La Commune de Paris

Dans la pratique, la Commune n’aura pas le temps de mettre en oeuvre les moyens qui auraient permis au prolétariat de se rendre maître de l’outil de travail. Elle sera prise d’une sorte de timidité devant la propriété privée. Elle n’osera pas même se prévaloir du pouvoir qu’elle possédait sur la Banque de France. Elle n’aura aucun geste d’accaparement en direction de la fortune qui s’y trouvait accumulée. Elle se bornera à se faire octroyer 20,2 millions de francs, alors que près de la moitié de cette somme (9,4 millions) appartenait déjà à la ville de Paris, alors que les réserves en billets, valeurs, bijoux et lingots atteignaient trois milliards, et alors que Versailles, à travers les succursales de province, se faisait au même moment remettre 257,6 millions.

Quelles furent donc les décisions prises par la Commune ? Parmi les mesures de principe, on peut citer : l’abolition de la conscription et de l’armée permanente (29 mars), la limitation des traitements les plus élevés à 6000 francs (2 avril), la séparation de l’Eglise et de l’Etat et la suppression du budget des cultes (2 avril), le recensement des ateliers abandonnés et la constitution de coopératives ouvrières (16 avril), la suppression du travail de nuit chez les boulangers (20 avril), la suppression du système des amendes (27 avril), l’abolition du serment politique pour les fonctionnaires (4 mai), l’interdiction du cumul des traitements (19 mai).

Mais la Commune devait surtout se défendre contre les assauts répétés des Versaillais. D’abord en paroles :
« Cette canaille que vous conspuez, pour laquelle vous n’avez pas assez d’insultes, que vous accusez de pillage et d’assassinat ; cette canaille que vous voudriez voir balayer par le canon, savez-vous ce qu’elle est, ce que vous lui devez ?… Vous tous, tant que vous êtes, qui vous a faits hommes libres, citoyens ? La canaille de 1789, de 1830, de 1848… C’est elle qui fait les révolutions et sans en profiter. Qu’y gagne-t-elle, la canaille ? La misère, la haine de ceux qu’elle sert, parfois l’exil, souvent la mort… »

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Mais aussi par les armes, car les Versaillais procédaient déjà à des exécutions sommaires. Gustave Maroteau, dans La Montagne, avouait, effrayé :
« Les mots s’égarent ; j’ai peur d’écrire avec trop de brutalité. Il faut que ce massacre cesse, que ces furieux reculent ; au premier pas en avant, massacrons les leurs ; que la terreur rouge terrasse la terreur blanche, et que les balles de la Révolution fassent taire les boulets de l’Ordre! »

Et encore :
« Du courage ! et ce soir nous verrons peut-être la fin de cette grande guerre qui, depuis des siècles, ensanglante le monde ; la victoire des maigres sur les gras, du travail sur le capital. »

Les otages

Le 5 avril, la Commune avait pris un décret sur les otages :
« Article 1er. Tout personne prévenue de complicité avec le gouvernement de Versailles sera immédiatement décrétée d’accusation et incarcérée. – Art. 2. Un jury d’accusation sera institué dans les vingt-quatre heures. – Art. 3. Le jury statuera dans les quarante-huit heures. – Art. 4. Tous les accusés retenus par le verdict du jury d’accusation seront les otages du peuple de Paris. – Art. 5. Tout exécution d’un prisonnier de guerre ou d’un partisan du gouvernement régulier de la Commune de Paris sera, sur-le-champ, suivie de l’exécution d’un nombre triple des orages retenus en vertu de l’article 4, et qui seront désignés par le sort. »

Dès les principes, les Versaillais se révélaient plus expéditifs. Leur Journal Officiel déclarait le 17 avril :
« Pas de prisonniers ! Si, dans le tas, il se trouve un honnête homme réellement, entraîné de force, vous le verrez bien ; dans ce monde-là, un honnête homme se désigne par son auréole. Accordez aux braves soldats liberté de venger leurs camarades en faisant, sur le théâtre et dans la rage de l’action, ce que de sang-froid ils ne voudraient plus faire le lendemain. »

Mais aux principes, ils ajoutaient les actes. Tandis qu’au même moment les Fédérés ne pouvaient se faire à l’idée de mettre en application le décret du 5 avril. Dans Le Salut public, Gustave Maroteau criait gare :
« On a fait du sentiment ; les menaces sont restées en l’air ; le couteau est resté dans la gaine. Et pendant ce temps, les faubourgs se déciment, nos soldats tombent par milliers ; la Révolution n’avance pas… Pauvres camarades aux mains noires, vous serez donc les éternelles victimes de la lâcheté ou de la bêtise de ceux qui veulent vous gouverner. Il ne le faut pas. Que le Comité de Salut public rende de suite des décrets implacables et les fasse de suite exécuter. »

La vraie cruauté ne serait, certes pas, de ce côté-là…

Michel J. Cuny

(Ce texte est extrait de l’ouvrage de Michel J. Cuny – Françoise Petitdemange « Le feu sous la cendre – Enquête sur les silences obtenus par l’enseignement et la psychiatrie » – Editions Paroles Vives 1986, qui est accessible ici.)  

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