II 6. La politique de la France en Syrie…

 (Emission radio, Le Club de la Presse, Europe 1, 20 mai 2015. Analyse) 

*

La politique de la France en Syrie…

Toujours au Club de la Presse, le 20 mai 2015, voici ce qui étonne, par-dessus tout, Agnès Levallois :
« Et aujourd’hui on a une position de la France qui est absolument inaudible et qui est complètement. Moi, ce qui me frappe, c’est qu’aujourd’hui le gouvernement de Bachar El Assad nous déteste, hein, déteste la politique de la France à juste titre. Mais que l’opposition nous en veut aussi terriblement parce que, au début, souvenez-vous, on n’a pas arrêté de dire : “Nous, la France, on va aider cette opposition”, on n’a rien fait. Donc, aujourd’hui, tout le monde nous déteste : l’opposition qui estime qu’on n’a pas respecté des accords, qu’on n’a pas respecté la parole et le gouvernement de Bachar El Assad qui, effectivement, trouve qu’on joue un jeu terriblement. »
Après la haine contre le président syrien en exercice, Bachar El Assad, répandue dans les médias français, et après tout ce que madame Levallois vient d’exprimer, faut-il s’étonner que « la politique de la France » soit « détestée » ? La France a fait « des accords » avec les opposants syriens qui, pour la plupart, ne vivaient plus, depuis des décennies, dans leur pays natal : cela s’apparente à une aide de la France à un coup d’État venant de l’extérieur contre le régime syrien. La haine des responsables politiques et médiatiques contre Bachar El Assad aura son revers habituel : dans le cas où l’issue de la guerre en Syrie se révélerait favorable aux chefs d’État occidentaux, les États-Unis ramasseront à la pelle des contrats avec ce pays tandis que la France n’aura pas même des miettes.

Serge July qui, dans cette émission, intervient quand il veut… n’hésite pas à couper la parole à l’invitée…

« Alors, justement, la question [Nicolas Poincaré : « Serge July… »] que je voulais poser, au mois d’août 2013, de savoir les États-Unis, la France, est-ce que ils allaient bombarder le régime de Bachar, les, les armées de Bachar, heu, vous pensez que ça a été un tournant, heu, terrible. [Agnès Levallois : « Pour moi »…] Vous, personnellement, en tant que chercheuse, vous pensez que ç’aurait été utile ? »

Agnès Levallois va tout de même pouvoir répondre…
« Alors, c’est une question extrêmement difficile [Serge July : « Oui. »]. Moi, je pense, je pense honnêtement que, en août 2013, le régime était vraiment affaibli : y avait vraiment un sentiment, à Damas, enfin des échos que j’avais, vraiment, de, de, de peur, mais de peur terrible de ce régime, de ce qui était en train de se passer. Et je crois que quelques frappes, heu, ciblées, auraient pu permettre en tous les cas de, de, soit de faire tomber le régime, soit de, d’envoyer un signal au deuxième cercle autour de Bachar El Assad. Je ne parle pas du premier cercle, hein, qui, lui, de toute façon, ne bougera jamais. Mais le deuxième et troisième cercles, là, de basculer parce que ce deuxième et troisième cercles auraient vu qu’il y avait vraiment une vraie parole de cette communauté internationale et qu’elle était prête à aller jusqu’au bout. »
Agnès Levallois omet de rappeler « ce qui était en train de se passer », réellement, au mois d’août 2013. Début août, les opposants syriens avaient mené une offensive dans la région de Lattaquié et causé un massacre dans la population civile alaouite. Le berceau familial des Assad se trouve notoirement à Qardaha, près de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, et le père de Bachar, Hafez El Assad, y était né dans une famille pauvre appartenant à la petite communauté religieuse des Alaouites. Fin août, les opposants dénonçaient des bombardements massifs à l’arme chimique perpétrés par le prétendu dictateur, Bachar El Assad, contre la population civile, principalement alaouite. Or, quel intérêt, le président de la république, aurait-il eu à bombarder les civil(e)s de cette communauté ?… Pour les responsables politiques et médiatiques occidentaux, ces accusations, qui attaquaient le régime syrien et qui provenaient des opposants, ne pouvaient être que vraies.
L’invitée du Club de la Presse émet un autre regret : celui que lui donnent les forces occidentales de n’avoir pas profité de ces mensonges contre Bachar El Assad, diffusés en masse dans les médias français notamment, pour intervenir par « quelques frappes » « ciblées » contre la Syrie (comme en Irak, lors des deux guerres du Golfe, comme en Libye en 2011 pour protéger le peuple)… En vertu de quel droit ? Eh bien ! du droit d’ingérence des États occidentaux – si cher à Bernard Kouchner – dans les affaires intérieures des autres pays, droit qui bafoue le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et qui viole leur souveraineté… Pour Agnès Levallois, il fallait « aller jusqu’au bout » ! C’est-à-dire renverser le régime : la République Arabe Syrienne et le président élu.

6 - Syrie

La Syrie

Faut-il rappeler, ici, que Ali Sulayman el-Wahch avait fait partie d’un groupe d’insurgés opposés à l’occupation française (1920-1946) de leur pays et que sa lutte contre l’occupant lui avait valu le surnom d’El Assad (Le Lion). Son fils, Hafez El Assad, qui était entré à l’Académie militaire syrienne et avait suivi une formation de pilote de chasse au sein de l’Armée Rouge, en URSS, avait mis fin, une fois devenu président de la République Arabe Syrienne, à la série de coups d’État orchestrés contre son pays. Son petit-fils, Bachar El Assad, s’est opposé à l’invasion de l’Irak par l’armée américaine, en 2003, qui se trouve, selon Agnès Levallois, à l’origine de tous les problèmes actuels dans le monde arabe.

Serge July :
« Vous savez pourquoi ça n’a pas eu lieu »
     
Agnès Levallois :
« Je sais, mais et du coup [Serge July : « À cause de l’Iran. »]. Bien sûr. [SJ : « Et des négociations avec l’Iran. »]. Mais à partir de là, mais à partir de là, ce qui, pour moi, est encore beaucoup plus dramatique, c’est que c’est un permis de tuer qui a été délivré à Bachar El Assad. C’est-à-dire que Bachar El Assad, quand il a vu qu’il y avait ce recul de la communauté internationale, s’est, ce que j’appelle vraiment “permis de tuer” et de, à partir de là, on a vu Bachar El Assad, effectivement, se déchaîner. Il avait plus aucune raison d’arrêter de, de, de faire ce qu’il était en train de faire puisqu’en dépit de nos grandes paroles, on ne faisait plus rien. Et quand vous reprenez la chronologie, vous vous apercevez qu’à partir de là, il y a eu ces bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep, en particulier, qui est quand même un cas de figure emblématique, la deuxième plus grande ville de Syrie. Là aussi, un joyau architectural. »
Comment madame Levallois, qui procède par des assertions sans preuves et des sous-entendus, peut-elle penser que ce qu’elle raconte, au sujet des « bombardements sans fin de la population civile par Bachar El Assad à Alep », est crédible ? Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Saddam Hussein détenait des armes chimiques qui, de figurer dans la panoplie des ADM (Armes de Destruction Massive), étaient réprouvées par les chefs d’États occidentaux qui ne se gênaient pas et ne se gênent toujours pas pour en détenir eux-mêmes… et pour les utiliser comme en Yougoslavie, en Irak, en Libye, etc. Les appareils politico-médiatiques, n’ont-ils pas menti aux peuples du monde en racontant que Muammar Gaddhafi bombardait son peuple et faisait des centaines puis des milliers de morts ? Selon le regret de madame Levallois, « la communauté internationale », aurait-elle dû se donner le « permis de tuer » en bombardant la Syrie ? Le droit d’ingérence par les bombes, que se sont donné et que se donnent les Occidentaux dans les affaires intérieures des autres pays, est, lui, un « permis de tuer » les populations militaires et civiles sans qu’elles n’aient pu et ne puissent plus se défendre des attaques intérieures et extérieures puisque l’armée de leur pays est détruite en premier lieu…
En mars 2011, les autorités légitimes de la Libye et de la Syrie – police, armée – et les populations de ces deux pays ont été attaquées – comme par hasard, en même temps – par des groupes armés d’opposition. Les trois chefs d’États français, britannique, états-unien ont profité de ces attaques par des groupuscules d’hommes armés, dont certains n’étaient pas de Libye et de Syrie, pour traiter le Guide révolutionnaire libyen, Muammar Gaddhafi, et le président syrien, Bachar El Assad de « dictateurs sanguinaires » et pour bombarder directement la population libyenne sous le prétexte de la protéger et indirectement la population syrienne… Qu’auraient fait ces trois chefs d’État si des groupes armés d’opposition, pas même venus d’ailleurs, avaient attaqué les autorités – police, armée – et les populations dans leurs pays ? La réponse est ici : en Grande-Bretagne, un Britannique d’origine antillaise, soupçonné d’être un dealer, fut abattu par la police, le 4 août 2011 ; suite à ce meurtre, des manifestations contre la police – tout de suite appelées « émeutes » dans les médias – ont eu lieu entre le 6 et le 10 août, à Londres, à Birmingham, à Liverpool, à Manchester et à Bristol… Les forces de police n’ont pas hésité à riposter. David Cameron, qui s’était rangé du côté des prétendus manifestants et des tout aussi prétendus rebelles, libyens et syriens, et qui était occupé à faire bombarder la population civile en Libye, annoncera de terribles mesures de répression contre les manifestants un peu turbulents dans son pays.
     
D’un côté, madame Levallois accuse Bachar El Assad d’avoir mis à mal Alep, « un joyau architectural », et, d’un autre, elle a appelé le même à attaquer « Daesh » à Palmyre, autre joyau du patrimoine antique syrien.
« Quand vous vous promenez dans le vieux souk d’Alep ou la citadelle qui surplombe le souk d’Alep, heu, – là aussi, j’y suis allée à de nombreuses reprises – et que ça n’existe plus, que ça a été détruit, c’est une cata, et ça, c’est le régime de Bachar El Assad qui l’a fait. Et ce n’était pas Daesh, à l’époque. »
Où serait l’avantage de Bachar El Assad de détruire les joyaux de son pays ? N’y avait-il pas, là, des manifestants ou, plutôt, des groupes armés contre la République Arabe Syrienne et contre un président élu ? Ces groupes s’étaient bientôt constitués en ASL (Armée Syrienne Libre) soutenue par les chefs d’États français, britannique, états-unien, renforcée par l’apport de mercenaires – combattants islamistes, armés et entraînés en Turquie, financés par les monarques du Golfe (Qatar et Arabie saoudite), supervisés, depuis la Turquie, par des agents de la CIA – qui faisaient et font encore le coup de feu contre l’armée de la République Arabe Syrienne, pour renverser le président élu et anéantir le parti Baas, dans le but d’établir… quelle démocratie ?

Faut-il penser que seuls les chefs d’États occidentaux et leurs complices du Moyen Orient ont le droit de bombarder des pays et les populations qui y vivent ?… Agnès Levallois :
« Donc, tout ça pour dire que le, le, le, le, le rendez-vous manqué de 2013, heu, soit on ne disait rien parce qu’on n’avait pas, on savait très bien qu’on n’irait jamais bombarder, mais, à ce moment, il fallait pas dire qu’il y avait des lignes rouges, et à partir du moment où on dit qu’il y a des lignes rouges et que la parole n’est pas tenue, là, Bachar El Assad : boulevard devant lui et [mot inaudible], pour lui la vie était belle et on voit les résultats, deux ans après, ce qu’on arrive pratiquement à deux ans après. »
Vraiment, madame Levallois, en 2013, « la vie était belle » pour Bachar El Assad qui, depuis 2011, voyait son pays attaqué, la population obligée de fuir, et ne pouvait ignorer le sort réservé par les chefs d’États français, britannique, états-unien à Muammar Gaddhafi ?                 

À suivre : II 7. Les chefs d’États occidentaux,
peuvent-ils avoir le chaos en Syrie comme ils l’ont eu en Libye ?…

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

Françoise Petitdemange

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s