Par-delà le Mali, y aurait-il donc un nouvel Eldorado ?

par Issa Diakaridia Koné

Je poursuis la visite, que Michel J. Cuny m’a recommandée, sur le site du gouvernement français, pour comprendre ce que le pays désormais dirigé par Emmanuel Macron a l’intention de faire dans mon propre pays, le Mali.

Sous le titre « Quelle est la situation générale au Mali ? » dont la mise à jour date du 15 janvier 2015 (alors que nous sommes au mois d’août 2017 au moment où je rédige cet article), je trouve cette phrase qui n’a d’abord l’air de rien :
« En 2012 et 2013, un coup d’État et la prise de contrôle du nord par des groupes armés ont profondément déstabilisé le pays. »

Cela revient à glisser, sans le dire, sur les causes de cette évolution soudaine… Or, il est évident pour toute personne qui s’est penchée sur la situation du Mali en 2012 et 2013 que c’est la guerre de destruction menée en 2011 contre l’État libyen, et l’assassinat du guide de tout un peuple, Muammar Gaddhafi, qui a enclenché le processus qui est venu frapper de plein fouet le Mali

Et qui donc a produit ce bouleversement magistral et criminel ? Tout simplement la France et son président Nicolas Sarkozy

Pourquoi donc ne pas en faire état sur le site officiel du gouvernement français ? Mais justement parce que les événements survenus au Mali se sont produits dans le droit fil de l’opération française en Libye et comme l’un des objectifs qu’elle devait impérativement atteindre pour permettre à la France un investissement militaire du pays frère – le Mali – de la Libye du regretté Muammar Gaddhafi.

Ainsi, la pseudo-explication que nous fournit très officiellement la France de son arrivée « providentielle » ne pourra tromper personne. Lisons-la :
« Après que la France a lancé, le 11 janvier 2013, l’opération Serval, à la demande des autorités de transition et aux côtés des forces armées maliennes et africaines, l’ordre constitutionnel a été restauré et le pays a recouvré son intégrité territoriale. »

Évidemment, la France n’allait pas s’en tenir là… alors qu’elle prétend pourtant avoir accompli la tâche pour la réalisation laquelle est aurait été conviée par le gouvernement malien…

Ainsi affirme-t-on très officiellement ceci :
« Mais de nombreux défis persistent et la France s’emploie, avec ses partenaires de la communauté internationale, à accompagner les autorités de Bamako pour y faire face. »

Par-delà la pseudo-explication qui nous a d’abord été fournie, que peut donc bien viser la France en faisant entrer ses troupes au Mali ?

Le site du gouvernement français pose lui-même la question :
« Quels sont les enjeux et les menaces auxquels fait face le Mali ? »

Et voici la réponse qu’il donne à cette question :
« Le Mali est un pays sahélien à faible revenu, en voie de développement et confronté à des défis multiples. Dans un contexte de forte poussée démographique, la croissance économique est insuffisante pour fournir des emplois à l’ensemble de la population et réduire la pauvreté de façon significative. Les institutions publiques restent faibles et disposent de peu de moyens. Leur renforcement est essentiel pour la stabilité à long terme du Mali, et pour répondre aux besoins de la population en services de qualité. »

L’essentiel est ici : « la stabilité à long terme du Mali ». Et cela nous dit, bien sûr, tout : la France est là pour le long terme… Sinon, comment remédier à la poussée démographique ? veiller sur la croissance économique ? fournir des emplois à une population gravement minée par le chômage et réduire la pauvreté ?

Le Mali va donc retrouver sa position de pays colonisé de A à Z.

Est-ce seulement pour ses beaux yeux ? Est-ce seulement pour renouer avec un passé où l’on aura vu la France lui tenir constamment la tête sous l’eau ?

Non, par-delà le Mali, la France vise un gibier beaucoup plus gros… Et elle ne s’en cache pas, puisque, dès la phrase qui suit celle que je viens de citer, l’organe officiel de la France se tourne soudainement vers ce qui paraît être devenu extrêmement tentant depuis quelques années (et pourquoi donc ?) :
« La région sahélo-saharienne est particulièrement touchée par plusieurs trafics (drogue, armes, traite des êtres humains…), dont l’Europe est souvent la première destination (drogue notamment) et qui représentent une menace sérieuse pour la sécurité des populations et la stabilité des États. »

Or, le banditisme se trouve relayé par un phénomène qui a déjà beaucoup servi aux impérialismes occidentaux dont l’appétit a été réamorcé par l’implosion de l’URSS en 1991 : le terrorisme, dont nul ne sait vraiment qui le finance et qui ne le finance pas…
« À partir du milieu des années 2000, le nord du Mali a constitué un terrain d’implantation pour les groupes terroristes (Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansar Eddine, et Al-Mourabitoune). » 

C’est alors que nous voyons la Libye revenir par la petite porte :
« Les groupes cherchent, aujourd’hui, à se reconstituer et la menace persiste au-delà du Mali sur le territoire nigérien et dans le sud de la Libye. »

Mais le crime commis en 2011 par la France de Nicolas Sarkozy reste toujours aux abonnés absents, et nous arrivons sans transition à ceci :
« Si la crise de 2012 trouve ses origines dans des faiblesses en matière de gouvernance, elle est aussi due à la résurgence de la rébellion touarègue et de leurs revendications pour une plus grande autonomie. »

Quant à moi, je ne perds pas de vue ces deux éléments : une présence française de long terme et qui vise principalement la région sahélo-saharienne… On se demande bien pourquoi…

 Issa Diakaridia Koné 

NB. La collection complète des articles d’Issa Diakaridia Koné est accessible ici :
https://unefrancearefaire.com/category/lafrique-par-elle-meme/

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