III 10. D’un conte de fée à l’enfer… Vraiment ?

(Le torchon de papier d’A.C.)

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III 10. D’un conte de fée à l’enfer… Vraiment ?

(Paris… C’est un conte de fée pour l’apprentie coiffeuse (future mère de “Soraya”)… À certains moments, bien sûr, quand elle rencontre et qu’elle revoit son amoureux. Car “Soraya”-Annick se garde(nt) bien d’évoquer le reste…
L’apprentissage d’un métier – ici, celui de la coiffure – n’est pas de tout repos : toutes les coiffeuses pourraient le dire. La nécessité de s’en tenir à la station debout, la plupart du temps, et la manipulation des produits plus ou moins toxiques ne sont pas ce qu’il y a de plus exaltant, sans parler du tour de main à obtenir et du mécontentement de la clientèle difficile à satisfaire, sans parler non plus de la patronne ou du patron qui ne sont pas toujours patient(e) avec leurs apprenti(e)s. Mais, passons ! L’amour est arrivé sous les traits d’un Libyen, employé d’ambassade, par Paris.)
« En tout cas, dès qu’il a rencontré maman, il s’est vite décidé. Il a demandé sa main, le mariage a eu lieu à Fez, où habitait encore sa grand-mère, et hop ! il l’a ramenée, tout fiérot, en Libye. » (P.26) (Ici, pas de trace des parents, ni de la jeune fille, ni du jeune homme… À qui le jeune homme a demandé la main de sa belle ?)

« Quel choc pour ma mère ! Elle n’avait jamais imaginé vivre au Moyen Âge. Elle qui était si coquette, si soucieuse d’être à la mode, bien coiffée, bien maquillée, a dû se draper du voile blanc traditionnel et limiter au maximum ses sorties hors de la maison. » (P.27)
(Ceci ne correspond absolument pas aux documents sur la Libye de 1969 à 2011 : la Révolution du 1er Septembre 1969 a été effectuée par de jeunes militaires qui n’avaient pas 30 ans. Elle a mis fin au pouvoir d’un émir qui était devenu roi, par la grâce des Britanniques, c’est-à-dire d’un roi fantoche : Idriss 1er, qui, s’il était né en 1889, avait, au moment de la chute de la monarchie, 80 ans.
Ainsi qu’il a déjà été écrit : dès après la Révolution du 1er Septembre 1969, qui s’est faite sans effusion de sang, bon nombre de jeunes filles et de femmes sont sorties dans les rues, sans voile ou sans foulard, pour fêter l’événement. Durant les 42 années révolutionnaires, elles ont pu s’habiller comme elles le souhaitaient : personne, aucune loi d’aucune sorte ne les obligeait à porter un voile ou une longue robe. Selon leurs activités et leurs désirs, elles allaient nu-tête ou couvraient leurs cheveux d’un foulard noir ou coloré ou du grand voile traditionnel ; elles pouvaient mettre un habit moderne dans la journée : un pantalon ou une jupe (Safiya Farkash-Gaddhafi fut la première femme à porter un pantalon en Libye), se vêtir de la foursia (habit traditionnel) pour se rendre à une soirée, et apparaître en treillis, le lendemain. Elles pouvaient sortir le soir sans la compagnie du mari et conduisaient leur propre voiture…
Les jeunes filles et jeunes femmes qui ont appuyé et puis fêté la contre-révolution et la guerre coloniale, de février à octobre 2011, sont allées dans les rues, le corps enveloppé dans le drapeau de la vieille monarchie collaboratrice des colonisateurs français, britannique, états-unien de l’époque précédant la révolution de 1969, devenu le drapeau de la contre-révolution de 2011 – « le drapeau de la honte », comme l’a si bien nommé Madame Safiya Gaddhafi – qui leur servait de voile ou le visage engoncé dans un foulard aux couleurs de ce « drapeau de la honte » (les prétendus rebelles et leurs égéries n’ont rien inventé, pas même le drapeau). Il n’est pas sûr que les Libyennes puissent s’habiller maintenant, après cette contre-révolution sanglante, comme elles le souhaiteraient.
L’ambassadeur de France en Libye, Christian Graeff et son épouse, Maria Wassink-Graeff, écrivaine et sociologue franco-hollandaise, ont séjourné dans le pays de Muammar Gaddhafi, de 1982 à 1985, au contact de la population. À propos du comportement de certain(e)s Français(es), Maria Wassink-Graeff a écrit : « On ne rencontre guère, de ce côté de la Méditerranée à l’égard du Guide de la révolution libyenne, qu’antagonisme, incompréhension, hostilité. Mais qu’en est-il en Libye-même ? Interrogez les femmes : filles de chameliers, ou de cultivateurs berbères, ou bourgeoises aisées des citées fondées par la Grèce antique et l’Empire romain, beaucoup d’entre elles rendent grâce au « frère Moammar, libérateur de la femme »… » [Cité dans La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives 2014, page 167.]

Les femmes libyennes d’après le 1er Septembre 1969 n’avaient rien à envier aux Marocaines ou aux Tunisiennes… En tout cas, la vie des jeunes filles et des femmes en Libye ? Rien à voir avec ce que “Soraya” raconte de sa mère ou avec ce que la journaliste élucubre dans son torchon de papier…)
« Elle était comme un lion en cage. Elle se sentait flouée, et elle était piégée. Ce n’était pas du tout la vie que papa lui avait laissé envisager. Il avait parlé de voyages entre la France et la Libye, de son travail qu’elle pourrait développer à cheval sur les deux pays… En quelques jours, elle se retrouvait au pays des Bédouins. Et elle a déprimé. » (P.27)
(Voici donc la petite apprentie coiffeuse – la future mère de “Soraya” – mariée à un employé d’ambassade qu’elle ne connaissait pas vraiment. La décision ayant été prise rapidement, la mère de “Soraya” ne pouvait tout de même pas mettre sur le compte de la Révolution du 1er Septembre 1969 et de la Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste, et, nommément, sur le compte de Muammar Gaddhafi, sa déception liée aux espérances qu’elle avait mises dans son mariage… Elle ne pouvait pas même charger son mari libyen de toutes ses espérances déçues. Elle était pour moitié dans la décision : mariage d’amour ou mariage de raison c’est-à-dire d’intérêts ?
Qu’attendait cette jeune apprentie coiffeuse du mariage avec un « employé à l’ambassade de Libye », ou plutôt au BPRE (Bureau Populaire des Relations Extérieures) libyen en France ? Si elle s’estimait trompée par un homme beau parleur, rien ne lui interdisait de se séparer de son mari : la loi libyenne le lui permettait.

Quant au « pays des Bédouins », il vaut bien les autres pays du monde… Ici, revient la haine de la classe bourgeoise, à laquelle “Soraya”-la journaliste s’assimile(nt), à l’égard du peuple.)

III 10 -Bât.t de l'Ass. du Peuple, Syrte, construit sur le modèle des tentes bédouines blanches

Bâtiment de l’Assemblée du Peuple, Syrte,
construit sur le modèle des tentes bédouines blanches

Clic suivant : III 11. Du Djebel Akhdar (Montagne Verte) à la ville de Benghazi 

Françoise Petitdemange

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