L’Holocauste contre Staline

Dans le discours qu’il prononce à la radio le 3 juillet 1941 – onze jours après le déclenchement de l’opération Barbarossa –, Joseph Staline fait un bilan bouleversant :
« Les troupes hitlériennes ont pu s’emparer de la Lituanie, d’une grande partie de la Lettonie, de la partie ouest de la Biélorussie, d’une partie de l’Ukraine occidentale. L’aviation fasciste étend l’action de ses bombardiers, en soumettant au bombardement Mourmansk, Orcha, Moguilev, Smolensk, Kiev, Odessa, Sébastopol. Un grave danger pèse sur notre Patrie. » (Joseph Staline, Œuvres, tome 16 (1941-1949), http://www.marxisme.fr)

Staline

Très vite, il en vient à ceci :
« Chose très importante encore, c’est que l’Allemagne fasciste a violé perfidement et inopinément le pacte de non-agression conclu, en 1939, entre elle et l’URSS, sans vouloir tenir compte qu’elle serait regardée par le monde entier comme l’agresseur. »

Le peuple soviétique sait bien que, depuis le 23 août 1939, il n’a pas eu à faire la guerre. Or, l’attaque soudainement lancée par l’Allemagne nazie lui montre que c’est effectivement le pacte germano-soviétique qui a laissé le temps, à l’URSS, d’améliorer ses capacités de défense. Il ne peut pas être surpris d’entendre Staline lui tenir les propos suivants :
« Nous avons assuré à notre pays la paix pendant un an et demi et la possibilité de préparer nos forces à la riposte au cas où l’Allemagne fasciste se serait hasardée à attaquer notre pays en dépit du pacte. C’est là un gain certain pour nous et une perte pour l’Allemagne fasciste. »

C’est justement cette rupture du pacte qui déséquilibre le rapport avec l’Allemagne en ce moment précis :
« Elle a obtenu ainsi un certain avantage pour ses troupes pendant un court laps de temps, mais elle a perdu au point de vue politique, en se démasquant aux yeux du monde comme un agresseur sanglant. »

Et plus particulièrement aux yeux du peuple soviétique lui-même, de sorte que, comme Staline le souligne…
« Aux côtés de l’Armée rouge le peuple soviétique tout entier se dresse pour la défense de la Patrie. »

Au-delà de la brutalité de son attaque et de la rupture du pacte…
« L’ennemi est cruel et inexorable. Il s’assigne pour but de s’emparer de nos terres arrosées de notre sueur, de s’emparer de notre blé et de notre pétrole, fruits de notre labeur. »

C’est donc à l’ensemble du peuple soviétique, témoin du manque de parole de l’Allemagne hitlérienne, mais témoin aussi de la volonté qui anime celle-ci d’anéantir l’ensemble de la population, qu’il revient de prendre ses responsabilités en revenant sur le pourquoi de sa constitution en Union des Républiques Socialistes Soviétiques :
« Le grand Lénine, qui a créé notre État, a dit que la qualité essentielle des hommes soviétiques doit être le courage, la vaillance, l’intrépidité dans la lutte, la volonté de se battre aux côtés du peuple contre les ennemis de notre Patrie. Il faut que cette excellente qualité bolchevique devienne celle des millions et des millions d’hommes de l’Armée rouge, de notre flotte rouge et de tous les peuples de l’Union Soviétique. »

Ensuite, Staline développe les modalités pratiques que doit mettre en œuvre un peuple réellement soviétique affronté à la question même de sa survie :
« En cas de retraite forcée des unités de l’Armée rouge, il faut emmener tout le matériel roulant des chemins de fer, ne pas laisser à l’ennemi une seule locomotive, ni un seul wagon ; ne pas laisser à l’ennemi un seul kilogramme de blé, ni un litre de carburant. Les kolkhoziens doivent emmener tout leur bétail, verser leur blé en dépôt aux organismes d’État qui l’achemineront vers les régions de l’arrière. Toutes les matières de valeur, y compris les métaux non ferreux, le blé et le carburant qui ne peuvent être évacués, doivent être absolument détruites. »

Enfin, Staline annonce la création des groupes de partisans :
« Dans les régions occupées par l’ennemi il faut former des détachements de partisans à cheval et à pied, des groupes de sabotage pour lutter contre les unités de l’armée ennemie, pour attiser la guérilla en tous lieux, pour faire sauter les ponts et les routes, détériorer les communications téléphoniques et télégraphiques, incendier les forêts, les dépôts, les convois. Dans les régions envahies, il faut créer des conditions insupportables pour l’ennemi et tous ses auxiliaires, les poursuivre et les détruire à chaque pas, faire échouer toutes les mesures prises par l’ennemi. »

Revenons maintenant à Peter Longerich, et à sa façon à lui de faire l’histoire de la Seconde Guerre mondiale à travers la personne de Heinrich Himmler.

De cette lutte des partisans, le directeur du Centre de recherche sur l’Holocauste et l’Histoire du XXe siècle à l’Université de Londres ne retient que ce qui pourra entrer dans le cadre de l’Holocauste, réflexe absolument naturel… chez lui. Nous sommes désormais dans ce qu’il appelle « les mois décisifs de l’été 1942 ». À propos d’Himmler, dont il rédige la biographie (pour le compte de l’Holocauste, pourrait-on affirmer), il croit pouvoir avancer ceci :
« Il s’efforça, avec succès, d’obtenir la responsabilité de la « lutte contre les bandes », afin de pouvoir imposer l’anéantissement des Juifs en Europe de l’Est. En règle générale la lutte contre la Résistance dans les territoires occupés était directement liée à un durcissement des persécutions contre les Juifs. » (page 595)

Ce qui veut dire, selon le biographe d’Himmler, qu’en termes militaires, la lutte des partisans ne servait strictement à rien. Mais aussi que, sur le plan humain, elle avait le tort d’offrir aux nazis des cibles juives… Le tout désigne donc Staline comme un parfait criminel, responsable – pour une bonne part sans doute – de l’Holocauste. Quoi qu’il en soit, Peter Longerich nous le répète :
« En Union soviétique, directement visée par les décisions prises en mai et juin 1942 de procéder à l’assassinat systématique des Juifs d’Europe, Himmler intervint personnellement dans le processus d’extermination. Il profita en particulier du fait qu’Hitler, en juillet 1942, lui avait confié la responsabilité de la « lutte contre les bandes ». » (page 599)

Mais trois précautions valant mieux que deux, il en remet aussitôt une couche, et un peu plus épaisse. L’Holocauste vaut bien ça…
« Une situation qui était directement liée à la mission de « lutte contre les bandes » et qui correspondait à ce qui se passait dans le Gouvernement général [c’est-à-dire en Pologne]Himmler avait ordonné le 19 juillet [1942] que la population juive soit exterminée avant la fin de l’année. Il s’agissait donc non seulement d’éliminer les vrais partisans, mais aussi tous les « éléments suspects », dont la population juive. » (page 600)

Autrement dit, s’il faut en croire Peter Longerich : tout en se défendant à travers les partisans, l’URSS offrait très libéralement des cibles juives à Himmler… Ah, ce Staline !

Michel J. Cuny

Clic suivant : Cet Holocauste qui prétend régenter l’Histoire de la Seconde Guerre mondiale

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