Une initiative sioniste : utiliser les crimes nazis en URSS pour placer celle-ci sous surveillance internationale

Soudainement, et sans crier gare, Ilya Altman – dont il faut rappeler qu’il est un spécialiste de l’Holocauste et, à ce qu’il paraît, un militant de la cause juive façon sionisme – revient très largement en arrière de l’époque qu’il venait d’atteindre dans son récit des conditions de préparation du manuscrit définitif du Livre noir sur l’extermination des Juifs d’URSS sur lequel le CAJ (Comité antifasciste juif) travaillait depuis 1943…

Nous avions dépassé le moment de la discussion entre les responsables du texte proposé et le rapporteur officiel nommé par les instances soviétiques. Il s’agissait de la conférence de rédaction du 9 juillet 1945…

Par ailleurs, il nous avait été dit que le manuscrit envoyé au début de 1946 dans dix pays, dont les États-Unis, avait été corrigé conformément aux exigences manifestées par ce même rapporteur officiel… Ce que nous avions mis en doute.

Nous voici donc repartis six jours après la remise initiale, aux rédacteurs du manuscrit moscovite, de l’avis officiel visant celui-ci (15 juin 1945). Le message, relayé par Ilya Altman, vient des USA :
« Les archives du CAJ contiennent une correspondance intéressante. Le 21 juin 1945, B.-C. Goldberg informa la direction du CAJ que tout le texte du manuscrit préparé aux États-Unis serait envoyé pour approbation à Moscou. » (page 27)

Quelle idée les États-uniens se faisaient-ils du rôle qu’il convenait d’attribuer à la doublure qu’ils avaient eux-mêmes élaborée d’un livre dont on ne comprend pas immédiatement pourquoi il devait être en deux versions significativement différentes… la leur devant recevoir l’aval du CAJ… Voici ce que, dans la Préface que nous étudions depuis un moment,  Ilya Altman nous rapporte d’une initiative prise aux États-Unis :
« Le 11 novembre de la même année [1945], Goldberg fait savoir à Mikhoels que « le manuscrit du Livre noir est prêt » et demande de télégraphier d’urgence les modifications à apporter. « Chaque jour compte ». Cependant le CAJ ne se hâte pas de répondre. Le comité de rédaction américain bombarde littéralement Mikhoels de télégrammes (le 30 novembre, les 10 et 15 décembre 1945). » (pages 27-28)

Il semble que l’essentiel de ce qui est controversé à Moscou concerne le texte d’introduction. En tout cas, pour Ilya Altman, cela ne fait aucun doute :
« Il faut citer des fragments de la préface américaine au Livre noir pour comprendre les désaccords de Moscou (et sans doute pas seulement du CAJ) début 1946. « L’objectif de cette publication est évident. Elle doit convaincre le lecteur du fait qu’une organisation internationale créée en vue de la protection de l’individu ne saurait vraiment remplir sa mission que si elle ne se limite pas à protéger les États contre une attaque militaire, mais qu’elle fait également bénéficier de sa protection les minorités nationales au sein de chaque État. Car finalement, c’est chaque individu qui doit être protégé contre la barbarie et l’extermination. » » (page 28)

Notons tout de suite ce que nous venons de voir apparaître dans une parenthèse : c’est censé nous faire comprendre que les autorités officielles soviétiques auraient elles-mêmes été mises dans la confidence de la manœuvre en cours… Impossible pour nous d’y croire. Cela serait revenu à saboter immédiatement le projet dans son ensemble..

En effet, le crime de haute trahison devenait de plus en plus criant !

Nous allons voir pour quelle raison…

La question du contenu du Livre noir allait désormais se poser au sein même du droit international : peut-il y avoir ingérence dans les affaires intérieures d’un État au motif qu’une partie de sa population – une minorité nationale, par exemple – aurait à se plaindre de mauvais traitements subis de la part de cet État lui-même ?

Nous le comprenons aussitôt : ce qui avait pu se produire à l’encontre du peuple juif – en URSS tout particulièrement – pendant la Seconde Guerre mondiale, et pas seulement du fait des nazis, mais surtout à travers les crimes – et peut-être même par anticipation sur l’arrivée des Allemands – de populations autochtones mal contrôlées (par l’autorité centrale ?), doit servir d’avertissement…

Et en effet, la Préface états-unienne poursuit son propos de la façon suivante :
« Le peuple juif a, proportionnellement, plus souffert de la catastrophe des dernières années qu’aucun autre peuple touché. Si on prétend vraiment à des compensations équitables, alors le peuple juif, à l’occasion de cette réorganisation des conditions de paix, a droit à certaines considérations. » (page 28)

Le cas juif est d’ailleurs très spécifique, est-il écrit ensuite :
« Le fait que les Juifs, d’un point de vue strictement politique, ne puissent être considérés comme une nation puisqu’ils n’ont ni État ni gouvernement, ne doit pas constituer un obstacle. Car les Juifs ont bien été traités comme un groupe à part entière, comme s’ils formaient une nation, leur statut de groupe politique homogène ayant été démontré par le comportement de leurs ennemis. C’est pourquoi, à l’occasion des efforts fournis pour stabiliser les relations internationales, ils devraient être traités exactement comme s’ils étaient une nation au sens usuel du mot. » (page 28)

Ainsi, d’une certaine façon, bénéficieraient-ils d’une sorte d’extraterritorialité qui en ferait un objet d’attention particulier pour la… communauté internationale… dont ils pourraient, à tout moment, obtenir une protection toute spéciale… contre les autorités soviétiques, le cas échéant.

La discussion ne pouvait qu’être très rude. Ilya Altman nous donne la conclusion qui y fut donnée aux États-Unis :
« Finalement, B.-C. Goldberg télégraphie au CAJ le 4 mars 1946 pour annoncer la suppression de la préface du Livre noir à la suite de l’ultimatum des partenaires soviétiques. » (page 28)

Cependant, et contrairement à ce que nous étions entièrement disposé(e)s à croire, ces derniers n’ont pas cru devoir s’inquiéter de ce qu’il y avait d’étrangement antisoviétique dans l’ensemble de la manœuvre que constituait la mise au point de cet instrument parfaitement adapté, par contre, à la politique états-unienne de déstabilisation de l’Union soviétique.

Pour sa part, Ilya Altman fait comme s’il n’y avait finalement rien à redire à tout cela… Une autre hypothèse mérite d’être émise ici. Rien ne dit, de façon vraiment affirmative, qu’au-delà des experts du CAJ, les autorités soviétiques aient été elles-mêmes mises dans la confidence de ce que renfermait le Livre noir à la sauce états-unienne…

En tous cas, la formulation utilisée par le préfacier laisse planer un très gros doute, doute que l’utilisation de guillemets ne fait que porter à son paroxysme :
« Les difficultés rencontrées par la version américaine du Livre noir (dans laquelle les documents sur l’URSS sont représentés de façon très fragmentaire) lors de son « examen de passage » devant les différentes instances n’ont pas inquiété la direction du CAJ. » (page 29)

Mais, pour finir, que cherchaient les principaux dirigeants de ce Comité en utilisant de façon aussi légère la tragédie vécue par tout le peuple soviétique… et donc pas seulement par la communauté juive ?… Nous sommes certainement en droit de nous le demander.

Michel J. Cuny

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