1 Petit retour sur les dernières décennies : une santé qui glisse entre les mains du grand capital

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Petit retour sur les dernières décennies :
une santé qui glisse entre les mains du grand capital


Le médecin de famille
ID 37406313- © Anastasiia Mironova

Autrefois, certaines familles à la campagne ne voyaient le médecin que lorsqu’elles se trouvaient à l’article de la mort. Devant le nombre croissant de candidat(e)s aux études de médecine, les pouvoirs publics avaient pris peur : un surnombre de médecin(e)s allait avoir pour conséquences leur paupérisation et leur descente sur l’échelle sociale. Il fallait urgemment limiter la concurrence entre les professionnel(le)s de santé et sauvegarder leur statut de notables, voire, pour certain(e)s, leur influence politique précieuse sur la population locale.

Par ailleurs, le médecin de famille, qui suivait de près ou de loin, du berceau à la tombe, les habitant(e)s de sa localité et des localités voisines, s’est trouvé en voie de disparition. Après ces générations de docteurs et doctoresses ayant la vocation, d’autres générations sont arrivées dans une société en voie de mutations diverses : la vie citadine ayant pris le pas sur la vie campagnarde, le travail des femmes, l’évolution des couples et des familles ont éloigné chaque individu de la nature, éloignement qui a engendré de nouvelles maladies.

Dans les années 1960-70, la société dite de consommation est apparue. Avec elle, une consommation de plus en plus importante de produits de santé : les herboristeries et leurs plantes médicinales ont été remplacées par des pharmacies présentant, pour l’essentiel, des médicaments et des produits biologiques (vaccins, médicaments dérivés du sang…) élaborés dans des officines, puis dans des laboratoires pharmaceutiques qui n’ont cessé, par-delà certaines frontières (notamment pour la France), de fusionner au fil du temps. Le moindre mal de tête qui, naguère encore, disparaissait comme il était venu, se résout maintenant par un médicament. Ainsi, l’industrie pharmaceutique a pris et prend de plus en plus un contrôle considérable sur la santé de chacun(e) de nous. Pour le meilleur… mais aussi, pour le pire.

Et donc, des générations de médecins de famille ont été supplantées par des générations de médecins prescripteurs. Les visiteur(euse)s médicaux, porteur(euse)s d’une malette contenant un éventail d’échantillons de produits à promouvoir, ont fait leur apparition dans les salles d’attente des médecins : ces représentant(e)s de firmes dont ils-elles vantent les produits, particulièrement rompu(e)s à la communication, possèdent une palette d’arguments relatifs à l’efficacité, au bien-être, au confort à faire valoir auprès des médecins pour assurer la promotion de tel ou tel produit, sans pour autant faire l’impasse sur la tolérance ou sur les éventuels effets secondaires, ce qui donne un vernis de culture médicale et de respectabilité à la profession.
Encouragés, peut-être même pressés par ces visiteur(euse)s, les docteurs et doctoresses ont ainsi glissé du côté des prescriptions, au point que certain(e)s patient(e)s en sont venu(e)s à imaginer qu’une consultation médicale, qui ne se termine pas par une liste de médicaments à ingurgiter, est le signal, pour eux-pour elles, qu’il faut changer de médecins. Ces pratiques médicales, côté firmes, médecins, patient(e)s, entrées dans les habitudes des un(e)s et des autres, ont alourdi, au fil des cinq dernières décennies, les dépenses de la sécurité sociale.

Un numerus clausus devint, selon certain(e)s décideur(euse)s, impératif…


Françoise Petitdemange
24 mars 2021


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