Russie-Mali : quel passé commun ?

Puisque Vladimir Poutine a fait le choix de placer l’ambassade de Russie au Mali sous la responsabilité d’Igor Gromyko, c’est-à-dire du petit-fils d’Andreï Gromyko, ministre des Affaires étrangères de l’Union soviétique entre 1957 et 1985, les Maliennes et les Maliens peuvent choisir de voir, dans cette décision, un signe très important pour leur avenir… Un avenir qui devra sans doute tenir le plus grand compte de ce passé qui réunit leur pays et l’U.R.S.S. à travers la personne du premier président de la République du Mali : Modibo Keita (1960-1968).

Les conditions d’apparition, sur la scène internationale, d’un Mali indépendant (20 juin 1960) ont été d’une extrême difficulté, et l’on peut dire qu’il n’y a certainement eu aucun hasard dans la mort qui, après le putsch militaire du 19 novembre 1968, a fini par se saisir, le 16 mai 1977, de l’homme, alors emprisonné, qui avait eu, autrefois, la force d’arracher son pays au colonialisme français…

…un colonialisme français qui est donc aujourd’hui revenu au Mali sous des formes qui sont, certes, nouvelles, mais qui correspondent bien toujours au même schéma d’exploitation des richesses d’un pays qui peine, pour sa part, à trouver son identité.

Dans les années 1960, Modibo Keita avait pensé trouver une partie de cette identité dans le socialisme dont il se faisait le promoteur, et c’est donc en emportant une grande émotion et beaucoup d’espoirs qu’au mois de mai 1962, il s’était rendu en visite officielle à Moscou et dans diverses villes soviétiques. Dès le 17, alors qu’il s’apprêtait à quitter le territoire malien, il avait tenu à s’adresser directement au peuple soviétique :
« La délégation du Mali que je conduis est heureuse de pouvoir visiter le pays qui a le premier frayé la voie à la justice et à l’égalité entre les hommes dans les conditions du socialisme. Tous ceux qui se rendent à Moscou verront le courageux peuple soviétique qui est pour nous un exemple dans la lutte pour la liberté et l’édification nationale. »

Il précisait encore :
« Ce qui nous intéresse au premier chef, c’est l’expérience de l’Union Soviétique dans la construction du socialisme. Nous nous proposons d’étudier avec une attention particulière la solution apportée aux problèmes de l’instruction et de l’éducation des masses, la renaissance de la culture nationale, le développement économique sous tous ses aspects. »

Quant à l’adversaire qu’il s’agissait, pour le Mali, de combattre en liaison avec cette Union soviétique dont le ministre des Affaires étrangères était alors Andreï Gromyko, futur grand-père de celui qui est aujourd’hui ambassadeur de Russie au Mali, Igor, il est clairement indiqué par le chef de l’État malien :
« Et enfin, je voudrais exprimer la certitude que notre visite sera une contribution précieuse à.la lutte de tous les peuples pour la paix, contre le colonialisme et l’impérialisme, qu’elle consolidera l’amitié entre les peuples du Mali et de l’Union Soviétique. »

D’un certain point de vue, les temps ne sont plus du tout les mêmes… L’Union soviétique a implosé, et – sous l’impact de la contre-révolution menée, tour à tour, par Mikhaïl Gorbatchev et par Boris Eltsine -, la Russie elle-même a basculé du côté d’un régime qui n’arbore plus, ni officiellement, ni même plus ou moins visiblement, les couleurs du socialisme, d’un socialisme dont il paraît, d’ailleurs, difficile aujourd’hui de dire en quoi il consiste…

Mais le colonialisme lui-même, qu’est-il devenu ? En voyant l’armée française tellement répandue dans des parties déterminantes de son territoire, le Mali d’aujourd’hui peut-il ne pas songer à l’aide que Modibo Keita était venu demander en 1962 à ses homologues soviétiques ?

Prenons alors, pour exemple, son discours d’arrivée à Moscou le 21 mai 1962…
« Je profite de l’occasion pour exprimer aux peuples et au gouvernement de l’Union Soviétique notre reconnaissance pour le soutien qu’ils ont toujours accordé au Mali et à l’ensemble de l’Afrique dans la lutte contre le colonialisme. »

Quel colonialisme, aujourd’hui ? Sous quelles formes, précisément ? Et que pourrait-donc lui opposer la Russie de Vladimir Poutine ?

Avant de considérer la question du futur, il faut tout d’abord déterminer à quoi Modibo Keita s’est déjà heurté en son temps, lorsqu’il a voulu faire échapper le Mali à l’étreinte d’un colonialisme français qui n’était pas prêt, lui, à le lâcher de sitôt…

Michel J. Cuny – Issa Diakaridia Koné


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