Des collines de Montfaucon à la place de Grève

Tandis que, dès l’entrée de son ouvrage de 2010 : « La recherche biomédicale en danger », Philippe Even se montre bien déterminé à prêter la main à toute pendaison haut et court des dignitaires de la recherche publique, nous le voyons en 2012 se charger, avec son collègue Bernard Debré, de dresser un acte d’accusation qui pourrait valoir, à tous les hauts responsables de l’industrie pharmaceutique, de finir bientôt sur l’échafaud. Il est vrai que l’Histoire nous rend de plus en plus tendres…

Mais revenir mentalement au Moyen-Âge, cela nous permet aussi de redire que, pour pour MM. Even et Debré, notre époque connaît déjà – en ce qui concerne le médicament – sa Jeanne d’Arc, en la personne du Directeur général de Sanofi Chris Viehbacher, l’homme par qui tous les forfaits de l’industrie y relative ne vont pas tarder à être passés par pertes et profits.

C’est ce qui rend plus facile, à nos deux chevaliers à la joyeuse figure, la pourtant si rude tâche de régler leur compte à toutes ces façons de soudards que nous trouvons à chaque détour d’un parcours du médicament qui va de sa pseudo invention, à sa vente à la louche, puis à ce possible effet placebo qui régnera jusqu’à ce qu’il se révèle n’être qu’un effet partiel d’un effet autrement scientifique : celui qui détruit tel pan de santé jusqu’à, parfois, détruire la vie elle-même.

Avant Chris Viehbacher (et en attendant que les professeurs Even et Debré le vouent éventuellement au bûcher, bientôt et comme de juste), voilà où nous en sommes encore… par la grâce du saisissement de la recherche par les capitaux privés : (page 92)
« 80% des essais cliniques [= sur l’humain] de phases I [quelques volontaires en bonne santé et rémunérés], II [quelques patients], III [un grand nombre de patients de provenance diverse], IV [idem, mais après obtention de l’autorisation de mise sur le marché] sont aujourd’hui assurés par la seule industrie pharmaceutique, sans contrôle extérieur et, en France, sans collaboration réelle avec les agences publiques du médicament, et elle le fait depuis vingt ans au moins, avec le seul objectif de promouvoir ses médicaments par un enfumage quasi général. »

C’est donc bien ce que nous pensions : voilà déjà que ça sent le roussi. Et pourquoi pas la cour d’assises, tant que messieurs Even et Debré y sont ?…  Qui écrivent sans fléchir de la plume, et en caractères gras : (page 92)
« Tout dans ces essais peu crédibles est biaisé, truqué et même mensonger. »

Accessoirement, signalons que la Sécurité sociale, qui ne peut faire autrement que de se fier au montant des dépenses que ce petit bazar paraît engendrer dans les comptes des laboratoires pharmaceutiques, sait très bien que ça lui coûte, à elle, la peau des fesses.

Voilà donc ce qui se produit autour de quelques financements à la louche, et pour le plus grand plaisir des cotisants et des cotisantes qui n’en peuvent mais : (page 92)
« Comparaison de la molécule à des placebos, plutôt qu’à des traitements existants donnés à dose efficace (dans 60% des cas).
Essais trop courts pour évaluer l’impact clinique dans la pratique médicale alors que seul devrait compter le résultat à distance, le « final outcome ».
Sélection de patients « idéaux » moins graves, plus jeunes que les malades réels et sans pathologies associées.
Médecins payés au nombre de malades qu’ils incluent dans les essais (2 000 à 6 000 $ par malade, plus une prime de 5 000 s’ils sont recrutés très rapidement ou en grand nombre). L’industrie « achète » des patients volontaires aux médecins. »

Avec toujours, en arrière-plan, cette bien bonne Sécurité sociale !

Exploitation de l’être humain par l’être humain ? Domination de la valeur d’usage de nos vies, de notre quotidien, par la valeur d’échange trustée par les capitaux internationaux ?

Qu’importe : c’est si bon !

Mais là où ça jouit vraiment, c’est par exemple dans ce message, relayé le 24 janvier 2013 par le site du journal « Les Échos« , et en provenance de Genfit, une société alliée à Sanofi :
« La biotech, spécialisée dans le développement de médicaments et qui intervient sur le diagnostic précoce, la prévention et le traitement des maladies cardiométaboliques et des désordres associés, dévoile que de nouvelles données précliniques montrent un potentiel thérapeutique du GFT505, sa molécule chimique de dernière génération.
Les premiers résultats sur les dernières études menées apportent un éclairage nouveau sur le potentiel thérapeutique de la molécule dans des formes avancées de maladies profibrotiques chroniques. Le GFT 505 pourrait ainsi être un traitement des cirrhoses qu’elles soient d’origine métabolique, virale, biliaire ou liées à l’alcoolisme. Le GFT505 constitue en effet un inhibiteur de la prolifération et de l’activation des cellules responsables de la production des fibres de collagènes et de la matrice extracellulaire. Le mécanisme d’action moléculaire sous-jacent suggère de plus l’utilisation possible de GFT505 pour traiter certains types de cancer, en particulier les cancers du foie, explique encore Genfit dans son communiqué.
Le titre prend encore plus de 10% ce jeudi, à 4,30 euros. L’action a bondi de 34% en l’espace de cinq séances et de près de 150% sur un an. »

Bravo aux chers investisseurs internationaux ! Qu’on se dépêche : il y a encore quelques bonnes places !

Michel J. Cuny


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