont perdu la vie au cours des cinq dernières années, a-t-il regretté. La guerre en Syrie a déclenché l’escalade de Daech qui menace aujourd’hui la communauté internationale. » [Idem.]
La guerre en Libye – devenue un sujet tabou en France – a permis aux « groupes armés » d’Al-Qaïda de poursuivre leur diversification en plusieurs sous-groupes, de s’installer à Syrte, de pousser leur avantage dans les autres régions de l’Afrique et dans le monde arabe jusqu’en Syrie pour faire la jonction avec l’Irak

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, appuyé(e)s par les monarchies du Golfe, ont armé ces groupes : quoi que disent ces trois pays faisant partie du Conseil de sécurité, ils ont produit « Daesh » :
« Au cours des prochains mois, a annoncé le représentant, l’Espagne continuera de participer activement à la coalition contre Daech, dans différents domaines, y compris la formation de Forces de sécurité iraquiennes. Une fois encore, il a salué la résolution 2254 (2015) qui affirme le rôle central de l’ONU et du Conseil de sécurité, celui-ci ne pouvant pas « rester les bras croisés face à un conflit de cette ampleur ». [Idem.]
La dernière guerre anglo-saxonne contre l’Irak, déclenchée en 2003 et qui se poursuit en cette année 2017, a saigné à blanc la garde présidentielle de Saddam Hussein, les forces de sécurité et l’armée irakienne. Les survivants de ces trois forces n’ont plus eu comme recours que d’aller vers « Daesh ». Les pays occidentaux, lorsqu’ils prétendent lutter contre « Daesh », en Irak, luttent encore contre les militaires de l’époque de Saddam Hussein : derrière « l’État Islamique », le parti Baas continue de les hanter. La reconstitution en cours des forces de sécurité et des forces armées, d’un pays que les Anglo-Saxons ont plongé dans le chaos, ne doit s’effectuer que selon les critères des forces occidentales, et en fonction de ce que ces pays occidentaux belliqueux veulent faire de ces forces et de ce pays…
Que le Conseil de sécurité reste « les bras croisés » face au conflit qui met à feu et à sang les deux pays du monde arabe, dont les dirigeants, Saddam Hussein, Hafez El Assad puis Bachar El Assad, étaient-est issu(s) du parti Baas, n’est pas étonnant : les trois pays occidentaux belliqueux, qui lancent les nombreux conflits dans le monde, sont majoritaires face aux deux autres pays, la Russie et la Chine, au Conseil de sécurité de l’ONU. Le trio de ce Conseil a, par conséquent, la bride sur le cou : quant à l’ONU, qui lui fait la part belle, elle ne décroise toujours les bras que bien tard, après que les pays à détruire aient été effectivement détruits…

Andrius Krivas (Lituanie)

M. Andrius Krivas, qui est alors ministre d’un pays qui est membre de l’UE (Union Européenne), depuis le 1er mai 2004, et qui vient d’être inclus, le 1er janvier 2015, dans la zone euro, sera, en 2016, représentant permanent de la Lituanie auprès de l’ONU et d’autres organisations internationales à Genève. Selon ce que donne le communiqué et, surtout, si M. Andrius Krivas veut faire une belle carrière politique, dans son pays et hors de son pays, il ne peut que reprendre la voix de son maître :
« M. Andrius Krivas, Ministre des affaires étrangères de la Lituanie, a salué une étape importante réalisée avec l’adoption de la résolution pour résoudre un des conflits les plus brutaux de ce siècle. Jusqu’à ce jour, la population continue de souffrir des atrocités commises par des groupes terroristes comme « Daech » mais aussi par le régime de Bachar Al-Assad qui s’est livré à de nombreux crimes contre son propre peuple. Comme Bachar Al-Assad fait partie du problème, il ne saurait représenter la solution, a estimé le Ministre. Ceux qui ont commis des atrocités, des abus et des violations graves des droits de l’homme et des crimes contre l’humanité devraient être traduits en justice. Le Ministre a réclamé une cessation immédiate des hostilités en Syrie car, a-t-il insisté, il est urgent de mettre fin à ce conflit sanglant. C’est, a-t-il dit, une obligation morale. » [Idem.]
Tout y est : « Daech », « le régime de Bachar Al-Assad » et ses « nombreux crimes contre son propre peuple », les « violations graves des droits de l’homme », les « crimes contre l’humanité ». Vite ! Bachar El Assad et les combattants de l’armée qui défendent la République Arabe Syrienne… à la CPI (Cour Pénale Internationale) !… Quant à l’Armée syrienne libre, sans doute fait-elle la guerre, contre l’armée de la République, avec des fleurs que lui font parvenir les États occidentaux, via notamment les ONG humanitaires.

Suite : IV. 35 – « La force de la raison plutôt que la raison de la force »

Françoise Petitdemange
21 mars 2017

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