L’Europe guerrière de Javier Solana à la rescousse de l’impérialisme français

Dûment appuyée par le rabbin Haïm Korsia, la politique guerrière développée par le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale (2008) mis au point et publié sous le règne de Nicolas Sarkozy, et illustrée, dès mars 2011, par l’agression sauvage qui devait se traduire par la destruction – pour quelques décennies – de la Libye, avait reçu également le soutien déterminé d’un certain Javier Solana

Il faut le souligner aussitôt : à travers ce sinistre personnage, nous atteignons les fondations impérialistes de l’Europe puissance…

armee-europeenne

Le compte rendu des débats de préparation à la rédaction du Livre blanc nous offre quelques éléments biographiques qui ne peuvent que nous mettre aussitôt la puce à l’oreille.

Lors de son audition (4 octobre 2007), le président de la Commission, Jean-Claude Mallet, présente monsieur Javier Solana en ces termes :
« […] vous avez été secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, ce qui vous a donné une première vision de ce qu’était la direction d’une organisation multilatérale militaire en pleine transformation, de 1995 à 1999. Vous avez eu à vivre les événements des Balkans, du Kosovo et encore bien d’autres. »  (page 257)

L’OTAN en personne, pourrait-on dire… L’OTAN qui vient donc dire à la France de Nicolas Sarkozy et de ses successeurs ce qu’il convient, et conviendra de faire, avec leurs armées…

Mais Javier Solana, c’est encore autre chose… Le président Mallet nous le dit :
« Puis, à compter de 1999, vous avez été nommé secrétaire général du Conseil de l’Union européenne, haut représentant pour la politique extérieure et de sécurité commune de l’Union européenne – titre bien long qui signifie concrètement que vous êtes actuellement, au risque de me faire taper sur les doigts par les juristes, ministre des Affaires étrangères de l’Union européenne, et en tout cas aujourd’hui secrétaire général du Conseil. » (page 257)

Aujourd’hui encore (le 4 octobre 2007), parce que, si la première nomination date de 1999…
« Votre mandat a été renouvelé pour cinq ans en 2004, et nous nous en réjouissons. Je crois pouvoir dire que la France s’en réjouit. » (page 257)

La France… pour autant qu’elle se trouverait rassemblée autour du… Livre blanc qui devrait pouvoir servir à ce qu’en attend Javier Solana lui-même, qui met immédiatement les pieds dans le plat :
« Prévenir la menace est devenu impératif, à la source. En intervenant de différentes manières et à bon escient. Depuis l’Afghanistan jusqu’au Congo, des Balkans au Moyen-Orient. » (page 259)

Voilà pour le côté défense – c’est-à-dire, en clair, le côté attaque – du Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale. Dès la phrase suivante, l’habile Solana passe au côté sécurité nationale :
« Mais dans le même temps, les attentats de Londres ont eux démontré que le home-grown terrorism [le terrorisme survenant à l’intérieur du pays] est un phénomène désormais implanté au cœur de nos sociétés. » (page 259)

Or, lui aussi provient de… l’extérieur, d’un extérieur éventuellement lointain…

Ainsi, dans l’un et l’autre cas, s’il faut intervenir à la source… les autorités courent le risque de ne pas être suivies de bonne grâce par tout le monde… C’est de quoi s’inquiète la troisième phrase de Javier Solana :
« L’un dans l’autre, il devient donc plus difficile de mobiliser les opinions et les ressources pour expliquer et financer les politiques qui permettront d’aller traiter ailleurs, à la source, les menaces. » (page 259)

Les menaces… dont certaines devraient pouvoir s’assimiler à du terrorisme… Jusqu’où cela peut-il aller ? Plus grave : pour les étouffer, jusqu’où la sortie au-delà des frontières françaises peut-elle être tentée ? Autrement dit, pour que le Livre blanc de la défense et de la sécurité nationale porte vraiment bien la totalité de son nom, semble dire Javier Solana – ex-secrétaire général de l’OTAN et, à ce moment précis, secrétaire général du Conseil de l’Union européenne -, l’Europe et l’Alliance atlantique ne verraient aucune objection à ce que la France voie large, très large…

En veut-on un petit catalogue ? Javier Solana le donne aussitôt :
« Que nous sert d’améliorer le fonctionnement du marché intérieur de l’énergie, si nous ne sommes pas capables de comprendre les nouveaux enjeux de l’Asie centrale et de savoir ce qui se passe à Kashagan ? AREVA, l’ENI, SHELL ou ENDESA continueront-elles de détenir leurs positions si nous ignorons les plans d’ATOMPROM ou de PetroChina ? Peut-on renforcer notre panoplie antiterroriste sans travailler à la paix de Gaza à Nahr El-Bared, de Jérusalem à Téhéran, de Mogadiscio à Nouakchott ? » (page 259)

Par la voix de Javier Solana, l’Europe invite donc la France et ses armées à veiller, indirectement et tour à tour, sur le Kazakhstan (Kashagan), sur les agissements de la Russie (Atomprom se présente alors comme le futur géant de l’industrie russe du nucléaire), sur ceux de la Chine (PetroChina est une filiale du plus gros groupe pétrolier de Chine), sur la sécurité d’Israël (de Gaza en Palestine à Nahr El-Bared, un camp de réfugiés palestiniens situé dans le nord du Liban), et sur l’ensemble du Sahel, cette large bande transversale qui coupe l’Afrique en deux, en allant de l’extrême ouest à l’extrême est du continent (soit, et en gros, de Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, à Mogadiscio, la capitale de la Somalie)…

Redoutable gâteau, n’est-ce pas ?

Mais la France n’est pas seule… Elle est la partie avancée, la partie dûment militarisée, d’une masse considérable qui ne reste pas amorphe. C’est l’ancien secrétaire général de l’OTAN qui peut le lui dire, tout autant que l’actuel (2007) secrétaire du Conseil de l’Union européenne :
« L’Union européenne a lancé plus d’une quinzaine d’opérations. Pour former les polices afghanes, palestiniennes ou bosniaques ; pour sécuriser, hier, les premières élections démocratiques congolaises et, demain, stabiliser la zone entre le Tchad et le Darfour ; pour surveiller le désarmement de la guérilla en Indonésie ; pour former des magistrats géorgiens et irakiens, des douaniers ukrainiens et palestiniens. » (page 260)

C’est-à-dire que l’Union européenne n’a pas hésité, elle-même, à lancer très loin le bouchon…

Or, le brave Javier Solana ne parle, là, qu’à mots couverts. Ces « opérations » ne sont encore que très pacifiques, mais il ne faudrait tout de même pas s’y tromper… Aussi précise-t-il, pour les naïfs et autres innocents :
« Soyons clairs : je vous parle d’opérations, mais vous devez comprendre prévention et règlement des conflits, lutte contre le terrorisme et les divers trafics de drogue ou d’êtres humains. Je vous parle des progrès de la PESD [politique européenne de sécurité et de défense], mais à l’énoncé des théâtres, vous devez comprendre que les missions n’ont rien de facile, loin de là, a fortiori quand on sait que le système actuel a atteint ses limites. En terme de cohérence, c’est-à-dire de visibilité, et en terme de capacités, c’est-à-dire d’efficacité. » (page 260)

Il va donc falloir frapper beaucoup plus fort.

Ici, Sarkozy a cru qu’il avait tout compris… La Libye en sait quelque chose… Il n’est pas sûr, cependant, que l’Europe n’ait pas été un peu surprise. Mais, voilà, c’est fait maintenant. Et ça pourrait lui coûter très cher, à l’Union européenne… C’est-à-dire à nous, toutes et tous.

Michel J. Cuny

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