L’ambassade du Danemark au Mali : n’en faire qu’à sa tête…

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

Embarqués dans l’aventure de juger de près la grosse entreprise menée par le Danemark – à compter du mois de janvier 2014 et pour une durée de cinq ans – de manière à initier le Mali au triomphe sans pareil du secteur privé – gage d’une richesse véritablement partagée par tout un peuple ! -, MM. Jean François Guay et Aboubacar Koné ne pouvaient manquer d’affirmer, dès le début de leur Rapport, une extrême satisfaction :
« Les examens du cycle du projet permettent d’abord un premier constat : les concepteurs du programme ont vraiment respecté les règles de l’art en matière de gestion d’un projet de développement. » (page i)

Et nous découvrons aussitôt ce qui leur a vraiment plu…
« Un changement à la mi-parcours est intervenu qui a passablement modifié le type d’entreprises appuyées. Les critères d’éligibilité furent modifiés : la limite inférieure du chiffre d’affaires est passée de 5 à 30 millions FCFA et a été accompagnée par de nouveaux taux de subvention. Ils ont été ramenés de 60% à 40% pour les hommes et de 70% à 50% pour les femmes dans le cadre des petites entreprises. » 

Y aurait-il donc quelqu’un qui aurait manqué à sa parole ? En tout cas, il paraît que cela a rudement fait plaisir à MM. Guay et Koné… Prétendre aider au développement de pays très pauvres, cela exige parfois de donner à ceux-ci quelques coups de poignard dans le dos…

Mais, à quel moment ce soudain bouleversement de l’équilibre général de l’ensemble du projet – rappelons qu’il s’agit du Programme d’Appui à la Croissance Économique et Promotion de l’Emploi stimulées par le Secteur Privé – sera-t-il intervenu ?…

Voici la réponse des deux auteurs :
« L’application de ces nouveaux critères a démarré en février 2016. » (page i)

Il aura donc fallu attendre un peu plus de deux ans pour assister au lâchage, en rase campagne, de celles et de ceux qui, à l’intérieur des promoteurs maliens tentés de faire confiance à la très heureuse initiative prise par le Danemark, se seront révélés trop embarrassants pour les intérêts bien compris du… secteur privé.

Semblable trahison aura-t-elle été une bonne chose ? Oui, ne peuvent s’empêcher de s’exclamer MM. Guay et Koné :
« Les consultants de la mission de capitalisation considèrent le relèvement du chiffre d’affaires minimum à 30 millions FCFA comme un changement salutaire. » (page i)

Autrement dit : Ouf, il était temps !… Et bon débarras ! 

De qui sera venu cet oukase ? C’est ce que nous avons voulu savoir… Nous avons donc consulté la suite du Rapport avec un intérêt renouvelé… et c’est ainsi que nous avons atteint la page 5, où nous avons pu lire ceci :
« Au démarrage du projet, des exigences de chiffre d’affaires (CA) existaient avec des paliers d’évolution à 5 millions de FCFA. Lors de la revue de démarrage, la limite minimum d’intervention des appuis du PACEPEP a été discutée et le COS extraordinaire du 28/05/2015 a fixé à 30 millions de CA pour toutes les régions et filières confondues. » (page 5)

C’est donc le COS qui aura pris l’initiative de casser un élément essentiel des engagements pris par le PACEPEP si libéralement institué au Mali par le Danemark à travers un engagement formel. Mais c’est quoi, le COS en question ? La page réservée aux abréviations et sigles nous apprend qu’il s’agit du Comité d’Orientation Stratégique… Pour le reste, le Rapport lui-même n’en parle plus du tout…

Allions-nous devoir renoncer à en savoir plus ?… Mais, puisque Internet nous avait permis d’obtenir le Rapport, pourquoi Internet ne nous fournirait-il pas quelques renseignements sur le rôle et la composition du Comité d’Orientation Stratégique ?

C’est alors que nous avons découvert un article publié aux environs de 2014 par le site niarela.net, sous le titre : Secteur rural : le PACEPEP tient sa première session.

Aucune erreur possible… C’était bien la petite bombe qui devait commencer à faire un gros pschitt dès le 28 mai 2015…
« Financé par le Danemark, ce programme d’appui va renforcer la croissance économique inclusive par la génération de revenus et la promotion de l’emploi sous l’impulsion du secteur privé. »

Quant à celui qui avait osé allumer la mèche, il était alors tout neuf…
« La première session ordinaire du Comité d’orientation stratégique (COS) du Programme d’appui à la croissance économique et à la promotion de l’emploi stimulées par le secteur privé au Mali (PACEPEP) s’est tenue jeudi au ministère du Développement rural. » 

Grand moment avec bien du beau linge…
« C’était sous la présidence du secrétaire général du ministère, Daniel Siméon Kéléma, et en présence des membres du COS, du directeur national adjoint du Génie rural, Oumar Diallo, et de la représentante de l’ambassade du Danemark, Mme Birte Pedersen. »

Comme on le voit, le Danemark est très loin de négliger le COS… assassin !… Quant aux engagements que celui-ci a fini par casser de façon tout à fait unilatérale, nous voyons qu’ils avaient été très solennellement pris :
« Le Danemark et le gouvernement avaient signé en décembre 2013, une convention de financement du Programme d’appui à la croissance économique et la promotion de l’emploi stimulées par le secteur privé pour un montant de 26,4 milliards Fcfa pour 5 ans (2014-2018) ».

Voudrions-nous quelques détails supplémentaires, qu’il nous suffirait de nous tourner vers le site extwprlegs1.fao.org qui nous donne la composition du COS lui-même, selon ce qui en a été établi par le gouvernement malien par un arrêté du 2 juillet 2014, dont l’article 3 affirme :
« Le Comité d’Orientation Stratégique est composé comme suit : 1. Président : Le Secrétaire Général du Ministère chargé du Développement Rural. 2. Vice Président : Le Secrétaire Général du Ministère chargé du Commerce. 3. Membres : – le Directeur National du Génie Rural ; – un (01) représentant du Haut conseil des Collectivités territoriales ; – un (01) représentant du CNPM ; – un (01) représentant de la Coopération danoise. »

Le Danemark ne se fait donc pas faute d’y être…

Mais ce Programme dont on modifie tout à coup les conditions initiales, n’est-il pas encore bien plus pervers qu’il n’y paraît ? C’est ce que nous allons maintenant étudier… Long voyage qui va peu à peu nous promener dans… le monde entier.


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