Vladimir Poutine à la croisée des chemins de la grande Histoire

Excédé, Vladimir Poutine – pour faire le bilan des quinze dernières années – avait saisi l’occasion du discours qu’il devait prononcer en présence d’Angela Merkel et devant la 43e conférence sur la sécurité réunie à Munich le 10 février 2007 :
« Nous sommes en présence de l’emploi hypertrophié, sans aucune retenue, de la force – militaire – dans les affaires internationales, qui plonge le monde dans un abîme de conflits successifs. » (Xavier Moreau, La nouvelle grande Russie, Ellipses 2012, page 86)

vladimir-poutine

Au premier plan de ces entraves qui devraient freiner le déchaînement d’une violence que la guerre froide elle-même avait su parfois retenir, Vladimir Poutine situe, de façon tout à fait significative, un élément de droit :
« Nous sommes témoins d’un mépris de plus en plus grand des principes fondamentaux du droit international. » (page 86)

Y aurait-il là un coupable principal ? Armé d’un droit qui serait celui du plus fort, ou de qui se croit le plus fort ? Mais, bien sûr, s’exclame Vladimir Poutine :
« […] presque tout le système du droit d’un seul État, avant tout, bien entendu des États-Unis, a débordé de ses frontières nationales dans tous les domaines : dans l’économie, la politique et dans la sphère humanitaire, et est imposé à d’autres États. À qui cela peut-il convenir ? » (page 86)

Aux impérialistes du monde entier, à tous les États capitalistes soumis à cet État principal d’outre-Atlantique qui règne sur le mode capitaliste de production et d’échange, et sur la finance internationale qui en constitue l’outil, à la fois, le plus souple et le plus intrusif.

S’agissant tout particulièrement du bras armé de cette entreprise permanente de domination mondiale, l’OTAN, que penser de la doctrine, soudainement mise en avant, d’un élargissement de celle-ci, favorable au plus grand nombre et plus particulièrement à la Russie ? Après l’expérimentation qu’il a eu à faire, Vladimir Poutine ne peut plus entretenir le moindre doute :
« Nous sommes légitimement en droit de nous demander ouvertement contre qui cet élargissement est opéré. » (pages 86-87)

Et pourtant, que de promesses répétées !…
« Que sont devenues les assurances données par nos partenaires occidentaux après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces assurances ? » (page 97)

Projetons-nous maintenant au beau milieu de la Grande Guerre patriotique (1941-1945). Nous sommes le 16 février 1943…

Dans un message à Churchill, Staline ne peut plus dissimuler les doutes qui l’étreignent devant certaines décisions prises par les Anglo-Saxons :
« Selon des informations dignes de foi que nous possédons, les Allemands, depuis décembre où les opérations anglo-américaines en Tunisie se sont ralenties pour certaines raisons, ont transféré de France, de Belgique, de Hollande et d’Allemagne même 27 divisions, dont 5 blindées, pour les envoyer sur le front soviéto-allemand. De cette façon, au lieu d’une aide à l’Union soviétique qui se serait manifestée par un retrait de forces allemandes du front soviétique, un soulagement a été apporté à Hitler qui, grâce au ralentissement des opérations anglo-américaines en Tunisie, a pu transférer ses réserves sur le front russe. » (Citation extraite, comme les suivantes, de Michel J. Cuny, Quand le capital se joue du travail, Éditions Paroles Vives 2012, pages 111-112)

Le 15 mars 1943, Staline réitère des critiques comparables auprès de Churchill et de Roosevelt :
« D’après votre message, non seulement les opérations anglo-saxonnes en Afrique du nord ne s’accélèrent pas, mais encore elles sont repoussées maintenant à la fin d’avril. Et même cette date n’est pas indiquée bien clairement. Ainsi, au moment de la plus forte tension des combats contre les troupes hitlériennes, dans la période février-mars, non seulement l’offensive anglo-américaine en Afrique du nord n’a pas été poussée à fond, mais elle a tout simplement été stoppée et les délais que vous aviez vous-même fixés sont encore reculés. Pendant ce temps, l’Allemagne a déjà pu ramener de l’ouest, pour les opposer aux troupes soviétiques, 36 divisions dont 6 blindées. »

Staline revient sur la décision précédemment annoncée :
« Comme auparavant, j’estime que le problème principal est la prompte ouverture d’un second front en France. Vous vous rappelez que vous l’aviez déjà admis pour 1942 et, en tout cas, pour le printemps de cette année au plus tard. Des raisons suffisamment sérieuses l’exigeaient. »

Ce ne sera même pas pour 1943… mais seulement pour 1944.

Promesses, promesses… Qui masquaient la tentative anglo-saxonne d’un imperceptible changement de front…

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.


3 réflexions sur “Vladimir Poutine à la croisée des chemins de la grande Histoire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s