II 7. Les chefs d’Etats occidentaux, peuvent-ils avoir le chaos en Syrie comme ils l’ont eu en Libye ?…

 (Emission radio, Le Club de la Presse, Europe 1, 20 mai 2015. Analyse) 

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Les chefs d’États occidentaux,
peuvent-ils avoir le chaos en Syrie comme ils l’ont eu en Libye ?…

Le Club de la Presse continue, ce 20 mai 2015, avec l’invitée, Agnès Levallois. Gérard Carreyrou revient sur la non-intervention occidentale, en 2013, contre la République Arabe Syrienne…
« Oui, madame Levallois, vous avez très bien décrit les phases de Bachar : y a eu la phase de 2013 où Bachar est affaibli, et il est sauvé par le miracle : la non-intervention et, du coup – vous l’avez dit -, il commence à bombarder sa population de manière de plus en plus violente et dramatique. »
Le président de la république syrienne, Bachar El Assad, avait effectivement intérêt à « bombarder sa population », d’autant plus intérêt que les élections présidentielles n’étaient pas loin… « Bombarder sa population » pour se faire réélire : telle est sans doute la meilleure solution.

Gérard Carreyrou personnalise beaucoup les problèmes du Proche-Orient :
« Aujourd’hui, on a l’impression qu’on est dans une troisième phase où il est à nouveau en voie d’affaiblissement important et le régime éventuellement pourrait tomber dans quelques mois, dans quelques… plus loin, j’en sais rien. Mais, en tout cas, on, on voit cette fragilité. Qu’est-ce qui se passerait si Bachar tombait dans six mois Est-ce qu’on aurait une nouvelle Libye avec un chaos politique total ? »
Les prospectives des personnes politiques, des médias et des experts, dans les pays capitalistes occidentaux, conduisent à stigmatiser les chefs d’États, les régimes socialistes et les peuples qui résistent à une économie capitaliste, à une appropriation privée des moyens de production et d’échange, à la toute-puissance de la valeur d’échange et à l’exploitation tous azimuts de l’être humain par l’être humain. C’est qu’il s’agit, pour tous ces ingérents, d’imposer aux peuples une démocratie à l’occidentale, c’est-à-dire une oligarchie bourgeoise, politique et économique, de leur imposer, coûte que coûte, avec des dizaines et des dizaines de milliers de tonnes de bombes, le joug de la finance internationale juive et non juive : tout cela au mépris de l’histoire de leur pays, au mépris de leur culture, de leur religion, de leur éthique, au mépris de leur désir fondamental, existentiel, essentiel de prendre en mains leur propre destin… 
     
Agnès Levallois :
« Alors, je, je, je crois pas que on puisse comparer la, la situation syrienne à la situation libyenne. Heu, vous avez quand même, en Syrie, à la différence de la Libye, quand même un État. Alors, cet État est extrêmement affaibli, aujourd’hui, mais vous avez quand même des structures, vous avez quand même un certain nombre de Syriens qui sont très attachés à leur pays, qui sont des fonctionnaires qui continuent à travailler tant bien que mal dans ce, dans ce contexte. »
Mme Levallois, ne sait-elle pas qu’en Libye il y avait un État ? Dès la Révolution du 1er Septembre 1969, qui avait mis fin à une monarchie corrompue, au faux pouvoir du roi fantoche, Idriss 1er, et à l’accaparement, par l’entourage royal, de la manne pétrolière, le CCR (Conseil du Commandement de la Révolution) avait créé la RAL (République Arabe Libyenne) et une Constitution avait été rédigée au début de décembre 1969 : la “Proclamation constitutionnelle du 2 Schawwal 1389 H[égire]” – soit du 11 décembre 1969, selon le calendrier grégorien – avait été publiée dès le 14. Lorsque le 2 mars 1977, la RAL a cédé la place à la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste) ou État des masses, celui-ci avait des structures très démocratiques, populaires et socialistes, qui, d’ailleurs, s’étaient mises en place dès la Révolution et qui avaient évolué durant la République Arabe Libyenne. L’État des masses avait lui aussi une Constitution : le 2 mars 1977, la “Proclamation du Pouvoir du Peuple” n’avait pas abrogé la Constitution de décembre 1969, elle l’avait affinée, complétée et adaptée à une société libyenne en grande évolution.
En Libye, les structures horizontales permettaient à tout opposant de s’exprimer. Au lieu de les utiliser, les opposants, exilés ou pas, ont préféré bouder ces structures politiques et économiques de l’État des masses et ne nourrir qu’une seule pensée : assassiner Muammar Gaddhafi et arracher le pouvoir des mains du peuple. C’est pourquoi les hommes et femmes politiques des États occidentaux, qui appuient leur pouvoir politico-économique sur la grande bourgeoisie et ses multinationales, n’ont jamais voulu entendre parler de cet État des masses : ils l’ont nié. Pour eux-pour elles, cet État ne devait pas exister : le reconnaître… c’eût été reconnaître la démocratie directe et le fait que les peuples occidentaux ne vivent pas dans de réelles démocraties politiques et économiques ; c’eût été reconnaître que le peuple pouvait se gouverner lui-même ; c’eût été réveiller, dans les populations occidentales, le désir d’une autre vie. Selon madame Levallois… « un certain nombre de Syriens » « sont très attachés à leur pays ». Et les Libyen(ne)s, n’étaient-ils(elles) pas attaché(e)s à leur pays ? Une chose est sûre : avant que leur pays ne fût détruit, leurs conditions de travail et de vie étaient telles qu’ils(elles) n’éprouvaient pas le besoin d’émigrer en Occident.

 7 - Libye (Chiffres 2009)
Avant la guerre des terroristes occidentaux contre la Libye,
celle-ci avait un Etat, une Constitution, des Institutions ;
son économie était florissante, et 
son endettement quasi égal à zéro…

Agnès Levallois persiste dans le fait d’opposer la Syrie à la Libye…
« Donc, vous avez quand même un État qui continue à fonctionner : la paie des fonctionnaires fonctionne tous les mois. Donc, la Libye, ça n’était absolument pas le cas. »
Dans l’État des masses, le système politico-économique était raffiné : démocratique, horizontal alors que, dans les autres États, le système est hiérarchisé et donc vertical. L’État des masses ayant été brisé et les personnes, qui voulaient le pouvoir et qui l’ont obtenu par les bombes de l’étranger, pire, des anciens pays colonisateurs, n’étant pas parvenues à l’exercer, la Libye ne peut plus être que dans le chaos. Mme Levallois, croit-elle qu’avant la guerre déclenchée, en 2011, par des imbéciles doublés de criminels occidentaux qui ne méritent pas le titre de « chefs d’Etat », le peuple libyen, qui décidait de sa vie, n’était pas payé pour le travail qu’il effectuait ? 

Madame Levallois, qui ne peut ignorer qu’il existait, non pas un État bourgeois, mais un État des masses en Libye, essaie de se convaincre et de convaincre les autres…

« Vous aviez pas d’État parce que avec Kadhafi, y avait pas d’État possible. C’était une espèce de, de construction à la, à la Kadhafi. » « avec Kadhafi, y avait pas d’État possible » ?
Deux heures et demie après la Révolution du 1er Septembre 1969, le Communiqué, lu à la radio libyenne par Muammar Gaddhafi, dit ceci : « La Libye est, à partir de ce moment, une République libre et souveraine, qui prend le nom de République Arabe Libyenne » [Cité par Françoise Petitdemange (moi-même), dans La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives, page 19.]  L’« espèce de construction à la Kadhafi », qu’était-ce ? Sinon l’État des masses, la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), la démocratie directe, le gouvernement direct du peuple par le peuple pour le peuple. « La démocratie populaire directe est la base du système politique de la Jamahiriya arabe libyenne populaire socialiste, dans laquelle le pouvoir est entre les mains du peuple, seul. », « Le pouvoir du peuple est exercé par les organes suivants : – les Congrès populaires ; – les Comités populaires ; – les syndicats professionnels [Profesional Unions] ; – le Congrès général du peuple. » [Idem, pages 108 et 109.] Voilà ce qui faisait peur aux dirigeants politiques occidentaux au service de la finance internationale incarnée par la grande bourgeoisie ; voilà le type d’organisation de la société que s’efforce de dénigrer madame Levallois en attaquant Muammar Gaddhafi.

La spécialiste ès monde arabe pense qu’en s’appuyant sur la classe moyenne syrienne – les fonctionnaires – il y aurait une possibilité d’ouvrir la Syrie aux intérêts occidentaux ?
« Donc, là, vous avez quand même la capacité de vous appuyer sur une structure étatique qui continue à exister. Vous avez beaucoup de fonctionnaires, d’ailleurs, qui font une espèce de résistance passive, mais, bon !, le, le pays continue à tourner avec les plus grandes difficultés. »
À se rappeler ce que les chefs d’États occidentaux ont mis en place, avec leurs bombes, en Libye, la question se pose : les fonctionnaires syriens, attendraient-ils le bombardement occidental de leur pays pour que tout aille mieux et qu’ils puissent émigrer sur des bateaux-cercueils ?

Gérard Carreyrou :
« Donc, ça ne serait pas le chaos, pas forcément le chaos. »

Agnès Levallois guigne du côté de l’opposition syrienne…
« Donc, ça serait pas, pas forcément le chaos. Ce qui me frappe, moi, quand même, depuis quelques temps, si vous reprenez la ville d’Idlip qui est une ville au nord de Homs, entre Homs et Alep, pour faire pour faire court, c’est une ville où vous avez des, des djihadistes – pas, pas Daesh, hein, mais plutôt des groupes qui venaient d’Al Qaïda – qui avaient pris la ville d’Idlip. Et vous avez une partie de l’opposition, pas djihadiste, qui a réussi à reprendre Idlip contre les djihadistes. Ce que je veux dire par là, c’est que, dans ce pays, en Syrie, vous avez quand même une population une population qu’on a un peu tendance à oublier lorsqu’on parle de la Syrie que sous un aspect géopolitique et géostragégique. Mais vous avez une population qui est une population qui est extrêmement attachée à son pays. Et si vous regardez la composition de, de Daesh, vous avez peut-être 10 à 15 % de Syriens, pas plus. »
L’invitée du Club de la Presse ne peut pas ne pas se rappeler que la déstabilisation de la Syrie, comme celle de la Libye, ont eu lieu dans le même temps, en février-mars 2011, et que la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme) a répandu, par sa présidente Souhayr Belhassen, des calomnies relayées par les médias occidentaux et par la chaîne Al-Jazeera de l’émir du Qatar. L’opposition libyenne exilée, s’appuyant sur la Ligue libyenne des droits de l’homme basée en Suisse, et l’opposition syrienne exilée, s’appuyant sur l’Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres, ont commencé, avec l’aide des mercenaires d’Al-Qaïda revenus des combats en Afghanistan, et avec l’aide de forces étrangères infiltrées en Libye et en Syrie, à déstabiliser leur pays natal pour s’emparer du pouvoir. Manifestement, Agnès Levallois nourrit de grands espoirs en Syrie…
« Ce que je veux dire là, encore par là, c’est que vous avez une population syrienne qui est prête et qui n’a qu’une envie, c’est, c’est de se sortir évidemment de, de ce drame qu’elle vit depuis maintenant des années, que vous avez beaucoup d’initiatives citoyennes dans ce pays, et qui seraient en capacité – alors, je suis, peut-être, un peu optimiste mais il faut, peut-être, l’être un peu, aussi, dans, dans cette situation – une société syrienne qui, à mon avis, serait en capacité, en tous les cas, à faire des choses, à lancer des initiatives et tout à fait consciente des enjeux qui se, qui seront, qui seront face à elle et qu’elle tentera de relever. Si là, la communauté internationale aide cette, cette partie de cette population, heu, qui est vraiment dans, dans une démarche citoyenne, impressionnante. »
Bien sûr, la société syrienne n’a pas attendu madame Levallois et les va-t-en guerre occidentaux pour être une société de citoyens et de citoyennes et pour avoir des initiatives… Cependant, ce que la spécialiste ès monde arabe espère, c’est que la communauté internationale – c’est-à-dire la communauté occidentale – parviendra à utiliser une frange de la population syrienne, à l’intérieur du pays, comme un levier pour renverser le régime en place ; ce qu’elle vise ici, c’est l’appui, par les Occidentaux, d’une classe moyenne – citoyenne, comme elle dit – qui prenne les choses à son compte contre le peuple syrien, ce qui revient à dresser « une partie » de la population contre le reste, ce qui revient à prendre le risque de déclencher une autre guerre civile.

Là, madame Levallois sort le grand jeu de l’idéalisme béat d’une certaine jeunesse :
« Regardez l’histoire des casques blancs qui sont ces jeunes, qui sont complètement engagés en Syrie, qui refusent tout armement alors qu’ils se font bombarder par le régime, qui sont confrontés à Daesh. Tous les jours, ils font leur boulot, ils sauvent des gens, ils, ils mettent en place des structures. Donc, y a tout un réseau de la société civile, en Syrie, dont on ne parle jamais, mais qui est d’une, d’une efficacité et d’une, d’une énergie absolument hors du commun. Et donc, moi, je me base là-dessus pour, pour dire que, en cas de départ de Bachar El Assad, y aurait toute cette partie de la population qui n’attend qu’une chose et qui a déjà commencé à mailler le territoire avec ses initiatives citoyennes, et si on arrive à l’aider, je pense que, là, y a une capacité à faire quelque chose. Ce sera pas facile pour autant. »
Mme Levallois continue à peaufiner son petit scénario autour de la classe moyenne et à ignorer le vote de la population syrienne qui, en pleine guerre, a réélu Bachar el Assad, le 3 juin 2014, à la présidence de la république.

À suivre II 8. Dernière question : Pourquoi pas une petite guerre contre l’Iran ? 

http://www.livres-de-mjcuny-fpetitdemange.com/#accueil.A/s0c/Tous

Françoise Petitdemange

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