III 13. De Benghazi à Syrte

(Le torchon de papier d’A.C.)

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III 13. De Benghazi à Syrte

« L’année de mes onze ans, papa nous a annoncé qu’on partait vivre à Syrte, une ville située aussi sur la côte méditerranéenne, entre Benghazi et Tripoli. Il voulait se rapprocher du berceau familial, de son père – un homme très traditionnel marié à quatre épouses –, de ses frères, de ses cousins. » (P.29)
(Le berceau du père de “Soraya” est à… Syrte. Avant la chute de la monarchie, le roi Idriss 1er avait pris des mesures pour faire reculer l’âge de majorité et le temps du mariage mais elles n’avaient été que peu appliquées. Dans la Libye du roi Idriss 1er, les hommes pouvaient avoir plusieurs épouses. Le roi, lui-même, avait quatre épouses dont Fatima. N’ayant pas d’enfant avec Fatima, il voulut épouser une cinquième femme : Fatima lui aurait proposé le choix entre deux femmes mais, le roi s’étant marié avec une autre, une Égyptienne, Fatima refusa ce mariage ; et comme elle et le roi n’étaient pas divorcé(e), elle rejeta catégoriquement le fait d’avoir à quitter la résidence royale située à Tobrouk (ville sur la côte méditerranéenne, proche de la frontière égyptienne) où il y avait alors une forte implantation de troupes britanniques qui veillaient jalousement à la fois sur la monarchie libyenne et sur le canal de Suez. La Grande-Bretagne avait imposé la monarchie et le roi Idriss 1er, roi fantoche, à la population libyenne et elle continuait à considérer le canal de Suez comme sa chasse gardée après la Révolution en Égypte à laquelle avait participé Gamal Abdel Nasser.
Après la Révolution du 1er Septembre 1969, en Libye, certaines anciennes générations vivaient encore dans la polygamie tandis que les nouvelles générations évoluaient vers la monogamie, telle la génération du père et de la mère de “Soraya” (si celle-ci existe autrement que dans l’imagination de la journaliste). Bien sûr, l’équipe révolutionnaire n’a pas demandé aux hommes des anciennes générations de répudier leurs épouses pour n’en garder qu’une seule.
Dans la Libye révolutionnaire, le mariage qui était, naguère encore, arrangé par les familles, a cédé peu à peu la place au mariage entre deux personnes se découvrant des affinités pour faire le chemin de la vie ensemble ou, du moins, une partie du chemin : un jeune homme a pu épouser une seule jeune fille ; les jeunes femmes n’ont pas eu à partager leur mari. Dans Le Livre Vert (troisième partie éditée en 1979) de Muammar Gaddhafi, si peu compris, il est écrit : « Il n’y a aucune différence entre l’homme et la femme, dans tout ce qui est humain. Nul ne doit épouser une autre personne contre son gré, ou divorcer sans consentement mutuel ou sans un juste procès qui lui donne raison. La femme ne peut se remarier sans avoir divorcé ; l’homme ne peut se remarier sans accord ou divorce. » [Cité par Françoise Petitdemange, dans La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives 2014, page 138.] Ainsi, la possibilité du recours au divorce a évité aux couples mal unis, ou désunis, de passer, par obligation, leur vie durant ensemble ; elle a évité les répudiations des femmes par les hommes.
Car, autre régime, autres mœurs. Les nouvelles générations sont passées de la vie dans les bidonvilles à celle dans de vrais appartements ou de vraies maisons. Elles sont passées de l’analphabétisme à l’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul : les adultes ont pu fréquenter les cours du soir et les enfants ont pu aller dans les écoles et poursuivre des études dans les lycées et les universités. Les étudiant(e)s, qui le souhaitaient, ont eu la possibilité de partir à l’étranger pour y étudier : avant la guerre de 2011, ils-elles recevaient une bourse mensuelle de près de 2000 euros octroyée par l’État des masses (la dictature de Kadhafi, selon “Soraya”-Cojean…)

« C’est ainsi, en Libye. Toutes les familles tentent de rester groupées autour d’un même bastion supposé leur donner de la force et un soutien inconditionnel. À Benghazi, sans racines ni relations, nous étions comme des orphelins. C’est en tout cas ce que nous a expliqué papa. Mais moi, j’ai pris cette nouvelle comme une pure catastrophe. » (P.29)
(Les familles, clans et tribus ont des origines locales auxquelles elles tiennent. Mais les mariages les relient les unes aux autres. Les quelques chefs de tribus qui, en 2011, se sont fait duper par le triste manipulateur Bernard-Henri Lévy, se sont-ils rendu compte que la pseudo-démocratie ou, plutôt, l’oligarchie bourgeoise qui allait leur être imposée par les bombes, devait inévitablement faire éclater le socle historique de la Libye ? Certainement pas.
Quant au changement de lieu… Il en est ainsi pour la plupart des enfants : le fait de devoir changer de ville, d’école, et donc de camarades de classe, peut être un véritable déchirement.)

« Et puis j’y suis finalement allée. Avec des semelles de plomb. Et en comprenant très vite que je n’y serais pas heureuse. D’abord, il faut savoir qu’on arrivait dans la ville natale de Kadhafi. » (P.29)
(Non, Muammar Gaddhafi n’est pas né, en juin 1942, à Syrte mais dans une tente d’un campement de nomades qui s’étaient installés au milieu des steppes de Syrte, à plusieurs kilomètres du village de Qasr Abou Hadi, lui-même situé à 18 kilomètres de Syrte. Comment ! La Libyenne “Soraya”, fille d’un Libyen, ne sait pas cela ?…)

III 13. Le village de Qasr Abou Hadi (au sud-est de Syrte), près duquel est né M. Gaddhafi

Qasr Abou Hadi, au sud-est de Syrte, petit village
près duquel se trouvait le campement de nomades, notamment la tente de la tribu Gaddhafa,
dans laquelle est né Muammar Gaddhafi, en juin 1942,
au milieu de la guerre impérialiste (1939-1945) qui faisait rage jusqu’en Afrique, y compris en Libye…

Clic suivant : III 14. Dans le torchon de papier de la journaliste, des relents de xénophobie

Françoise Petitdemange

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