Quand la Seconde Guerre mondiale est réduite à l’Holocauste

J’ai montré comment, en rédigeant la biographie de Himmler, Peter Longerich – directeur du Centre de recherche sur l’Holocauste et l’Histoire du XXe siècle à l’Université de Londres – présentait l’attaque de l’Allemagne contre l’URSS en juin 1941 comme résultant d’une volonté de s’en prendre essentiellement aux Juifs.

himmler

Heinrich Himmler (1900-1945)

Ce qui n’aura d’abord été introduit que de manière insidieuse, se trouve bientôt confirmé de façon éclatante par cet auteur qui ne se refuse décidément rien pour faire triompher la cause de son employeur : l’Holocauste. Lisons-le :
« En août 1941, Himmler invita […] le régime à présenter à l’avenir le conflit comme une « guerre contre les Juifs« . Les relations s’envenimant avec les États-Unis, qui finiraient par entrer tôt ou tard dans la guerre, l’appareil de propagande haussa le ton de son agitation antisémite. L’Allemagne ne luttait pas contre le « judéo-bolchevisme » – ce vieux slogan de la propagande nazie avait été ressuscité au moment de l’offensive contre l’URSS –, mais contre un « complot juif mondial« , coalition entre le communisme et le capitalisme. » (page 514)

Ne pouvait-on plus être communiste sans être Juif ? Apparemment, non… s’il faut en croire l’analyse de Peter Longerich.

Il sait pourtant très bien que, parfois, en Europe occidentale – mais peut-être n’était-ce vrai pour lui qu’en Europe occidentale – la cible communiste valait quelque chose, en elle-même, pour les nazis. Ainsi remarque-t-il que…
« Aux Pays-Bas, le commandant en chef de la police, Wilhelm Harster, fit arrêter massivement les communistes après l’attaque contre l’Union soviétique. Le 16 septembre [1941], l’OKW [Oberkommando der Wehrmacht, commandement de l’armée allemande] diffusa un ordre valable partout qui stipulait qu’il était « approprié » d’envisager l’exécution de 50 à 100 communistes pour la mort d’un soldat allemand. » (page 528)

Mais, dès la page suivante, rien, apparemment, ne l’empêche d’écrire :
« Himmler n’était pas seul à préconiser d’orienter la répression spécifiquement contre les Juifs. À partir de l’automne 1941, les autorités militaires allemandes en Serbie et en France concentrent d’elles-mêmes la répression sur la minorité juive. » (page 529)

Notons-le : il ne s’agit pas là de combats, mais de faire des victimes civiles…

Or, nous avions précédemment lu chez un auteur, juif lui-même, Tony Judt, que les pertes civiles sur le territoire de l’Union soviétique « dépassèrent très probablement les 16 millions de personnes« . Ne s’agissait-il que de la « minorité juive » ?

Le même auteur écrivait aussi :
« En Union soviétique, 70.000 villages et 1.700 villes furent détruits au cours de la guerre, en même temps que 32.000 usines et 64.000 kilomètres de voies ferrées. » (Tony Judt, Après guerre – Une histoire de l’Europe depuis 1945, Armand Colin 2007, page 32)

Cela ne pouvait-il viser que des Juifs ?

Sans doute, puisqu’il paraît, selon Peter Longerich, qu’une logique très spécifique animait l’Allemagne hitlérienne. Il en connaît parfaitement le mécanisme :
« Du point de vue des dirigeants nazis, le durcissement et l’extension des mesures de répression contre les Juifs étaient logiques. Partant du principe qu’il existait une identité globale entre le communisme et les Juifs, ils se disaient que les minorités juives, y compris celles qui vivaient ailleurs qu’en Europe de l’Est, devaient couvrir les mouvements de résistance. » (Peter Longerich, etc., page 529)

Cela signifiait qu’en eux-mêmes les mouvements de résistance ne déplaisaient aux nazis que parce qu’ils auraient été couverts par les juifs ? De même pour l’ensemble de la résistance soviétique à l’attaque de l’Allemagne nazie ?

Peter Longerich sait pourtant très bien comment les choses se sont passées à Auschwitz. C’est lui-même qui l’affirme :
« Vers le début du mois de septembre [1941], pour la première fois 600 prisonniers de guerre soviétiques ainsi que 250 détenus malades auraient été tués dans une cave du Block 11 avec du Zyklon B. Un peu plus tard, à la mi-septembre 1941, 900 prisonniers de guerre soviétiques étaient assassinés de la même façon dans la salle de dissection du crématorium. » (page 532)

Par ailleurs, n’avons-nous pas lu, sous la plume de Tony Judt, que les Allemands avaient capturé quelque 5,5 millions de soldats soviétiques au cours de la guerre et que, « parmi ceux-ci, 3,3 millions moururent de faim, de froid et de mauvais traitements dans les camps allemands« . (Tony Judt, etc., page 33)

Étaient-ils tous Juifs ?

Mais Peter Longerich a décidé de laisser de côté la question des armées régulières. Sans doute pense-t-il qu’avec les partisans qui combattaient par-delà le front et à l’arrière des lignes allemandes, il lui sera plus facile de manœuvrer. Ainsi, évoquant la réunion qui avait eu lieu chez Hitler le 18 décembre 1941 et l’intervention qu’y avait faite Himmler, il écrit à propos de celui-ci :
« […] le premier point qu’il avait consigné était la « question juive« , accompagné de la mention, résultat évident de la discussion : « les éradiquer en tant que partisans« . En réalité, le prétexte de la lutte contre les partisans était déjà utilisé depuis l’été pour assassiner massivement les Juifs. » (Peter Longerich, etc., page 536)

Ce qui est une autre façon de dire que les non-Juifs partisans – puisqu’ils s’étaient rangés, selon lui, sous un « prétexte » – n’intéressaient personne et ne faisaient que tirer leur poudre aux moineaux…

Et voici que, comme s’il ne s’agissait que d’un vague remords, les prisonniers de guerre soviétiques viennent à l’esprit du directeur du Centre de recherche sur l’Holocauste et l’Histoire du XXe siècle à l’Université de Londres :
« Durant l’automne et l’hiver 1941, la plupart des soldats soviétiques, de toute façon déjà épuisés au moment de leur capture, succombèrent aux conditions catastrophiques qui régnaient dans les camps de la Wehrmacht. » (page 540)

« De toute façon déjà épuisés au moment de leur capture« … En effet, la perte était vraiment minime : on aurait même pu ne pas en parler du tout…

Michel J. Cuny

Clic suivant : L’Holocauste contre Staline

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