La Lettre de Michel J. CUNY – numéro 5 – 16 septembre 2013

Pour aider à sortir de l’ornière qu’on s’efforce de nous imposer…

Rien qu’une guerre pour faire fructifier l’appropriation privée des moyens de production…

La France s’est donc offert le luxe d’apparaître comme le pays le plus agressif au monde. Fort heureusement, elle a été immédiatement mise au ban des nations à la fois par les États-Unis et par la Russie.

En attendant de voir ce que sera le prix à payer, dans les prochaines années, pour l’annonce d’une telle folie meurtrière, nous pouvons déjà craindre quelques conséquences à caractère économique.

À moins que la guerre ne redevienne la caractéristique principale de l’action impérialiste dans le monde, auquel cas notre pays pourrait faire figure de véritable pionnier…

Les tout derniers événements nous ont fourni la preuve de ce phénomène, tout de même inquiétant, qu’en matière d’intervention guerrière, la Grande-Bretagne monarchique se révèle être soumise à des freins qui, dans la France dite républicaine, n’existent pas. Cameron a été bloqué en Syrie par le Parlement britannique, quand Hollande n’aurait pas pu l’être par le Parlement français.

Sans qu’il soit nécessaire de s’y étendre ici et maintenant, il ne sera peut-être pas inutile de souligner que, du fait de son schéma institutionnel, la France est susceptible de se transformer très vite, selon la pression des circonstances, en un fascisme plus ou moins déguisé, voire en une dictature militaire (article 16).

Heureusement, nous n’en sommes pas encore là, du tout… Même si nous commençons à en ressentir quelques signes avant-coureurs.

Ainsi, pour quelles raisons la France fait-elle la guerre ou prétend-elle la faire, de façon si décidée, depuis 2011 : Libye, Mali, Syrie ?

Comme nous l’avons vu à travers ce que François Hollande est allé en dire à l’ONU le 25 septembre 2012 : pour la liberté, la sûreté, la résistance à l’oppression.

Et pas pour la propriété, qu’il a oubliée en route.

Qu’il y ait, dans sa liste, la résistance à l’oppression, voilà qui est tout de même surprenant. Non pas que la formule ne soit pas effectivement présente dans la Déclaration, mais qu’un président de la république éprouve le besoin de nous la rappeler lui-même, c’est plutôt nouveau…

C’est qu’elle l’intéresse pour mettre en cause le gouvernement syrien, et aller lui faire la guerre en toute bonne conscience. Comme si la résistance à l’oppression exercée sur un peuple pouvait et devait être autre chose que de la responsabilité de ce peuple lui-même et non pas d’une puissance étrangère…

En fait, l’éventuelle intervention en Syrie n’a rien à voir avec les trois droits en question qui ne sont qu’un effet d’affichage. Elle répond, comme tout ce qui sous-tend les activités impérialistes, aux nécessités que porte en lui le seul droit inviolable et sacré proclamé en 1789 : la propriété. Pour le dire en un petit bout de phrase : la Syrie n’est pas suffisamment perméable à la rotation internationale de la propriété privée des moyens de production sous sa forme la plus souple et la plus puissante : la finance internationale.

Dans sa forme sociale la plus concrète, la propriété concerne les moyens de pro-duction. Elle pourrait avoir un caractère collectif. En système capitaliste, elle a un caractère privé. Elle exploite le travail : c’est là où est toute sa vertu.

En exploitant le travail, elle extrait la plus-value qu’il produit. Réinvestie en biens de production et d’échange, et en biens de consommation qui entretiennent les travailleuses et les travailleurs, cette plus-value capitalisée produit une nouvelle plus-value, etc…

Au fur et à mesure du développement de ce type d’économie, une partie de la plus-value extorquée peut ne pas revenir immédiatement dans le cycle de production : elle se transforme en une richesse autonome qui fera apparemment de l’argent contre de l’argent : elle sera prêtée contre un remboursement ultérieur, augmenté d’un intérêt. Voici la finance. Finance qui peut prendre également sa source dans des matières premières et dans des énergies vendues à un prix dépassant leurs frais de production augmentés du profit moyen, en créant une rente. Aujourd’hui, l’illustration la plus criante de ce phénomène est fournie par le pétrole… du Qatar, par exemple.

Le Qatar doit investir, s’il ne veut pas s’offrir, de façon relativement rapprochée, à un étranglement économique progressif du fait de l’épuisement de ses réserves de pétrole et de gaz.

Il a découvert une sorte d’animal sauvage, la France, qui n’a besoin de personne d’autre que de son seul président de la république pour prétendre se jeter – en dehors même de toute décision de l’O.N.U., nous avons fini par l’apprendre de la bouche de François Hollande – sur la cible qu’on lui désignera : un jour la Libye, l’autre la Syrie.

En échange, il pourrait y avoir de nouveaux investissements en France, des achats d’avions de chasse, pourquoi pas quelques financements occultes, etc…

Et voilà que, là-dessus, on nous rejoue du Voltaire… Et pas seulement pour une promotion de l’École Nationale d’Administration.

Voltaire

Le site du Figaro nous l’a indiqué le 22 juin 2013 :
« Qatar : Hollande promet la continuité.
« François Hollande a assuré samedi au Qatar que les bonnes relations diplomatiques entre la France et l’émirat, particulièrement proches sous Nicolas Sarkozy, seraient mainte-nues avec le pouvoir socialiste. « Tous les présidents successifs en France y ont veillé, avec leur tempérament, avec leur façon de faire », a dit le président devant la communauté française de Doha peu après son arrivée au Qatar pour une visite officielle de deux jours.
« Inaugurant le nouveau Lycée Voltaire de Doha, il a ironisé sur son nom, « un bon choix », rendant un rare hommage à Nicolas Sarkozy, qui avait lancé l’idée. Le président est issu de la promotion Voltaire à l’Ena, dont viennent nombre de ses collaborateurs et son ancienne compagne Ségolène Royal.
« Il a indiqué que la situation en Syrie serait abordée dans ses entretiens avec l’émir du Qatar.

« Après un bref bain de foule avec des élèves et des parents du Lycée Voltaire, François Hollande a rejoint l’émir du Qatar pour un dîner privé. Le président français doit visiter dimanche un chantier de l’entreprise française de BTP Bouygues puis participer à un forum économique franco-qatari. Il aura ensuite un nouvel entretien avec l’émir du Qatar et assistera à une cérémonie de signatures de contrats avant de s’envoler pour la Jordanie où il doit s’entretenir avec le roi Abdallah de la question des réfugiés syriens et de la situation humanitaire. »

Voltaire ?… Aussi bien pour Sarkozy que pour Hollande ?… Et pourquoi donc ?…

Pour anticiper sur la réponse, voyez :
http://voltairecriminel.canalblog.com

Michel J. Cuny

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