III 9. Des rêves brisés par qui ?

(Le torchon de papier d’A.C.)

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III 9. Des rêves brisés par qui ?

 

 III 9 - Arthur Mottin - Miroir brisé - Peinture acrylique sur toile au couteau

Arthur Mottin – Miroir brisé
Peinture acrylique sur toile au couteau – technique mixte

(En admettant toujours que “Soraya” ne soit pas un personnage fictif du torchon de papier de la journaliste, Annick Cojean… À propos des rêves de sa mère, “Soraya” dit 🙂
« Elle en a eu d’immenses. Et tous se sont brisés. » (P.26) (Les lecteurs et lectrices, sauront-ils(-elles) sur quel écueil de la vie, ces rêves se sont « brisés » ? Portrait de la mère par la fille…) « Elle est née au Maroc, chez sa grand-mère qu’elle adorait. Mais ses parents étaient tunisiens. Elle disposait de beaucoup de libertés puisque, jeune fille, elle est venue faire un stage de coiffeuse à Paris. Le rêve, non ? » (P.26) (Ici donc, le rêve de “Soraya” et le rêve de sa mère se confondent : passer du Maroc ou de la Tunisie à la France, pour y apprendre le métier de coiffeuse, cela est un rêve bien modeste, cela devrait pouvoir se faire… En admettant que “Soraya” existe vraiment, la journaliste, qui ne paraît pas avoir le moins du monde la fibre populaire, a dû rire sous cape en entendant cette petite phrase : « Le rêve, non ? »)

« C’est là qu’elle a rencontré papa, lors d’un grand dîner, un soir de ramadan. Il était alors employé à l’ambassade de Libye et lui aussi adorait Paris. L’atmosphère y était si légère, si joyeuse, en comparaison avec le climat d’oppression libyen. Il aurait pu suivre des cours à l’Alliance française comme on le lui proposait, mais il était trop insouciant et préférait sortir, se balader, grappiller chaque minute de liberté pour s’en mettre plein les yeux. Il regrette aujourd’hui de ne pas pouvoir parler français. Ç’aurait sans doute changé notre vie. » (P.26)
(“Soraya” fait écrire à la journaliste ou la journaliste fait dire à “Soraya”, à propos de Paris… « L’atmosphère y était si légère, si joyeuse, en comparaison avec le climat d’oppression libyen. » Il n’est pas question de contester le plaisir qu’ont pu avoir cette jeune fille Marocaine et ce jeune homme Libyen de séjourner à Paris et de s’y rencontrer, qui plus est… « lors d’un grand dîner, un soir de ramadan. » Imaginons, à la même époque, une jeune Française qui se serait rendue en Libye, affranchie de ses parents, pour y apprendre l’arabe, par exemple, en vue de l’enseigner, et qui aurait rencontré un jeune Italien, à Tripoli, lors d’un grand dîner, un soir de fête : pour l’un comme pour l’autre, l’ambiance de Tripoli, n’aurait-elle pas été « légère », « joyeuse » ?… Quant au « climat d’oppression en Libye », il demanderait à être précisé. Car, avant la Révolution du 1er Septembre 1969, la population libyenne avait sans cesse vécu dans un pays colonisé.

Le rêve, ce fut donc… qu’une jeune apprentie, future mère de “Soraya”, soit « venue faire un stage de coiffeuse à Paris ». Mais ce fut aussi le temps, pour cette jeune fille qui « disposait de beaucoup de libertés », de rencontrer celui qui allait la courtiser et l’épouser et lui faire regretter, toute sa vie, sa “liberté”. Quant au futur père de “Soraya”, alors « employé à l’ambassade de Libye » « Il aurait pu suivre des cours à l’Alliance française » « mais il » « préférait »... Il y a, ici, deux êtres animés par un désir commun qui leur fait tourner le dos à leurs désirs individuels. Rien, là, qui ne soit la faute au régime libyen. Tous deux ont fait un choix et pas un autre : à eux seuls revenait et reviendra la responsabilité de ce choix.)

Clic suivant : III 10. D’un conte de fée à l’enfer… Vraiment ?

Françoise Petitdemange

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