La fabrication du rayonnement de l’Holocauste

Que ce soit pour 1941, année de l’attaque allemande contre l’URSS, ou pour 1942, nous avons vu que, tout en nous présentant la biographie de Himmler, Peter Longerich – directeur du Centre de recherche sur l’Holocauste à Londres – ne cessait de mettre en avant la question juive au détriment des autres populations et tout particulièrement du peuple soviétique et de ses alliés communistes. Cela serait-il vrai pour les trois années qu’il restait à vivre à Himmler lui-même et à l’Allemagne nazie ?

Sans trucages

Autrement dit, s’agit-il, pour cet auteur, de tenter de faire passer la totalité de la Seconde Guerre mondiale, telle qu’elle s’est déroulée en Europe et en URSS, comme ne mettant véritablement en danger que les population juives, les autres n’étant touchées, en quelque sorte, que par ricochet ?

Reprenons le fil de son récit :
« Le 19 juin 1943, Himmler obtint d’Hitler une nouvelle extension de ses compétences dans le domaine de la « lutte contre les bandes« . » (page 634)

Ce qui offre une nouvelle occasion à Peter Longerich de marteler ce thème des partisans dont nous pouvons nous attendre à ce qu’il débouche une nouvelle fois sur la victime privilégiée : les Juifs… Comme si Staline le faisait exprès…

Suivons Himmler :
« Comme en septembre de l’année précédente, il profite d’une discussion au cours de laquelle furent évoqués le « problème des partisans » et ses corrélations avec la « question juive« . La mission qu’avait reçue Himmler d’accentuer la lutte contre les bandes correspondait clairement à l’ordre d’Hitler de « procéder à l’évacuation complète des Juifs [ici le texte est coupé par P.L.] dans les trois ou quatre prochains mois« . » (page 634)

Rien de nouveau sous le soleil…

Et pourtant si… En Pologne par exemple, puisque désormais, selon Peter Longerich :
« Fondamentalement, tout Polonais qui, d’une façon ou d’une autre, se rendait coupable d’une attaque « contre les travaux de construction allemands«  […] pouvait être abattu sur place sans autre forme de procès. » (page 634)

Mais, de même, en Ukraine et jusqu’en Union soviétique
« Le 10 juin 1943, Himmler fit savoir qu’Hitler avait décidé que « les régions infestées de bandes du nord de l’Ukraine et de Russie centrale » devaient être « vidées de toute population« . « L’ensemble de la population masculine apte au travail » serait confié à Sauckel, « dans les conditions des prisonniers de guerre« . Sauckel pourrait affecter les femmes au « travail dans le Reich« . » (page 635)

Plus de cible juive… Nous sommes un peu étonné(e)s… Mais Peter Longerich, aussi, qui écrit :
« Les motivations et les méthodes de la lutte contre les partisans avaient donc radicalement changé par rapport à l’année précédente. » (page 636)

C’est alors qu’il nous fournit une explication qui n’est plus vraiment faite pour nous étonner :
« Si, en 1942, la « lutte contre les bandes » avait surtout pour objectif d’assassiner les Juifs soupçonnés de faire partie des bandes en question, il s’agissait désormais de recruter de force de la main-d’œuvre, les Juifs d’Europe de l’Est ayant été pour l’essentiel exterminés. Ce nouvel objectif devint un élément clé de la lutte contre les partisans. » (page 636)

Ainsi, grâce aux « bandes », on avait pu assassiner les Juifs. Il n’y en avait plus. Désormais, les « bandes » ne servaient plus qu’à mettre au travail les autres… L’Holocauste ayant été réalisé, la suite est bien plus légère…

Mais si cela vaut pour l’Ukraine et la Russie centrale, ailleurs la même nécessité de tuer moins pour davantage mettre au travail aura des conséquences différentes. En effet, écrit Peter Longerich, en Allemagne même :
« Au début de 1943, les autorités nazies avaient repris à grande échelle leur programme d’extermination et de déportation dans le Gouvernement général [c’est-à-dire la Pologne]. La « mise au travail » dans le Reich fit l’objet d’une nouvelle réglementation, si bien que l’on estima pouvoir se passer de la main-d’œuvre juive. » (page 639)

Ce qui sous-entend que le recrutement de non-Juifs se traduisait automatiquement par la mise à mort des travailleurs juifs, alors que, à différents endroits, Peter Longerich n’a pas pu éviter de nous dire que les nazis n’hésitaient pas à s’en prendre indifféremment à tout ce qui n’avait pas le bonheur d’être aryen.

Mais étudions maintenant le cas des Tziganes, et cela dès le début de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que Peter Longerich nous le propose. Nous allons comprendre très vite pourquoi il s’y arrête :
« À l’automne 1939, conformément au projet Nisko, les Tziganes auraient dû rejoindre les Juifs allemands sur le territoire du Gouvernement général [la Pologne]. En réalité, cette mesure ne fut appliquée qu’en mai 1940. » (page 644)

Dès le début, ce processus-là ne paraît pas très vigoureux, à la différence de ce qui se sera produit à l’encontre des Juifs, et dans chacun des cas où Peter Longerich a bien voulu nous les présenter. Voyons la suite :
« Après quelques hésitations quant à la poursuite des déportés, à l’été 1940 Himmler déclara cependant qu’il fallait reporter « l’évacuation des Tziganes et des sang-mêlé du territoire du Reich [coupé par P.L.] jusqu’à ce que la question juive soit résolue dans son ensemble« . » (page 644)

Sans surprise, l’Holocauste restait prioritaire… et pour longtemps :
« En novembre 1940, la direction de la police criminelle du Reich annonça que le « règlement définitif de la question tzigane » était repoussé à l’après-guerre. On en était encore là en 1942. » (page 644)

C’est dire !… Mais il y a mieux :
« Le 20 avril 1942, Himmler téléphona à Heydrich pour lui ordonner, comme il le nota : « Pas d’extermination des Tziganes« . » (page 644)

Ensuite, cela se complique du fait même des positions prises, selon Peter Longerich, par Himmler :
« […] à l’été 1942, il commença à faire la distinction entre les Tziganes sédentarisés et les nomades. » (page 645)

Et de fait, nous dit-on :
« Il imposa à la SS et à la police le principe selon lequel il s’agissait désormais de faire la distinction entre les Sinti et les Lalleri « de race pure » (y compris les « sang-mêlé » issus de ces groupes) ainsi qu’entre les Roma et les autres « sang-mêlé« . Les Tziganes « de race pure » seraient placés dans une « réserve » dans le Gouvernement général une fois la guerre terminée, et pourraient alors y mener leur existence en fonction de leur mode de vie « particulier« . Quant aux autres, ils seraient déportés. » (page 645)

La conclusion qu’apporte Peter Longerich à cette partie du « dossier Himmler » a au moins l’avantage de nous dire qu’il s’agissait, une fois encore, de mettre en avant les mérites particuliers de l’Holocauste :
« Comme le montre ce rapide passage en revue, les SS assassinèrent des dizaines de milliers de Tziganes, mais ils se montrèrent moins décidés et moins systématiques que dans le cas des Juifs. » (page 647)

Autre façon de dire que les Tziganes n’auront été que des victimes de second rang…

Michel J. Cuny

Clic suivant : L’Ukraine et les pays Baltes sous le botte nazie

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