L’impérialisme… Tous ensemble, tous ensemble

Résumons-nous, paraît dire le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale (version 2013) :
« La stratégie de défense et de sécurité nationale vise à combiner les aspects les plus positifs de chacune de ces trois options : la souveraineté de nos décisions, l’engagement plein dans une Alliance Atlantique dynamique, le volontarisme et l’ambition à l’égard de l’Union européenne. » (page 61)

Il s’agit donc d’entériner, pour le présent, et de promouvoir, pour l’avenir, la pratique scandaleuse de Sarkozy en 2011, lorsqu’il a attaqué la Libye en dehors de toute concertation au plan ou européen ou mondial (ONU, etc.)… La France de Hollande est donc bien la même que celle de son prédécesseur.

Mais, de façon plus générale, cette France-là est sur le point de réinstaller les belles pratiques d’un De Gaulle qui, à lui tout seul et dès mai puis septembre 1945, a réussi à lancer les deux futurs conflits (Algérie et Indochine) qui ne s’achèveraient pas avant qu’un peu plus de 2.000.000 d’hommes, de femmes et d’enfants en soient morts…

L’homme du 18 juin 1940 doit d’ailleurs trépigner dans sa tombe, lui qui rêvait de pouvoir utiliser de cette façon la Constitution qu’il avait mise en place en 1958 justement pour servir à cela…

Mais revenons au Livre blanc de 2013, et au bel avenir qu’il nous prépare, si l’Allemagne le veut :
« Parce que la stabilisation du voisinage de l’Europe représente un intérêt de sécurité majeur pour tous les pays membres de l’Union, il appartient aux Européens d’agir préventivement sur les foyers de crises émergents. » (page 65)

« Préventivement »… Voilà un mot qui permet de prendre des « initiatives »… Et qui pourrait donner au camp d’en face, quel qu’il soit, l’idée de prévenir ces « initiatives » par d’autres « initiatives »… Nous commençons à savoir un peu lesquelles…

Cependant, le vin est tiré, semble dire le Livre blanc, qui considère sans doute que la cuvée actuelle n’est pas trop mauvaise, en Libye ou ailleurs :
« Dans le prolongement des initiatives déjà prises, la sécurité dans les pays de la zone allant du Sahel à l’Afrique équatoriale, la lutte contre toutes les formes de terrorisme, le processus de paix au Proche-Orient, l’aide à la réussite des transitions politiques dans certains pays arabes, le règlement des conflits du Caucase, la consolidation de la paix dans les Balkans et notamment au Kosovo sont autant de sujets sur lesquels l’Union européenne doit continuer de développer ses actions. » (pages 65-66) 

Autrement dit, la guerre coloniale a beaucoup de pain sur la planche… Nous ne saurions nous en plaindre… Vu à la télévision, c’est toujours très agréable !…

danses-de-militaires

Nous préparons donc tranquillement les guerres prochaines :
« La France souhaite que l’Union renforce, de façon pragmatique, la réactivité et les capacités d’intervention des forces qui peuvent être mises à la disposition de la PSDC [politique de sécurité et de défense commune]. Leur formation commune, l’entraînement, la disponibilité et une génération de forces mieux coordonnée entre États européens sont des domaines où les progrès sont urgents et accessibles. » (page 66)

Le mot « génération » qui est venu se glisser là nous fait un effet étrange… S’agirait-il d’une nouvelle génération mieux préparée à l’exercice terriblement envahissant en quoi consiste la mise en œuvre de la doctrine des Droits de l’homme (à coups de fusils) ? Ou, alors, pour protéger l’environnement, le climat, les petits oiseaux et les fleurs bleues ? C’est fort probable : nous ne demandons qu’à voir… En tout cas, il paraît qu’il y a urgence.

Mais nous ne nous inquiétons pas, puisque la France est déjà aux fourneaux de l’initiative, de l’entraînement et de la direction :
« La France figure, compte tenu de ses capacités, parmi les États membres susceptibles de jouer un rôle moteur dans le développement de la défense européenne. Elle veillera à disposer des capacités critiques nécessaires aux déploiements (renseignement, surveillance, ravitaillement en vol, transport stratégique, etc.), tout en s’attachant à mutualiser les programmes correspondants avec les États les plus capables d’y contribuer. » (page 67) 

« Les plus capables »… Cela vous est dit sur un ton qui frise l’impertinence… Même l’Allemagne pourrait trouver de quoi y prendre la mouche.

Mais c’est qu’il va falloir les saisir à la gorge, ces Européens empruntés comme c’est pas possible. Il paraît d’ailleurs qu’ils ont mordu à l’appât et qu’ils auraient même avalé un petit bout de l’hameçon :
« Pour les capacités existantes ou en cours d’acquisition, la France entend résolument s’engager dans l’initiative de mutualisation et de partage capacitaire (pooling and sharing) adoptée en 2010 par les ministres de la défense de l’Union européenne. » (page 67)

Or, sitôt que les plus gros poissons auront vraiment mordu, le menu fretin suivra cette France, qui n’est pas, cependant, si mauvaise bougresse, puisque…
« Elle considère par ailleurs que les coopérations, avec un ou plusieurs États, en matière de programmes d’armement doivent être envisagées non pas comme des alternatives ou des substituts, mais comme des leviers supplémentaires pour susciter une dynamique capacitaire européenne à laquelle les États aux ressources plus modestes peuvent trouver avantage à se joindre. » (page 67) 

Tout ce que nous venons de voir est sans doute fort important, mais c’est ici qu’il faut un peu tendre l’oreille. La question des guerres coloniales ne peut pas intéresser seulement les spécialistes du Gouvernement, de la diplomatie et de l’armée.

S’agissant de définir les points d’impact de l’action guerrière, qui peut aider à le faire, en développant la thématique de tel ou tel intérêt ? Le Livre blanc le précise d’une première façon :
« La démarche prospective de l’État doit pouvoir s’appuyer sur une réflexion stratégique indépendante, pluridisciplinaire, originale, intégrant la recherche universitaire comme celle des instituts spécialisés. » (page 74) 

L’Université française a donc sa place dans la préparation de la chasse à courre à venir, de même que ce que l’on pourrait placer sous un intitulé très à la mode : les think tanks (les boîtes à idées ?).

Mais, plus loin, le Livre blanc ajoute encore deux impétrants dont on aurait tort de diminuer l’importance parmi les renifleurs d’une castagne à déclencher au titre des Droits de l’homme (à coups de fusils) :
« L’État ne peut que bénéficier d’un recours accru à l’expertise de la recherche académique, mais aussi des organisations non gouvernementales et des entreprises. » (page 74)

O.N.G., avons-nous dit… Et le dernier terme nous montre bien que l’impérialisme militaire n’est qu’une autre façon de faire de l’impérialisme économique… C’est presque du Clausewitz (1780-1831).

Michel J. Cuny

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