La cigarette comme outil de domination

Il y a eu cette époque, désormais lointaine, où « La Gauloise » servait à couvrir les moments d’ennui du jeune Français effectuant son temps de service militaire obligatoire. « Plaisir » financé d’abord par la collectivité nationale, puisque ce petit joujou lui était offert, dès son arrivée, en quantité telle qu’ensuite les plus économes de ce genre de cadeau empoisonné pouvaient se livrer, durant leurs permissions, à un petit trafic qui les aidait à arrondir la solde, dont cet instrument était d’ailleurs l’un des éléments les plus significatifs.

L’Etat et les fabricants privés avaient évidemment le plus grand intérêt à réussir chaque année cette campagne « nationale » de promotion pour améliorer les ventes, à vie si possible, d’un objet gorgé de nicotine et de fiscalité. Voilà comment on aura produit des générations de vrais hommes.

Désormais – et sans le moindre service militaire obligatoire -, les vraies filles ont pris le relais. Ce qui est du plus bel effet, et beaucoup moins coûteux. Mais rien n’interdit non plus aux garçons de savoir ne pas perdre les bonnes manières qu’on aura mis tant de temps et d’argent à inculquer à leurs prédécesseurs.

Chassé(e)s des lieux publics, convaincu(e)s de devoir s’abstenir d’enfumer les autres partout ailleurs, tous ces braves gens arpentent les rues ou s’assemblent, par petits paquets, dans les endroits visibles les plus abominables pour, sans le savoir peut-être, faire la promotion d’un objet qui révèle jusqu’où leur désir est allé s’empaler.

La cigarette d’autrefois, celle que manipulaient, avec des grâces toutes personnelles et très calculées, les actrices et acteurs américains sous contrat avec les plus grands fabricants mondiaux, n’est plus vraiment un article de prestige : on consent très facilement à la fumer jusque dans les grands froids, sur les terrasses de cafés à l’intérieur desquels on eût aimer autrefois partager chaleur et convivialité avec ses amis, avec ses enfants… mais cigarette au bec aussi.

Désormais, tout ce beau monde, fumant, ne fumant pas, se retrouve sous la pluie, dans le gel. Tant la chaîne est solide.

Les grands responsables politiques savent, bien sûr, que c’est beaucoup plus fort qu’il n’y paraît. J’y reviendrai. Mais on voit déjà que c’est assez cocasse.

Michel J. Cuny


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