120 – La Russie de Vladimir Poutine dresse l’acte d’accusation des crimes commis par les Occidentaux en Syrie et ailleurs

120 – La Russie de Vladimir Poutine
dresse l’acte d’accusation des crimes commis
par les Occidentaux en Syrie et ailleurs

Voici le réquisitoire formulé, samedi 14 avril 2018, par l’ambassadeur russe au Conseil de sécurité de l’ONU, Vitali Tchourkine, Vassily Nebenzia *, quelques heures après l’acte de guerre perpétré par les États-Unis, le Royaume-Uni et la France contre la République Arabe Syrienne et le peuple syrien. Il se passe de tout commentaire tant il dévoile, à lui tout seul, les agissements criminels de ce trio hors-la-loi – États-Unis, Royaume-Uni, France – dans lequel, en tant que citoyenne du monde, j’ai beaucoup de difficultés à reconnaître des États…
[* L’un de nos lecteurs vient de me signaler une erreur sur le nom :  Vitali Tchourkine est, en effet, décédé le 20 février 2017, à l’ONU, dans des conditions mystérieuses. Il a été remplacé par Vassily Nebenzia, qui est actuellement le représentant permanent à l’ONU pour la Russie.]

Fédération de Russie (Vassily Nebenzia) :

« La Russie a convoqué une séance d’urgence du Conseil de sécurité afin de débattre des actions agressives des États-Unis et de leurs alliés contre la Syrie. Il s’agit, déjà, de la quatrième séance qui porte sur ce sujet cette semaine.

Le Président de la Fédération de Russie, M. Poutine, a fait une déclaration aujourd’hui. Je le cite :

1. Vassily Nebenzia

Le 14 avril, les États-Unis, avec l’aide de leurs alliés, ont lancé des missiles vers les infrastructures des forces armées, des infrastructures civiles de la République Arabe Syrienne, sans approbation du Conseil de sécurité des Nations Unies, en contrevenant à la Charte des Nations Unies, aux normes et aux principes du droit international. Ils ont mené un acte d’agression à l’encontre d’un État souverain, État qui se trouve à l’avant-front de la lutte conte le terrorisme.

Une fois de plus, tout comme il y a précisément un an, alors que les États-Unis avaient attaqué la base syrienne aérienne de Chayraate, ils ont utilisé comme prétexte l’emploi mis en scène de substances chimiques à l’encontre de la population civile : cette fois, c’était à Douma, dans les environs de Damas. Les experts militaires de la Russie qui se sont rendus sur place n’ont découvert aucune trace d’emploi de chlore ou d’autres types de substances toxiques. Aucun résident n’a confirmé qu’une attaque chimique avait eu lieu.

L’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques, l’OIAC, a dépêché ses spécialistes en Syrie afin de faire toute la lumière sur cet incident. Mais un groupe d’États occidentaux ont préféré ignorer cela, de façon cynique, en préférant [choisissant de] lancer des actions militaires sans même attendre les résultats de l’enquête.

2. Vassily Nebenzia

La Russie condamne extrêmement fermement l’attaque à l’encontre de la Syrie dans laquelle se trouvent des militaires russes qui aident le gouvernement légitime à lutter contre le terrorisme. Par ces actions, les États-Unis aggravent la catastrophe humanitaire en Syrie ; ils aggravent les souffrances de la population civile ; ils aident en quelque sorte les terroristes qui martyrisent, depuis sept ans, la population syrienne.

Les États-Unis, ainsi, provoquent une nouvelle vague de réfugiés qui part de ces pays et de la région dans son ensemble. L’escalade actuelle de la situation en Syrie risque de détruire tout le système des relations internationales.

L’histoire place [met] chacun à sa place et elle a déjà fait reposer sur les épaules de Washington la responsabilité des exactions sanglantes qui ont eu lieu en Yougoslavie, en Irak et en Libye. La Russie a fait tout ce qui était en son pouvoir pour convaincre les États-Unis et leurs alliés de s’abstenir de toute aventure militaire risquant d’entraîner une nouvelle vague de violences en Syrie, une nouvelle déstabilisation au Moyen-Orient.

Le secrétaire général des Nations Unies, lors de la séance que nous avons convoquée hier au Conseil de sécurité, et aujourd’hui une fois de plus, a indiqué qu’il était très préoccupé par la tournure que prenaient les choses. Néanmoins, à Washington, à Londres et à Paris, on a préféré ignorer les appels au bon sens qui étaient faits.

3. Vassily Nebenzia

Les États-Unis et ses alliés continuent de fouler au pied, de façon évidente, le droit international, alors qu’en tant que membres permanents du Conseil de sécurité, ils devraient défendre, plus que quiconque, les dispositions de la Charte des Nations Unies.

Il est honteux d’entendre que, pour justifier une agression, on invoque des articles de la Constitution des États-Unis. Nous respectons le droit de chaque État à respecter [avoir] sa propre législation. Mais, à Washington, il est temps de comprendre que le code international, qui réglemente l’emploi de la force, est régi par la Charte des Nations Unies.

Il est [sera] intéressant de voir la façon dont les peuples du Royaume-Uni et de la France vont réagir à ces aventures militaires dangereuses en s’appuyant sur la Constitution américaine.

Vous n’êtes pas sortis du néo-colonialisme. Vous foulez au pied la Charte des Nations Unies et le Conseil de sécurité que vous essayez, sans vergogne, d’utiliser afin de faire avancer vos propres objectifs.

4. Vassily Nebenzia

Vous ne menez aucun travail sérieux au Conseil de sécurité. Vous ne nous consultez pas, et vous essayez de convaincre tous les autres du contraire. Vous sapez l’autorité du Conseil. Pour prétexter, pour justifier une agression, vous avez parlé d’une prétendue attaque à l’arme chimique à Douma. Les représentants russes, après une inspection menée par nos experts, ont indiqué que cet incident n’avait pas eu lieu. De plus, on a trouvé des personnes qui ont participé à cette mise en scène et qui ont été inspirées et aidées par les services de renseignement étrangers.

Après cela, les autorités syriennes ont invité immédiatement les experts de l’OIAC à venir pour mener une mission à Douma et pour comprendre ce qui s’était passé. Ils ont mis en place toutes les formalités et les garanties de sécurité ont été données. Au moment des frappes, les spécialistes se trouvaient déjà en Syrie et ils étaient prêts à entamer leurs travaux.

Je vous le rappelle, je rappelle aux membres du Conseil de sécurité et à tous les autres que, le 12 avril, alors que notre projet de résolution sur le travail d’une mission de l’OIAC a été bloqué, on nous a affirmé que ces documents n’existaient pas, ces documents de sécurité. On nous a dit que la mission, sans que d’autres efforts ne soient faits par les membres du Conseil, ne pourrait pas faire la lumière sur l’incident à Douma. Et, aujourd’hui, nous voyons bien que nous avions raison.

5. Vassily Nebenzia

Hier, certains de nos collègues – certains [les uns] par naïveté, certains [les autres] par cynisme – nous ont dit que la raison de cette situation, la raison de l’absence d’un mécanisme était l’absence du mécanisme indépendant d’enquête. Mais l‘agression a bien montré que ce n’était absolument pas le cas, comme nous l’avions dit.

Au cours de l’attaque de l’année dernière, à Chayraate, le mécanisme conjoint OIAC-ONU existait mais cela n’a pas empêché les États-Unis de lancer des frappes et, ensuite, le JIM [Mécanisme d’Enquête Conjoint] qui a duré [six mois]… six mois plus tard, le JIM a été tué par les Américains.

Nous l’avons dit à plusieurs reprises : vous n’avez besoin d’aucune enquête apparemment, ni maintenant, ni par le passé. Les organisateurs de l’agression n’ont même pas attendu l’établissement de faits élémentaires par des organisations internationales, organisations internationales qui auraient pu faire la lumière sur ces incidents. Ils ont préféré établir les faits d’eux-mêmes et désigner les coupables. Après, avec l’aide des combattants et d’ONG qui travaillaient pour eux, [ils] ont diffusé… ont fait diffuser ces rumeurs sur les réseaux sociaux. Ils ont renforcé ces données, ces secrets. Ils se sont complu dans les mythes.

Mesdames et Messieurs, les masques – en particulier ceux des Casques Blancs – sont tombés une fois de plus. Nous avons déjà l’habitude de voir que, pour faire avancer leurs intérêts géopolitiques, les pays agresseurs attaquent et accusent de tout le régime d’Assad. Récemment, la tendance est d’accuser la Russie, [la] Russie qui ne saurait soutenir une dictature.

Tout suit la même tendance. C’est toujours la même tendance : provocations, accusations fallacieuses, condamnations fausses puis punitions. C’est ainsi, maintenant, que vous souhaitez mener les affaires internationales ? Il s’agit, là, d’une véritable outrecuidance dans les relations internationales. Et ce n’est pas rien puisque nous parlons, ici, de puissances nucléaires très importantes.

6. Vassily Nebenzia

Certaines frappes ont touché le centre scientifique de Barzah al-Jamera. Récemment, deux inspections y avaient été menées par l’OIAC : [c]elle[-ci] avait eu un accès illimité à toutes les infrastructures. Les spécialistes qui s’[y] étaient rendus n’avaient trouvé aucune trace d’activités qui contreviendraient à la convention de l’OIAC. Ces infrastructures étaient utilisées en Syrie afin de mener des activités pacifiques visant à améliorer l’efficacité de l’économie locale.

Vous voulez qu’en Syrie il ne reste aucune économie ? Vous souhaitez aggraver, faire retomber ce pays à une époque, il y a quelques années, où les choses étaient très difficiles ? Est-ce que vous voulez aggraver les souffrances des Syriens ? De simples Syriens qui sont, maintenant, fatigués de cette guerre, et qui sont ravis de voir revenir les autorités locales sur les territoires libérés. Cela ne vous intéresse pas. Vos agressions aggravent la situation humanitaire : situation humanitaire dont vous vous émouvez tant.

Vous auriez pu, en 24 heures, mettre fin au conflit en Syrie mais, pour ce faire, il faudrait que Washington, Londres et Paris donnent à ces terroristes l’ordre d’arrêter les combats contre le gouvernement légitime et contre son peuple.

Les frappes, qui ont touché l’aérodrome militaire syrien, ont été utilisées lors d’une opération spéciale contre les organisations terroristes ; il s’agit, là, d’une véritable contribution à la lutte contre le terrorisme international” : c’est ce que ne cesse de répéter Washington. Ils avancent qu’il s’agit, là, de leur principal objectif, en Syrie, et la raison de leur présence. Mais nous, nous avons de grands doutes quant à cela.

Il semble clair que ceux qui mènent une rhétorique humanitaire souhaitent justifier leur présence sur le terrain en indiquant qu’ils souhaitent [veulent] lutter contre les jihadistes alors qu’ils les utilisent. Ce calcul est celui des États-Unis et de leurs alliés. Ils assistent ainsi les combattants sur le terrain.

7. Vassily Nebenzia

Enfin, votre agression représente une menace aux perspectives de processus politique menées sous l’égide des Nations Unies qui étudient toutes les difficultés, de façon objective, mais [et] qui allaient de l’avant.

Alors, pourquoi avez-vous tant parler du processus de Genève si vous agissez ainsi et si vous décidez de faire plonger le pays dans une nouvelle crise ? Les États-Unis et leurs alliés doivent cesser immédiatement leurs actions d’agression à l’encontre de la Syrie et ne pas permettre que cela se répète. Nous avons attiré votre attention vers un court projet de résolution sur lequel nous allons voter à la fin de cette séance.

Nous [en] appelons aux membres du Conseil de sécurité. Il n’est plus le temps de se défiler. Vous ne pouvez plus vous défiler face à vos responsabilités. Le monde vous regarde. Faites preuve de responsabilités. »

[ONU (Organisation des Nations Unies), Intervention du représentant permanent à l’ONU, Vassily Nebenzia, pour la Fédération de Russie, Samedi 14 avril 2018. Note FP : La transcription et les captures d’écran sont de mon fait ; la précision et les mots barrés et remplacés entre crochets sont aussi de mon fait. Remerciements à la personne qui a effectué la traduction simultanée de l’intervention. Vidéo RT (Russia Today, La Russie convoque une réunion d’urgence du Conseil de sécurité de l’ONU, 14 avril 2018.]
https://francais.rt.com/international/49830-russie-convoque-reunion-urgence-conseil

Les attentats, perpétrés en France, en Allemagne, en Belgique, etc., par des hommes isolés ou organisés en groupes, l’ont été au nom de la même idéologie qui a détruit la Libye et qui détruit la Syrie. Les familles des victimes ne peuvent pas fermer les yeux sur les États qui soutiennent les membres de Daesh tout en disant les combattre. Par leurs guerres et leurs agressions, les États responsables des tueries, ici et là, signent eux-mêmes leurs crimes.

En ce qui concerne le rôle plus particulier de la France, je recommande cet article de Michel J. Cuny :

https://unefrancearefaire.com/2015/12/17/une-france-qui-parait-n-avoir-plus-d-autre-ressource-que-la-guerre/

Suite : IV. 121 – La harpie Nikki Haley balaie d’un revers de main le droit international

Françoise Petitdemange
16 avril 2018


Une réflexion sur “120 – La Russie de Vladimir Poutine dresse l’acte d’accusation des crimes commis par les Occidentaux en Syrie et ailleurs

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