Ursula von der Leyen engage, au nom de l’Europe, la grande bataille du marché unique

Après avoir annoncé que le travail allait enfin pouvoir « payer » grâce à la future mise en œuvre, à travers toute l’Europe, d’un salaire minimum respectant les différences nationales, la présidente de la Commission de Bruxelles, l’Allemande Ursula von der Leyen, passait, dans son discours du 16 septembre 2020 devant le Parlement européen, à la deuxième promesse faite par « l’économie sociale de marché ».

Ainsi que cela nous est indiqué dès le départ, il s’agit d’apporter « la stabilité nécessaire à nos économies » dans une situation qui manifeste une grande urgence, et c’est ainsi que « la Commission a immédiatement déclenché la clause dérogatoire générale pour la première fois de notre histoire. Nous avons assoupli nos règles en matière de fonds européens et d’aides d’État. »

C’est donc ici que nous retombons sur un instrument pour lequel la présidente de la Commission paraît s’être prise d’une véritable passion, et à propos de quoi elle fait courir tout son petit monde :
« La Commission a proposé, en un temps record, NextGenerationEU et un budget remanié. Il combine investissements et réformes indispensables. Le Conseil l’a approuvé en un temps record. Cette Assemblée s’emploie à voter sur le projet avec la plus grande célérité. » 

D’une certaine façon, il y a le feu un peu partout en Europe – sur ses bords surtout -, et voici les pompiers européens qui vont accourir comme un seul homme… À mots finalement très peu couverts, Ursula von der Leyen nous indique à quel point le marché aux bonnes affaires qui s’ouvre est engageant :
« Nous avons tous vu les prévisions. Nous pouvons nous attendre à ce que nos économies redémarrent après une baisse de 12 % du PIB au deuxième trimestre. » 

Mesurons donc « nos » forces !… C’est-à-dire : la force des capitaux – européens ou pas – qui sont en quête d’aventure sur le fondement même des différences salariales qui devraient être coulées dans le marbre par un salaire minimum dûment calibré selon la carrure de chacun des 27 pays de l’Europe allemande… unie.

Une chose est sûre :
« L’accord historique sur NextGenerationEU illustre le soutien politique dont celui-ci bénéficie. » 

Par conséquent, Ursula von der Leyen peut tranquillement se présenter avec son tout nouvel étendard :
« Nous devons maintenant profiter de cette occasion pour mener des réformes structurelles dans nos économies et parachever l’union des marchés des capitaux et l’union bancaire. » 

En effet – et voici donc la seconde promesse de «  l’économie sociale de marché » quand elle passe du soutien des petits au triomphe des gros :
« Des marchés financiers profonds et liquides sont essentiels pour garantir l’accès des entreprises aux financements dont elles ont besoin pour se développer et investir dans la reprise et dans l’avenir. » 

Le moment est donc venu de réalimenter ce que la nouvelle présidente de la Commission européenne considère comme le moteur de l’économie européenne rangée sous la bannière d’une histoire allemande qui remonte à la mise en œuvre du mark fort tout juste après la fin de la Seconde Guerre mondiale, force qui ne s’est jamais vraiment démentie depuis trois-quarts de siècle…

On le comprend aussitôt : dans ce contexte, NextGenerationEU devient un facteur essentiel de resserrement des rangs… pour une trentaine d’années d’une nouvelle dynamique qui ne demanderait qu’à s’enclencher du jour au lendemain…
« Et il s’agit également d’une condition préalable au renforcement du rôle international de l’euro. Alors mettons-nous au travail pour mener à son terme ce projet générationnel. »

Quant à ce dernier mot, il devrait pouvoir s’habiller de ce qu’énonce l’ultime promesse qu’est susceptible d’accomplir une « économie sociale de marché » dont nous ne savons pas encore très bien de quel chapeau l’Allemagne d’après 1945 l’aura tirée…
« Mesdames et Messieurs les députés, la troisième promesse durable est la promesse d’opportunité.» 

Or, ne l’oublions surtout pas, poursuit la présidente… et tout le monde ne pourra d’ailleurs qu’y trouver son compte…
« Le marché unique est synonyme d’opportunité – il permet au consommateur d’en avoir pour son argent, à l’entreprise de vendre où elle veut en Europe et à l’industrie de renforcer sa compétitivité internationale. » 

Petit signe aux… classes moyennes, qui sont bien décidées à en avoir pour le peu d’argent qu’elles pensent pouvoir dépenser en toute liberté… Mais Ursula est bien la première à savoir que la vraie liberté – d’entreprendre – est évidemment ailleurs. Ce que la classe possédante (des grands capitaux et des outils de production les plus performants) aime s’entendre dire, Ursula le lui crie à l’oreille à propos du marché unique :
« Et il offre à nous tous la possibilité de tirer le meilleur parti des libertés que nous, Européens, chérissons. Il offre à nos entreprises la possibilité d’atteindre la taille dont elles ont besoin pour prospérer, et leur sert de refuge dans les périodes difficiles. » 

Que les grands investisseurs se rassurent : l’Europe du marché unique est maintenant conduite d’une main ferme – celle d’une sorte de princesse allemande issue de plusieurs siècles d’histoire, et qui ne compte pas s’endormir sur quelques comptes en banque plus ou moins somnolents :
« Donnons-lui un coup de pouce. Nous devons abattre les obstacles au marché unique. »

Il paraît que la mise au point de l’un des béliers les plus appropriés pour enfoncer certaines portes demeurées plus ou moins fermées à la grande tempête qui se prépare serait déjà achevée :
« Le pacte vert pour l’Europe est le projet qui nous permettra de mener à bien cette transformation.» 

Ce qui est suivi de cette mise en garde :
« Mais nous n’atteindrons cet objectif que si les choses changent – nous devons agir plus vite et mieux. » 

Michel J. Cuny

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