Ultime ressource : entraîner l’Allemagne dans la guerre

Nous nous étions interrogé(e)s sur le sens qu’il convenait d’attribuer au terme « entraînement » que nous avions vu venir s’ajouter à celui d’« initiative » utilisé par le président de la république, François Hollande, dans la Préface qu’il a donnée au Livre blanc – Défense et Sécurité nationale, version 2013…

En effet, le Livre blanc déclarait lui-même :
« Pour sa part, la France estime qu’elle contribuera d’autant mieux à une réponse collective qu’elle aura su garder une capacité d’initiative et d’entraînement. » (page 11. Je souligne)

La suite esquisse un rapide bilan de la situation après la guerre en Libye de 2011, en évoquant tout d’abord les lendemains du bouleversement vécu par l’économie mondiale en 2008 :
« La crise a mis en évidence les différences de situation et d’approche entre les membres de l’Union dans le domaine économique et financier. Celles-ci existent également dans le domaine de la sécurité. Bien que le Traité de Lisbonne, en introduisant des clauses de solidarité et de défense collective, ait reconnu le fait que les pays de l’Union sont également concernés par la plupart des menaces, les perceptions, les cultures stratégiques et les ambitions nationales demeurent très diverses. L’histoire propre à chaque membre de l’Union se reflète dans les liens noués sur tous les continents et dans des visions parfois contrastées du rôle de la force militaire dans les relations internationales. » (page 17)

Adopté en 2009, le traité de Lisbonne n’avait pas empêché Nicolas Sarkorzy d’engager l’armée française en Libye sans la moindre consultation avec ses partenaires européens…

Dans un article du 24 mars 2011, lefigaro.fr, partisan à outrance de cette intervention, écrivait sous le titre  « Libye : Berlin reproche à Sarkozy de faire cavalier seul » :
« Sévèrement critiqué outre-Rhin comme dans les cercles du pouvoir en France, le refus de l’Allemagne de soutenir l’intervention internationale en Libye a provoqué un vigoureux coup de froid entre Paris et Berlin. »

Voilà donc où l’effet d’« entraînement » n’a pas fonctionné, au grand dam du Figaro et de toute une série de grands responsables politiques européens. Le Livre blanc de 2013 ne pouvait que s’en souvenir. C’est ce que nous allons voir…

Exposant une nouvelle fois ce qu’est la position de la France dans les questions de défense, il ne peut s’empêcher d’abord de bégayer le même propos :
« Déterminée à conserver une capacité propre d’initiative et d’entraînement, elle considère qu’une meilleure coordination entre Européens doit permettre d’éviter lacunes et doublons capacitaires. » (page 21. Je souligne encore ainsi que dans la suite)

Parmi les chers Européens, il en est un qui est plus cher que tous à cette France-là. Et cela nous rappelle le bon temps (22 janvier 1963) :
« Le Traité de l’Élysée signé avec l’Allemagne il y a cinquante ans est un acte d’importance historique : il a ouvert la voie à une coopération sans précédent entre deux grandes nations européennes longtemps ennemies. Sa mise en œuvre a permis de nombreuses initiatives conjointes qui marquent les progrès de la construction européenne et ont débouché sur la création de structures communes, telle que le Corps européen, progressivement ouvert à d’autres pays. » (page 21)

Alt-Bundeskanzler Dr. Konrad Adenauer (r) erhielt am 12. Juni 1965 in Bonn Besuch vom französischen Staatspräsidenten Charles de Gaulle (l). Adenauer, ehemals Kölner Oberbürgermeister, wurde am 15. September 1949 erster Bundeskanzler der Bundesrepublik Deutschland. Nach zwei weiteren Wahlsiegen 1953 und 1957 trat

La nostalgie n’étant plus ce qu’elle était, rappelons la liste des signataires :
le Président de la République française : Charles de Gaulle ;
le Premier Ministre français : Georges Pompidou ;
le Ministre français des Affaires étrangères : Maurice Couve de Murville ;
le Chancelier de la République fédérale d’Allemagne : Konrad Adenauer ;
le Ministre fédéral des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne : Gerhard Schroeder.

Rappelons aussi le cinquième alinéa des Dispositions finales. Il apparaît tout juste au-dessus des illustres signatures :
« 5. Le présent Traité entrera en vigueur dès que chacun des deux Gouvernements aura fait savoir à l’autre que, sur le plan interne, les conditions nécessaires à sa mise en œuvre ont été remplies. » 

Et ça, c’est pour la saint Glinglin…

De fait, ce traité-là n’aura été ratifié par le Bundestag qu’après que les députés allemands l’aient coiffé d’un Préambule qui organise une gigantesque gifle pour le vrai Charles de Gaulle et non pas pour celui que la légende nous demande constamment de trouver admirable et de croire vainqueur de tout et de n’importe quoi.

Le héros avait donc apposé son auguste signature au bas d’un document désormais placé sous ce diktat allemand :
« Manifestant la volonté de diriger l’application de ce traité vers les principaux buts que la république fédérale d’Allemagne poursuit depuis des années en union avec ses autres alliés et qui déterminent sa politique, à savoir :
– le maintien et le renforcement de l’Alliance des peuples libres et, en particulier, une étroite association entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique,
– l’obtention du droit d’autodétermination pour le peuple allemand et le rétablissement de l’unité allemande,
– la défense commune dans le cadre de l’Alliance de l’Atlantique nord et l’intégration des forces armées des Etats membres du pacte,
– l’unification de l’Europe selon la voie tracée par la création des Communautés européennes, en y admettant la Grande-Bretagne et les autres Etats désirant s’y joindre et le renforcement des Communautés existantes,
– l’abaissement des barrières douanières par des négociations entre la Communauté économique européenne, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis d’Amérique, ainsi que d’autres Etats, dans le cadre du GATT. »

Quand donc les Françaises et les Français comprendront-ils que Charles de Gaulle n’a cessé de les jouer ? Ne faudrait-il alors s’en prendre qu’à des sous-fifres de sous-fifres de la dimension encore plus pitoyable (si possible) d’un Sarkozy et d’un Hollande ?

En tout cas, entraîner les Allemands là où ils ne veulent pas aller – si c’est ce que souhaite le Livre blanc de 2013 -, nous voyons que déjà l’homme du 18 juin – qui, en ce temps de 1940, n’était pas non plus ce qu’un vain peuple pense – s’y est brisé les dents en 1963, et devant le monde entier (pour la part qui le gouverne, bien sûr)…

Michel J. Cuny

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