La Lettre de Michel J. CUNY n° 4 – 26 août 2013

Pour aider à sortir de l’ornière qu’on s’efforce de nous imposer…

La guerre… Pour qui et pour quoi ?

La France se présente donc comme un pays qui peut se lancer dans la guerre, du jour au lendemain, sur décision prise par le seul président de la république, et sans consultation de personne d’autre qu’éventuellement un favori ou une favorite. De plus, elle est un des cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies, ce qui rend sa tâche très représentative des « intérêts » mondiaux qui trouvent à s’exercer dans la guerre.

La démonstration de ce qui précède ayant été faite par Nicolas Sarkozy, avec la maestria que l’on sait, en Libye – les Françaises et Français n’y ont vu que du feu, et c’est très exactement le cas de le dire -, voyons ce qui s’annonçait avec son successeur.

Le mardi 25 septembre 2012, quatre mois après avoir été élu, François Hollande était déjà à la tribune de l’O.N.U. où il déclarait bravement ceci :
« C’est la première fois que je m’adresse, à cette tribune, aux Nations Unies. Je le fais avec émotion, parce que je mesure ce que l’ONU est pour notre monde et a été pour notre Histoire. Je le fais aussi avec responsabilité, car la France est membre permanent du Conseil de sécurité, et donc a des devoirs.
Je viens rappeler aussi, à cette tribune, des valeurs qui n’appartiennent à aucun peuple, qui ne sont la propriété d’aucun continent, qui ne sont le privilège d’aucune fraction de la population. Je viens parler au nom de valeurs universelles que la France a toujours proclamées, des droits qui sont ceux de tout être humain où qu’il vive : la liberté, la sûreté, la résistance à l’oppression. »

François Hollande

Ici, soudainement, nos yeux ne peuvent que s’écarquiller… Il semble bien y avoir un petit oubli…

Charles de Gaulle ne serait-il décidément pas le seul à bidouiller honteusement les textes fonda-mentaux ?…

En effet, ainsi qu’il l’annonce à mots couverts, le néophyte de la présidence de la République française appuie son premier discours à l’O.N.U. sur l’autorité qu’est censée lui donner la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.

Et le voici qui oublie un tout petit quelque chose dans la liste qu’elle donne, par son article 2, des   « droits naturels et imprescriptibles de l’homme » : « la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression ».

Après le faussaire de Gaulle, à propos des pouvoirs du Conseil National de la Résistance : « Afin que le Conseil de la résistance ait le prestige et l’efficacité nécessaires, ses membres devront avoir été investis de la confiance des groupements qu’ils représentent et pouvoir statuer sur l’heure au nom de leurs mandants. », nous nous trouvons maintenant en présence du faussaire Hollande, à propos des : « droits qui sont ceux de tout être humain où qu’il vive : la liberté, , la sûreté, la résistance à l’oppression. »

Mais pas « la propriété » ?… Tu nous étonnes, François.

Et d’autant plus que l’article 17 de la même Déclaration fait, de la propriété, le seul droit inviolable et sacré, par-delà tous ces humains qui vivent sur le sol de la France…

Tout ceci n’est pas très correct, François. C’est peut-être même tout simplement gravissime…   

Car, s’il faut en croire le début de l’article 5 de la Constitution de 1958, c’est-à-dire les tout premiers mots que ce texte fondamental consacre au chef de l’Etat :
« Le Président de la République veille au respect de la Constitution. »

C’est donc là sa toute première responsabilité.

Si maintenant nous jetons un œil attentif sur le paragraphe qui ouvre le Préambule de cette même Constitution de 1958, nous découvrons la thématique qui détermine l’ensemble du bloc de constitutionnalité dont le président de la République est le garant :
« Le peuple français proclame solennellement son attachement aux droits de l’homme et aux principes de la souveraineté nationale tels qu’ils ont été définis par la Déclaration de 1789, confirmée et complétée par le préambule de la Constitution de 1946, ainsi qu’aux droits et devoirs définis dans la Charte de l’environnement de 2004. »

Les quatre droits fondamentaux énoncés par la Déclaration de 1789 ont donc un caractère constitutionnel, et se rangent sous la protection toute particulière du président de la République qui y engage sa pleine responsabilité :
« Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »

Est-ce là tout? Non, car, à l’article 17 de la Déclaration de 1789, c’est-à-dire là où, exactement, s’achève ce texte fondateur…, la « propriété », qui en est la vraie fondation, refait un petit tour de piste qui n’est pas qu’une formalité :
« La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité. »

« Inviolable et sacré » !… Et tu l’oublies, François… Mais pourquoi donc l’oublies-tu? Et pourquoi donc l’oublies-tu tout spécialement quand tu viens à la tribune des Nations-Unies ?

Parce qu’il s’agit ici de n’énoncer que les Droits de l’Homme tels que la communauté internationale – les pays capitalistes – la désigne au commun des mortels : il ne s’y trouve pas la propriété.

Et pourquoi donc ? Parce que, si les trois droits que tu retiens, comme tu le dis si bien : « sont ceux de tout être humain où qu’il vive« , le droit de propriété est réservé, lui, aux vrais membres de la société, celle que, depuis John Locke et Dupont de Nemours, par exemple, les gens biens préfèrent appeler : la Société, avec une majuscule.

Ainsi, après avoir rappelé que la Déclaration sur laquelle se porte notre attention date du 26 août 1789, relevons le propos tenu lors de la séance du 23 juillet précédent, à l’occasion de la discussion, par l’Assemblée Nationale, d’une proclamation de Lally Tollendal, par un député qui
« observe qu’il faut distinguer deux classes de citoyens dans Paris, les uns qui mangent leur pain à la sueur de leur front, les autres qui sont dans l’aisance. Il faut ramener ceux-là dans l’ordre et le devoir, et rassurer les autres ». (Buchez & Roux, Histoire parlementaire, Paulin Libraire, 1834)

Voilà donc le tri que réalise la propriété… Ce pour le maintien de quoi, on fait la guerre…

Et, outre la guerre, ceux pour qui on la fait : les propriétaires des moyens de production.

Mais François Hollande veut-il vraiment lancer, à son tour, la France dans cette guerre-là ?

Michel J. Cuny

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