125 – « Les empires se croient moralement supérieurs au reste du monde »

125 – « Les empires se croient moralement supérieurs
au reste du monde »

Intervention de la Bolivie,
ONU, Samedi 14 avril 2018

1. «  trois membres permanents
ont décidé de violer la charte des Nations Unies »

Dans son intervention, le représentant permanent et ambassadeur à l’ONU pour l’État plurinational de Bolivie, Sacho Sergio Llorentty Soliz, soulève des problèmes fondamentaux qui peuvent être compris par chaque personne dans le monde souffrant du terrible mode de production capitaliste. Le capitalisme ne peut survivre que par l’impérialisme, c’est-à-dire par la domination de quelques États sur le reste du monde, et donc par son extension forcée qui nécessite de soumettre, par la colonisation la plus féroce, à la fois des États capitalistes moins forts et des États socialistes qui ont une tout autre politique, une tout autre économie.

Sacho Sergio Llorentty Soliz :

« Ma délégation voudrait remercier le secrétaire général de sa présence et de sa participation à la réunion d’aujourd’hui. La Bolivie remercie la Fédération de Russie d’avoir pris l’initiative d’organiser cette réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Merci d’avoir convoqué cette réunion.

C’est une journée triste aujourd’hui  dans l’histoire du Conseil, une journée sombre : trois membres permanents ont décidé de violer la charte des Nations Unies, de prendre des mesures unilatérales contre la souveraineté et l’intégrité territoriales d’un autre État membre de notre Organisation. La Bolivie souhaite indiquer, de façon [claire], catégorique et sans ambages, sa condamnation face à l’utilisation d’armes chimiques ou l’utilisation de susbstances chimiques comme armes : c’est un fait injustifiable, c’est un crime, quelles qu’en soient les raisons, quels qu’en soient les auteurs.

En effet, l’utilisation de ces armes est un délit grave contre la paix et la sécurité internationale. Les responsables de ces actes criminels doivent être identifiés : une enquête doit être menée. Ils doivent être traduits en justice, ils doivent être sanctionnés, punis avec la fermeté maximale. Nous sommes favorables à une enquête poussée et impartiale pour identifier les coupables.

2. « nous ne nous lasserons pas de rappeler
les événements en Irak en 2003 et en Libye en 2011 »

Mais n’oublions pas la raison d’être de cette réunion : trois membres permanents du Conseil de sécurité ont fait usage de la force enfreignant par là-même la Charte des Nations Unies. On ne peut pas lutter contre une annulation de violation du droit international en violant le droit international. La Bolivie est surprise par le fait que les membres permanents, qui ont une responsabilité encore plus grande pour maintenir la paix et la sécurité internationales, laissent de côté les Nations Unies lorsque cela leur convient. Ils parlent de multilatéralisme lorsque cela les aide et, ensuite, le mette au rebut ; lorsque cela ne correspond pas à leurs intérêts, le multilatéralisme ne les intéresse plus non plus.

Et ce n’est pas le seul cas. Ce n’est pas la seule fois que, malheureusement, des mesures unilatérales ont été prises. Souvenons-nous et, d’ailleurs, nous ne nous lasserons pas de rappeler les événements en Irak en 2003 et en Libye en 2011. Toute action doit être autorisée par le Conseil de sécurité conformément à la Charte des Nations Unies. Toute action unilatérale, contraire au droit international et contraire aux valeurs et aux principes des Nations Unies, est inacceptable.

3. « des mesures qui sont
vous me pardonnerez l’expression –
des mesures impérialistes »

Nous rejetons l’utilisation, la menace d’utilisation de la force. Les actions unilatérales de ce type correspondent à des intérêts précis, aux intérêts des auteurs de ces mesures, mais ce sont également des mesures qui sont – vous me pardonnerez l’expression – des mesures impérialistes. Comme nous l’avons dit, lors d’une autre intervention, les empires se croient moralement supérieurs au reste du monde. Ils se croient exceptionnels. Ils se croient indispensables. Et c’est la raison pour laquelle ils pensent qu’ils sont au-dessus de la loi, au-dessus du droit international. Mais, en réalité, l’intérêt de ceux qui utilisent la force de façon unilatérale, de ceux qui violent la Charte des Nations Unies, ce n’est pas de promouvoir la démocratie, ce n’est pas de promouvoir la liberté, ce n’est pas de lutter contre l’utilisation d’armes chimiques. Non, leur objectif, c’est d’élargir, d’étendre leur pouvoir et leur domination.

Ce que nous avons vu, ces dernières heures, c’est une attaque contre la mission qui a été lancée par l’OIAC. Cette attaque unilatérale est une attaque contre les organisations multilatérales comme l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques : l’OIAC. C’est une attaque contre le Conseil, contre sa responsabilité principale du maintien de la paix, de la sécurité internationales. C’est une attaque perpétrée contre la Charte des Nations Unies. C’est une attaque contre toute la communauté internationale.

4. « Combien d’argent avez-vous dépensé
pour armer et entraîner les groupes armés en Syrie ? »

Je me pose une question et je pose cette question aux membres permanents qui ont utilisé la force ces dernières heures. Combien d’argent avez-vous dépensé pour armer et entraîner les groupes armés en Syrie ? Vous cherchez quelle ressource naturelle ? Avec quelle autorité morale allez-vous pouvoir parler de la Charte des Nations Unies dans d’autres cas ?

L’histoire est longue. L’histoire des violations des principes et de l’objet de la Charte est longue. Nous avons parlé de la Libye. Nous avons parlé de l’Irak. Mais il y a des chapitres récents. Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec la décision unilatérale sur Jérusalem. C’est un autre signal très clair qui montre le non respect du droit international. Qui vend des armes ? Qui bombarde des civils au Yémen ? Qui a rejeté l’accord de Paris sur les accords climatiques ? Qui s’est éloigné du pacte mondial pour l’émigration ? Qui construit des murs ? Nous pensons qu’il est également important de parler de cette longue histoire. Nous parlons des conséquences au Moyen-Orient surtout, des conséquences des dégâts causés par les grandes puissances il y a plus d’un siècle. Nous parlons de leur mépris du droit international.

Nous avons également ici, comme je l’ai dit, en Syrie, un mépris du droit international. Et nous avons un cas de figure semblable lorsque, par exemple, le Royaume-Uni ne redonne pas la souveraineté à des villes malouines, à l’Argentine, ou lorsque l’on ne règle pas le problème de l’Archipel des Chagos.

J’espère que l’avis consultatif de la Cour Internationale de Justice sur ce dossier sera respecté. En d’autres termes, nous sommes en train de parler d’un ensemble de politiques, de mesures qui sont contraires au droit international et qui entravent la paix.

5. « mais nous savons aussi que vous avez un dédain
pour le droit international »

Madame la représentante des États-Unis indique que les États-Unis sont prêts à frapper. Vous avez les armes pour le faire. Les armes sont chargées. Nous avons écouté vos propos avec beaucoup de préoccupation, avec beaucoup de tristesse. Nous savons que vous avez des porte-avions, nous savons que vous avez des satellites, nous savons que vous avez des missiles entre guillemets intelligents, nous savons que vous avez un arsenal d’armes nucléaires mais nous savons aussi que vous avez un dédain pour le droit international.

Mais nous, nous avons cela. Nous avons ceci. Nous avons les principes. Nous avons l’objet même de la Charte des Nations Unies. Et, en fin de compte, comme l’histoire nous le démontre à maintes et maintes reprises, en fin de compte, ce sont ces principes qui vont prévaloir. »

[ONU (Organisation des Nations Unies), Intervention du représentant permanent et ambassadeur de l’État plurinational de Bolivie à l’ONU, Sacho Sergio Llorentty Soliz. Samedi 14 avril 2018. Note FP : La transcription et les captures d’écran sont de mon fait. Remerciements à la personne qui a effectué la traduction simultanée de l’intervention. Vidéo RT (Russia Today, La Russie convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, 14 avril 2018.]

https://francais.rt.com/international/49830-russie-convoque-reunion-urgence-conseil

Suite : IV. 126 – « Est-ce que cette communauté internationale, que vous représentez, a adoubé cette agression tripartite sur mon pays ? »

Françoise Petitdemange
21 avril 2018


3 réflexions sur “125 – « Les empires se croient moralement supérieurs au reste du monde »

  1. Ma crainte de voir que 3 pays ne respectent pas les traités qui ont été signés, posent un certain problème de crédibilité. Çà ressemble plus à une caste mafieuse. Qui est derrière cette manipulation de vouloir s’approprier le territoire Syrien et de son sous-sol ?

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  2. Merci Jacques pour votre commentaire.
    Parlons-en tout de suite : l’État, qui se trouve derrière les guerres contre la Libye et la Syrie, commencées dans le même temps (mars 2011), est celui qui dicte, aux ministres français des Affaires étrangères successifs, la politique extérieure de la France. Il est parvenu à mettre la main sur quasiment tous les médias dans notre pays et peut, à tout moment, faire interdire tel ou tel texte, tel ou tel livre… (Michel vient d’en faire l’expérience avec l’un de ses textes qui est carrément interdit de publication sur sa page Facebook alors que ce même texte était passé sur Facebook, également, il y a un an à peine. C’est dire à quel point la censure s’est rapidement développée et accrue.) La liberté d’expression de publication… est bafouée. Qui est cet État ? Point n’est besoin de le citer : vous m’avez comprise.
    Par ailleurs…
    Ces trois pays (États-Unis, Grande-Bretagne, France) sont numériquement majoritaires, au sein du Conseil de sécurité, face aux deux autres (Russie et Chine).
    Le Guide révolutionnaire, Muammar Gaddhafi, abordait un point précis de la Charte, lors de son intervention à la tribune de l’ONU, le 23 septembre 2009 :
    « Le Préambule déclare également que, s’il est fait usage de la force des armes, cela doit être une force de l’ONU – par conséquent, une intervention militaire de l’ONU, avec l’accord conjoint des Nations Unies, et non pas seulement d’un, deux ou trois pays qui recourent à la force des armes. L’ensemble des Nations Unies doit décider d’entrer en guerre pour maintenir la paix et la sécurité internationales. » (Page 472 de ce livre que vous connaissez.)
    Or, les trois pays mafieux – pour reprendre votre expression qui n’a rien d’exagéré – ont, non seulement, décidé tout seuls de bombarder la Syrie dans la nuit du 13 au 14 avril 2018, mais leur intervention est un acte de guerre destiné à envenimer les relations internationales, et non une action en vue de « la paix et » de « la sécurité internationales ».
    L’intervention du Bolivien, Sacho Sergio Llorentty Soliz, est en complète harmonie avec les propos qu’avait tenus le Guide révolutionnaire libyen, il y a huit ans.
    Amicalement de Michel et de moi,
    Françoise

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