L’impérialisme français serait-il au bord de la tombe ?

Comme nous l’avons vu précédemment, il y avait le feu au Sénat, lors du débat portant sur l’autorisation, demandée par le gouvernement français, de poursuivre les opérations militaires aériennes en Irak. Nous avons même eu le loisir d’entendre l’un des représentants les plus qualifiés de la bourgeoisie française de longue tradition, Aymeri de Montesquiou, intervenir au nom de l’Union des démocrates et indépendants (UDI), pour prôner une alliance avec le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan).

La frayeur occasionnée par l’extension soudaine des conquêtes territoriales et idéologiques réalisées par Daesh aura été telle que les propriétaires de capitaux français ne paraissent plus voir leur salut que dans un recours à ce qu’ils détestent le plus profondément : des organisations politico-militaires aguerries du fait de leur longue fréquentation du marxisme-léninisme.

Ce qui est un comble.

Or, le PKK a un petit frère en Syrie, sous la forme du PYD (Parti de l’union démocratique). Si maintenant nous leur ajoutons les combattants plus largement représentatifs du Kurdistan irakien, les peshmarga, les grands intérêts financiers français et occidentaux se sentiront-ils plus rassurés ?

Non, s’exclame avec vigueur Aymeri de Montesquiou :
« Les peshmergas, le PKK, le PYD ont stoppé l’offensive de Daesh, mais ne sont pas en mesure de reconquérir les 200 000 kilomètres qu’il contrôle. La seule force capable de le faire, c’est l’Iran. »

Nouveau choc : s’agirait-il de réintroduire l’Iran dans le jeu diplomatique de la France, au risque de fâcher tout rouge les Anglo-Saxons, et plus particulièrement les États-Uniens ? La grande bourgeoisie française en serait-elle là ? La suite des propos du même orateur va bien finir par nous en convaincre. Car, cet Iran, qui paraît terroriser Israël par ses activités nucléaires…
« Il lutte en Syrie contre l’armée islamique par l’intermédiaire du Hezbollah. Il effectue des frappes aériennes en Irak et approvisionne les milices chiites en armes. Les pasdaran[gardiens de la révolution islamique] sont présents en hommes. La mort de l’un de leurs généraux démontre l’importance de leur engagement. »

Faudra-t-il, pour compter l’Iran (et le Hezbollah !) dans son camp, tout juste le temps nécessaire pour anéantir Daesh, faire momentanément table rase d’un passé récent plutôt houleux ? Sans doute, répond Aymeri de Montesquiou :
« Nous avons hérité de relations exécrables avec l’Iran, certaines justifiées et d’autres moins convaincantes. Elles ont surtout pour origine la révolution islamique de 1979. Faire la guerre pour la gagner, c’est porter au plus haut le pragmatisme pour éradiquer Daesh. Quelle autre solution qu’une coordination avec l’Iran ?« 

Un petit coup d’oeil derrière nous, nous permet de mesurer le chemin que nous avons déjà parcouru, et non sans un certain étonnement, en compagnie des grands intérêts de la France bourgeoise. Comme on le sait, elle n’avait pas trop eu à se plaindre des islamistes fondamentalistes et autres radicaux pendant longtemps. Elle et les Occidentaux les avaient lancés pendant quelques décennies contre tout ce qui pouvait s’assimiler à un socialisme certain, et tout cela en commençant par cet Afghanistan où les Soviétiques avaient été appelés en renfort de la république démocratique… À l’époque, c’était du Ben Laden pur jus. Plus tard, il y aurait la Bosnie, la Tchétchénie, la Libye, la Syrie… J’en oublie, tant il y en a.

Avec cela, il y a maintenant l’opération Charlie… et sa cible centrale : l’islam. Les « islamistes » ne peuvent plus ignorer ce qu’a été le jeu qu’on les a aidés à jouer…

En conséquence, il y a fort à parier que, pendant un certain temps, la bourgeoisie française va devoir rêver d’un rétablissement de certaines… dictatures. Elle se risquera donc à faire quelques sourires en direction de ses pires ennemis, et de leur mettre les armes à la main. S’il faut gagner le PKK, il faudra amadouer la Turquie… Mieux encore… Mais c’est à son porte-parole le plus qualifié de nous le dire lui-même.

Écoutons donc avec la plus grande attention les derniers propos qu’Aymeri de Montesquiou a tenus le 14 janvier 2015 devant le Sénat et en présence de Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international :
« Dans notre action pour coordonner les acteurs, nous devons introduire aussi la Russie et la Turquie dans le débat. Nous devons avoir la volonté d’engager des négociations avec l’Iran, puissance régionale incontournable, avec laquelle nous entretenions des liens privilégiés. Nous devons l’inciter et l’aider à trouver sa place dans le débat international. »

Syria's President Bashar al-Assad answers journalists after a meeting at the Elysee Palace in Paris, December 9, 2010. REUTERS/Benoit Tessier (FRANCE - Tags: POLITICS HEADSHOT)

Bachar el-Assad

Même la Syrie de Bachar el-Assad pourrait avoir droit à une rédemption temporaire :
« Nous devons élargir à la Syrie, comme nos alliés, les frappes aériennes, sous peine de faire de ce pays un sanctuaire pour Daesh, et cela malgré notre hostilité au régime de Bachar el-Assad. Il faut savoir choisir. »

La part française de la base du capitalisme international paraît être tout simplement sur le point de s’effondrer. C’est Aymeri de Montesquiou qui aura été le premier à oser nous le dire. Gageons qu’il n’a certainement pas tort. À moins qu’une vraie guerre vienne renverser une nouvelle fois la table de jeu. Ce qui ne rassurera personne. Laissons l’orateur conclure :
« Il n’y a pas de domaine où il faut être plus pragmatique que la guerre. Réalisons que, si on se refuse à coopérer avec les Iraniens, et si on se refuse d’agir en Syrie, l’opération chammal ne connaîtra pas de fin. Aujourd’hui, la guerre est sur notre sol. Pour la gagner en France, il faut d’abord la gagner en Irak et en Syrie. »

Quant à saisir cette même bourgeoisie française dans des situations comparables qui nous ont coûté très cher (1870, 1914, 1940), c’est ici : http://capitaltravail.canalblog.com

Suite : Si Vladimir Poutine l’emporte, que deviennent la France et l’Allemagne ? 

Michel J. Cuny


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