Et si la Chine était le partenaire idéal des économies africaines ?

par Issa Diakaridia Koné

Je rappelle que, pour cerner les enjeux économiques qui s’attachent à la domination que la France s’efforce d’exercer sur la région sahélo-saharienne, je m’appuie sur la note publiée, en février 2014, par Alain Antil pour l’Institut français des relations internationales (I.F.R.I) sous le titre : « Le boom minier au Sahel –  Un développement durable ? » 

Nous en étions resté(e)s aux « importantes exemptions fiscales » consenties par certains États africains aux « compagnies minières étrangères« … venues piller leurs richesses.

Avec Alain Antil, soyons plus précis :
« Dans la réalité, cela s’est fréquemment traduit par des négociations et des régimes fiscaux personnalisés, des régimes dérogatoires pour certaines grandes entreprises, les États enfreignant ainsi leur propre code minier. »

Pour les Occidentaux, il s’agit donc de tordre le cou, d’une certaine façon, au statut quelquefois ancien de la propriété étatique des richesses du sous-sol africain… sans le dire très officiellement, c’est-à-dire sans modification de la loi… On l’imagine bien : ces contournements ponctuels ne pourront avoir qu’un temps… Pour la soumettre durablement à la finance internationale, il faudra faire entrer l’Afrique dans l’intégralité de l’économie de marché, et en passer donc par une modification globale  du système de circulation des droits de propriété… et par une stabilisation de la propriété privée des biens acquis sur un marché authentiquement ouvert à la concurrence.

En résumé : l’Occident va devoir obtenir l’installation de bourgeoisies africaines solidement campées sur des institutions politiques ouvertes au contrôle permanent de la finance internationale.

Le processus s’était bien enclenché jusqu’à ce que survienne la crise économique mondiale de 2008. Les « exemptions fiscales » et le léger basculement du côté de l’appropriation privée des richesses produites avaient ouvert une voie prometteuse. C’est Alain Antil qui nous le dit :
« Ces stratégies allaient être, apparemment, couronnées de succès puisque, comme nous l’avons vu plus haut, les huit premières années de la décennie 2000 ont vu une augmentation très substantielle des investissements miniers en Afrique. »

Effet des facilités fiscales, nous aura dit Alain Antil, qui poursuit :
« Cependant, ces investissements ont été également stimulés, et peut-être même d’abord stimulés, par une appréciation régulière des cours des principaux minerais. »

En effet, qui dit « marché », dit également « prix de marché »… Qu’en est-il dans le domaine minier ? Certes, il convient d’exploiter le sous-sol africain… et le travail des Africaines et des Africains rangé(e)s sous des bourgeoises aussi solides que possible, mais pour que cela soit rentable, encore faut-il que le prix mondial soit rémunérateur…

On le comprend…. Il ne s’agit pas simplement de produire des métaux en tant que tels, c’est-à-dire en tant qu’ils pourraient rendre directement des services aux populations locales et au développement de sa production industrielle, par exemple… Il s’agit d’intervenir, à travers le marché mondial, pour extraire, des produits en question, la richesse monétaire et financière qu’ils incorporent… Laquelle va dépendre des prix de vente… dont le cycle se sera révélé soudainement haussier… Alain Antil en fait le constat pour nous et à travers un spécialiste de la question :
« Ainsi, Alan Heap parle dès le milieu des années 2000 de l’existence d’un supercycle minier durable, grâce à la forte croissance chinoise. »

Et voici que nous venons soudainement de recueillir une information essentielle pour l’Afrique elle-même, et pour le choix qu’elle va pouvoir faire de ses alliances internationales. C’est Alain Antil qui en développe lui-même le contenu :
« Pour ces analystes, nous sommes depuis le début de la décennie 2000 dans un nouveau supercycle minier lié à la demande de la Chine, en raison de l’expansion très rapide de son économie et de son urbanisation. »

La Chine… qui a, elle, le souci des métaux non pas comme moyen de spéculation commerciale ou financière, mais comme éléments matériels essentiels pour faire fonctionner son économie réelle… Avec une population d’un milliard trois cents millions d’habitants et son système politico-économique centré sous l’autorité d’un parti communiste formé aux grandes stratégies planétaires, ce pays est donc au cœur de la problématique mondiale de la question minière, et tout spécialement pour la part qui en revient aux pays africains…
« Le pays est en effet actuellement le premier importateur mondial d’aluminium, de plomb, d’étain, de nickel, de cuivre et de fer. »

D’où l’intérêt, pour les capitaux occidentaux, de se glisser entre les États miniers et la consommation chinoise pour profiter de la hausse des prix… de produits qui, en Chine, entrent à nouveau dans le circuit du travail de production, ce qui met bien celle-ci dans le droit fil du travail de production africain, et ce qui la distingue complètement des motivations exclusivement financières des Occidentaux.

Mao Tsé-toung (Chine) et Julius Nyerere (Tanzanie) à Pékin en 1968

Mais, justement, ces derniers se préparent ici à faire d’excellentes affaires pour peu que l’Afrique et la Chine négligent de s’entendre directement entre elles. Ainsi Alain Antil peut-il le souligner à son tour :
« Ce supercycle explique pourquoi les investissements miniers, pressentant une permanence, pendant plusieurs décennies, d’une demande soutenue, se sont multipliés dans le monde et pourquoi l’Afrique en a également profité, ce qui relativise l’impact de la réussite des politiques libérales impulsées par la Banque mondiale. »

Mais ce qui ne permet toutefois pas de perdre de vue que ce sont bien les politiques libérales qui, en faisant baisser le coût du travail en Afrique et en ouvrant un accès moins coûteux aux mines africaines pour les investisseurs occidentaux, garantit une rentabilité maximale en retour des prix de vente mondiaux élevés qui sont également ceux qui frappent la Chine

Répétons ici cette question cruciale : les États africains n’auraient-ils pas tout intérêt à entrer directement en relation avec la Chine pour évoquer, avec elle, la question de la mise en valeur de leurs mines ? En effet, il y a chez celle-ci un intérêt immédiat pour la réalité matérielle de ces produits miniers et non pas – comme c’est le cas sitôt que l’on s’en remet aux Occidentaux – pour le moyen qu’ils sont d’engraisser la finance internationale au détriment des économies africaines…

Issa Diakaridia Koné

NB. La collection complète des articles d’Issa Diakaridia Koné est accessible ici :
https://unefrancearefaire.com/category/lafrique-par-elle-meme/

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