IV. 128 – La stupidité forcée de certains diplomates au Conseil de sécurité de l’ONU

IV. 128 – La stupidité forcée de certains diplomates
au Conseil de sécurité de l’ONU

À la fin de la réunion du Conseil de sécurité, un Projet de résolution, présenté par la Fédération de Russie, était destiné à condamner les frappes qui venaient d’être effectuées par le trio (États-Unis, Grande-Bretagne, France), dans la nuit du vendredi 13 au samedi 14 avril 2018, au mépris de la Charte des Nations Unies et du droit international.

Le président de séance, le Péruvien Gustavo Meza-Cuadra, devait annoncer :

« Les membres du Conseil sont saisis du Document S/ 2018/355 qui contient le texte d’un Projet de résolution présenté par la Fédération de Russie. Le Conseil de sécurité est sur le point de mettre aux voix ce Projet de résolution dont il est saisi. Je soumets donc aux voix le Projet de résolution :

Ceux qui sont pour le Projet de résolution qui figure dans le Document S/2018/355 sont invités à lever la main…
Ceux qui sont contre…
Ceux qui s’abstiennent… » 

« Le résultat du vote est le suivant : 3 voix pour, 8 voix contre, 4 abstentions.
Le Projet de résolution n’est pas adopté du fait qu’il n’a pas recueilli le nombre requis de voix. »

Les 3 voix pour (Russie, Chine, Bolivie).

Les 8 voix contre (États-Unis, Royaume-Uni, France, Suède, Pays-Bas, PologneCôte d’Ivoire, Koweït).

Les 4 abstentions (Kazakhstan, Éthiopie, Guinée équatoriale, Pérou).

Différent(e)s représentant(e) des États au Conseil de sécurité de l’ONU, ont expliqué leur vote.

Ma Zhaoxu (RPC) :
« la Chine s’est toujours exprimée contre le recours à la force dans les relations internationales »

Le représentant de la République Populaire de ChineMa Zhaoxu, devait dire :

« Comme nous le savons tous, la Chine s’est toujours exprimée contre le recours à la force dans les relations internationales. Nous plaidons en faveur du respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’unité et de l’intégrité territoriales de tous les Pays.

Toute action militaire unilatérale contournant le Conseil de sécurité va à l’encontre des principes et des objectifs de la Charte des Nations Unies, et va à l’encontre des principes du droit international, ainsi que des normes fondamentales régissant les relations internationales. Cela ne va qu’aggraver le dossier syrien.

Sur la base de ces principes, nous avons voté pour le Projet de résolution présenté par la Fédération de Russie. J’aimerais souligner ceci : un règlement politique est la seule façon viable de régler la question syrienne. Nous exhortons toutes les parties impliquées à faire preuve de calme, de retenue, et à revenir dans le droit chemin du droit international pour résoudre cette crise par le biais du dialogue et de la négociation. Nous soutenons le rôle des Nations Unies en tant que médiateur principal. Nous allons faire tous les efforts nécessaires pour parvenir à un règlement politique de cette question syrienne aux côtés de nos partenaires. »

Vassily Nebenzia : « toutes les délégations, présentes ici, représentent un État souverain.
Et personne ne doit leur dicter ce qu’elles doivent faire »

La Fédération de Russie, qui était à l’origine du Projet de résolution, s’exprimait ainsi par la voix de M. Vassily Nebenzia :

« Aujourd’hui, alors que le Conseil de sécurité et la communauté internationale doivent défendre le monde, se faire entendre pour défendre la paix et la sécurité, la Charte des Nations Unies et le droit international, chacun, assis dans cette salle, toutes les délégations, présentes ici, représentent un État souverain. Et personne ne doit leur dicter ce qu’elles doivent faire et comment interpréter le droit international, la Charte des Nations Unies et comment utiliser leur propre conscience. Et nous oserons toujours voter conformément au droit international, à la Charte des Nations Unies et à notre propre conscience.

La réunion d’aujourd’hui confirme une fois de plus que les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, membres permanents du Conseil de sécurité, continuent de surcharger la diplomatie, les relations internationales d’une atmosphère emplie de mythes, de mythes créés par Washington, Londres et Paris. Il s’agit là d’une opération dangereuse : une diplomatie comprenant les mythes, l’hypocrisie et les supercheries. Et nous en arrivons [arriverons] bientôt ainsi à une diplomatie de l’absurde. Vous créez ces mythes et vous obligez tous [tout le monde] à les croire.

Nous leur opposons des faits et des vérités de ce qui se passe vraiment. Mais ça, l’écouter, le voir, l’accepter, vous ne le souhaitez pas, vous préférez ignorer tout ce que nous disons. Vous avez pensé, [à partir] d’une légende concernant des résolutions, que nous bloquerions en permanence. Vous dites que la Fédération de Russie bloque le Conseil et c’est ainsi que vous présentez vos conclusions sous une lumière qui vous est favorable. Vous essayez de convaincre la communauté internationale de cela et vous faites preuve ainsi d’une hypocrisie non dissimulée.

Vous demandez à ce qu’une enquête soit menée mais, pourtant, avant même les résultats, vous désignez les coupables et vous les punissez. Alors, pourquoi n’avez-vous pas attendu les résultats de l’enquête, l’enquête que vous avez appelée de vos vœux ? Le Conseil de sécurité, contrairement à vous, ou plutôt à cause de vous, à cause de vos supercheries, ne respecte pas ses reponsabilités. Non seulement vous vous placez au-dessus du droit international mais vous essayez même de le réécrire. Vous contrevenez au droit international et ainsi vous essayez de convaincre tout un chacun que vous agissez dans le droit.

Le Royaume-Uni a parlé des prétextes, apporté de [prétendues] justifications soi-disant aux frappes, en invoquant trois raisons [dont] la gravité de la situation humanitaire. Et vous essayez ainsi de vous substituer, de remplacer la Charte des Nations Unies. Voilà pourquoi nous, et d’autres pays, à l’époque, n’avons pas soutenu cette approche et ne la soutenons toujours pas parce que nous ne saurions justifier vos actions et vos agressions.

Nous demandons une fois de plus à ce que l’agression soit arrêtée et nous appelons tous [tout le monde] à faire preuve de retenue dans un avenir très proche. Aujourd’hui, une fois de plus, vous avez montré au monde entier quelle était la dangerosité du jeu que vous menez. À l’époque soviétique, nous avions des brochures où l’on avait écrit d’où vient la menace qui pèse sur la paix, brochures dans lesquelles on parlait des préparatifs militaires de Washington et des pays de l’OTAN. Eh bien ! rien n’a changé depuis.

Les menaces qui pèsent sur la paix viennent du même endroit, des mêmes entités. Regardez ce que l’on dit à l’heure actuelle à Washington, et comment on fait sonner les tambours : on nous parle de démocratie, de droits de l’homme et de personnes qu’il faut sauver sur le terrain. Ces procédures, ces règles sont nombreuses et la liste serait trop nombreuse [longue] pour la donner dans son ensemble mais je peux apporter d’autres exemples de ces actions, de la façon dont le président français [Emmanuel Macron] a décidé de frapper Douma et [alors qu’il] avait consulté le Président Poutine. Pourtant, il Il avait parlé d’envoyer des spécialistes sur place, et pourtant, eh bien, cela a été complètement ignoré en fin de compte.

Aujourd’hui, la journée d’aujourd’hui est une journée triste, monsieur le président, une journée triste pour le monde, pour les Nations Unies et pour la Charte des Nations Unies qui a été foulée aux pieds, pour le Conseil de sécurité, également, qui s’est défilé devant ses responsabilités. Je vous l’assure, nous n’avons pas connu de pire journée. »

Bachar Al-Jaafari : « Nous sommes un État
dont la souveraineté a été violée par trois membres permanents du Conseil de sécurité. »

Bachar Al-Jaafari reprenait la parole pour la République Arabe Syrienne :

« Merci, monsieur le président, excusez-moi d’avoir demandé une fois de plus la parole.

Monsieur le président,

Ce que nous venons de voir, de nos propres yeux aujourd’hui, est affligeant. Au sein de ce Conseil, certains préfèrent ignorer une chose très importante dont nous avons parlé – l’éléphant qui est dans la salle – à savoir, l’occupation militaire directe d’un tiers du territoire de mon pays. Il s’agit, là, d’une occupation militaire de la part des États-Unis sur un tiers de mon territoire, de notre territoire. Néanmoins, on a préféré, au sein du Conseil, parler de petits détails et elles considèrent, ces délégations considèrent qu’ils sont essentiels.

La scène, le paysage politique est extrêmement dangereux à l’heure actuelle. Nous sommes un État dont la souveraineté a été violée par trois membres permanents du Conseil de sécurité. Voilà la vérité, voilà ce qui se déroule véritablement et ce n’est pas [non] ce que montrent les Casques blancs qui sont une organisation terroriste mise en place par les services de Renseignement du Royaume-Uni. Nous devons nous concentrer sur ce qui se passe véritablement sur le terrain.

Certains avancent qu’ils combattent l’ÉIIL en Syrie et en Irak. Dans la réalité, ils ont apporté une couverture aérienne, une protection aérienne à l’ÉIIL. Tout ce qui permet de faire avancer l’ÉIIL, les États-Unis, les Britanniques, les Français, [le font]. Eh bien, Et tout ce qui pourrait nous permettre de lutter contre eux [lui] est bombardé par ces trois pays. Ils bombardent nos sites pour que nous ne puissions pas vaincre l’ÉIIL. Néanmoins, ils ont échoué.

Nous avons été en mesure de faire essuyer des défaites à l’ÉIIL, aux côtés de nos frères Irakiens, en trois ans, non pas en quinze ans comme l’ancien président, Barack Obama, l’avait prévu. Nous comprenons bien que les capitales de ces trois pays – des trois pays qui ont lancé l’agression – ressentent une certaine frustration.

Certains des collègues, qui ont voté contre le Projet de résolution présenté par la Fédération de Russie, ont avancé qu’ils soutenaient le règlement politique de la situation. Eh bien, aujourd’hui, après avoir observé leur vote honteux contre ce Projet de résolution, nous le disons : ceux qui ont voté contre ce Projet de résolution ne sont plus des partenaires du gouvernement syrien, dans quelque cadre de règlement politique que ce soit.

La représentante du Royaume-Uni a parlé des Îles Malouines. Cette remarque montre bien quelles sont les politiques impérialistes du Royaume-Uni. Madame l’ambassadrice, je suis rapporteur au C24 qui porte sur les [traite des] questions de décolonisation, et je travaille justement sur le programme des Nations Unies et du secrétaire général, et le travail de mes collègues et de moi-même au C24 est de mettre fin à la colonisation. Et, justement, les Îles Malouines font partie de la liste des territoires qui ne jouissent pas d’une [de l’]indépendance. Nous travaillons, en suivant le programme des Nations Unies, afin de mettre fin à l’occupation britannique des Îles Malouines.

Maintenant, pour ce qui est de mon collègue, l’ambassadeur du Koweït. Je tiens à lui rappeler ceci – il en est tout à fait conscient, son gouvernement le sait : au moment où mon pays a participé à la libération du Koweït, nous n’avons pas justifié notre position de principe devant le peuple du Koweït. Nous nous étions appuyés sur notre propre position. Nous n’avons pas eu besoin d’agression tripartite ou de résolution. Nous ne [nous] sommes pas tournés vers les dispositions de la Charte, et nous n’avons pas renié nos obligations vis-à-vis de nos frères du Koweït. À cette époque-là, nous n’avons rejoint aucun groupe d’agresseurs du Koweït. Nous nous sommes acquittés de notre devoir national, devoir que nous avions vis-à-vis de notre frère, le Koweït. Il se rappellera également du fait que, à l’époque, mon pays aurait pu jouer un rôle tout autre et aurait pu avoir un impact négatif sur la paix et la sécurité, la stabilité du Koweït. Mais nous avons préféré ne pas le faire. Nous avons agi différemment : nous nous sommes appuyés sur une position nationale de principe qui ne saurait faire l’objet de négociation, ni de discussion.

Je vous remercie monsieur le président. »

[ONU (Organisation des Nations Unies), Interventions après le vote au Conseil de sécurité de l’ONU. Samedi 14 avril 2018. Note FP : La transcription et les captures d’écran sont de mon fait. Les précisions et quelques mots barrés et remplacés par d’autres entre crochets sont aussi de mon fait. Remerciements à la personne qui a effectué la traduction simultanée de l’intervention. Vidéo RT (Russia Today, La Russie convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, 14 avril 2018.]

https://francais.rt.com/international/49830-russie-convoque-reunion-urgence-conseil

Les représentants des trois pays (Russie, Chine, Bolivie), qui ont voté pour le Projet de résolution, sont en conformité avec les textes fondateurs de l’ONU et avec le droit international.

Quant aux autres, qui représentent leurs pays à l’ONU et qui ont voté contre le Projet de résolution ou qui se sont abstenus, ont-ils tous compris qu’il s’agissait de condamner les frappes que les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France venaient de mener sur un pays souverain, la Syrie, en violation complète de la Charte de l’ONU et du droit international !

Parmi ces représentant(e)s qui ont voté contre le Projet, il y a ceux des pays prédateurs (États-Unis, Royaume-Uni, France, Suède, Pays-Bas), qui votent dans l’unique but de soutenir leurs intérêts exclusifs et leur agression contre la Syrie au mépris de l’ONU ; il y a ceux qui ont voté contre (PologneCôte d’Ivoire, Koweït) parce qu’ils se plient aux desiderata de leurs maîtres prédateurs pour obtenir une compensation quelconque.

Parmi les représentants qui se sont abstenus (Kazakhstan, Éthiopie, Guinée équatoriale, Pérou), il y a ceux qui craignent de devenir la proie de ces prédateurs. Comment un président de séance du Conseil de sécurité – ici, le Péruvien Gustavo Meza-Cuadra – peut-il s’abstenir de voter en faveur d’un Projet destiné à protéger les textes fondateurs de l’ONU ? Question… Son pays, serait-il “tenu” lui aussi par les Prédateurs ?

Ces représentants, qui ont voté contre ou se sont abstenus, ont voté contre ce Projet, mais aussi contre ce qui fonde l’existence du Conseil de… sécurité, contre l’ONU, contre toutes les organisations de celle-ci dont l’OIAC (Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques). Ils ont voté contre la communauté internationale constituée de 193 pays membres de l’ONU. Ils ont voté contre la diplomatie et contre le droit international. Ils ont voté contre leurs propres mandats et contre ce pour quoi ils sont rémunérés.

Après cela, comment, alors qu’ils se sabordent eux-mêmes, certains représentants, osent-ils réapparaître à l’ONU ?

Suite : IV. 129 – Cette propagande qui affirmait que la Syrie serait un deuxième Afghanistan pour la Russie !

Françoise Petitdemange
26 avril 2018


Une réflexion sur “IV. 128 – La stupidité forcée de certains diplomates au Conseil de sécurité de l’ONU

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