Mali : la France et ses larmes de crocodile…

par Issa Diakaridia Koné

Sur le conseil de Michel J. Cuny, j’ai visité le site du gouvernement français pour mieux comprendre la position officielle d’un pays impérialiste terriblement impliqué dans mon pays, le Mali, et ce jusqu’au travers de très importants détachements militaires…

J’ai d’abord trouvé une page qui a été actualisée le 12 avril 2017 : c’était encore l’époque de François Hollande… comme si, alors que j’écris le 11 août suivant, Emmanuel Macron n’était toujours pas président de la république française…

Sans doute est-ce le signe que la politique menée dans mon pays est une affaire de long terme qui transcende les différents gouvernements de cette grande puissance coloniale qu’est la France.

Voyons cela de plus près…

Du point de vue français :
« Le Mali et la France entretiennent des relations étroites et confiantes tant pour des raisons historiques et culturelles que du fait de la présence en France d’une importante diaspora malienne. »

« Étroites et confiantes »… Autrefois, cela s’appelait la colonisation… Ainsi, en échange d’une immigration malienne qui offre à l’ancien pays colonisateur un moyen de pression sur le pays colonisé et la possibilité de façonner certains esprits maliens à sa convenance (n’oublions pas qu’au Mali la langue officielle est le français dont l’essentiel du peuple malien ne peut avoir qu’une connaissance parfois excessivement rudimentaire), le Mali est une terre d’accueil…
« Seize entreprises françaises sont implantées au Mali, dont des filiales de BNP-Paribas, Total, Laborex. »

Si BNP-Paribas est l’une des premières banques au sein des pays impérialistes, Total fait très bonne figure parmi les multinationales du pétrole… Mais que vient faire ici Laborex ? Est-ce quelque chose de vraiment français ? En tout cas, je découvre que cette société se présente comme le partenaire des plus grands laboratoires pharmaceutiques au monde, dont deux français : Sanofi et Pierre Fabre, ainsi que les géants : Pfizer, Novartis et BMS.

En comparant les deux points d’attache : France et Mali, et la nature des liens, nous pressentons que le déséquilibre est terrible… comme entre un crocodile et sa proie…

Et pourtant le grand pays impérialiste s’offre pour très gentil… Regardons bien à quels domaines il s’intéresse :
« La France est le 3e bailleur bilatéral du Mali derrière les Etats-Unis et le Canada. Elle est allée au-delà des promesses faites lors de la conférence de Bruxelles, avec 221 millions d’euros de projets en 2013/2014 (appui budgétaire, soutien au secteur privé, santé, développement local).
Les actions françaises se concentrent sur trois secteurs : infrastructures d’eau et d’énergie ; agriculture et développement rural ; services de base (santé et éducation). Dans le domaine de la santé, la contribution française au Fonds Mondial représente notamment un montant de 10 M€ au Mali. Un appui conséquent est également apporté au secteur de l’enseignement supérieur et de la recherche, à la société civile et à la gouvernance.
 »

Trois fois le mot « santé » rien que dans ces deux paragraphes… On le voit : les laboratoires pharmaceutiques sont décidément présents au Mali…

Je vais maintenant passer à la page vers laquelle ce premier texte me renvoie. Elle a été mise à jour le 15 janvier 2015… Elle porte le titre « L’action de la France au Mali et au Sahel. Mise à jour ». Et elle a le mérite d’offrir trois magnifiques photographies, dont les deux premières nous montrent aussitôt qu’un crocodile, c’est décidément très gentil… en matière d’eau potable et de santé, tout spécialement…

Voici la légende du premier cliché :
« Station de Missabougou : Grâce aux stations de Missabougou et de Kabala, la France et ses autres partenaires contribuent à améliorer la desserte en eau potable de la ville de Bamako. Avec 20 000 personnes gagnant un accès pérenne à une source et 150 000 autres dont la qualité du système est améliorée, les effets attendus sont tant économiques que sociaux et environnementaux. »

La légende du deuxième cliché est tout aussi émouvante :
« Hôpital de Sévaré : Cofinancé à hauteur de 16 millions d’euros par l’AFD [Agence française de développement] et le Royaume de Belgique, l’Hôpital Sominé Dolo de Sévaré, au centre du Mali, marque un nouveau pas vers le progrès médical et l’amélioration de l’offre de soins au Mali. Fonctionnel depuis octobre 2012, il a réalisé en 2013 plus de 2 000 interventions chirurgicales et plus de 4 000 patients ont été enregistrées aux urgences. Grâce à son positionnement central, il a aussi permis la prise en charge médicale de plus de 200 blessés de guerre pendant les événements tragiques que le Mali a connus. »

Et la France si charitable est venue là avec quelques-uns de ses meilleurs amis :
« En matière d’aide au développement, nous sommes, avec l’Union européenne, un des principaux bailleurs des États du Sahel. » 

En conséquence de quoi :
« Dans le cadre de cette aide, l’Agence française de développement a financé, aux côtés de la Belgique, la reconstruction de l’Hôpital Somine Dolo de Mopti, qui est aujourd’hui plus grand et moderne, qui compte du personnel qualifié, notamment des spécialistes, et forme les étudiants en médecine. En 2013 plus de 2000 interventions chirurgicales y ont été réalisées et plus de 4000 patients ont été enregistrés aux urgences. Grâce à son positionnement central, l’Hôpital Somine Dolo a permis la prise en charge médicale de plus de 200 blessés de guerre pendant les événements tragiques que le Mali a connus. Autre exemple de notre soutien financier en faveur du développement du Mali, un vaste projet d’alimentation en eau potable de la ville de Bamako a été lancé : la station de Kabala, qui complètera la station existante de Missabougou. 20.000 habitants de Bamako gagneront ainsi un accès à l’eau et 150.000 bénéficieront d’un système amélioré. »

Remarquons, en passant, que la France est tellement contente d’elle-même qu’elle répète, dans ce dernier paragraphe, la phrase : « Grâce à son positionnement central… le Mali a connus » qui figurait déjà à la fin de la légende du deuxième cliché !…

La conclusion s’impose dans la troisième photographie qui nous présente François Hollande et Ibrahim Boubacar Keita, président du Mali, sur le perron du palais de l’Élysée…

Malheur à qui accorderait le moindre crédit à ce joli conte de fées… L’armée française n’est certainement pas venue au Mali pour s’en tenir à cette pommade !…

C’est ce que je montrerai dès le prochain article.

Issa Diakaridia Koné

 NB. La collection complète des articles d’Issa Diakaridia Koné est accessible ici :
https://unefrancearefaire.com/category/lafrique-par-elle-meme/

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