La guerre, encore et toujours elle, en toile de fond de l’impérialisme et de ses péripéties

par Christine Cuny

 Si nous voulons bien faire l’effort de le considérer sous un angle qui porte notre regard au-delà du seul apitoiement sur l’enfer des tranchées et le sacrifice de millions d’hommes, il est clair que le premier conflit mondial et ses prémices ne peuvent que nous éclairer sur ce qui sous-tend les expéditions pour le moins aventureuses dans lesquelles, nous, peuple de France, continuons à être  embarqué(es) à notre insu, mais sans que cela nous dégage pour autant d’une responsabilité lourde de conséquences.

Dans un article publié en 2004 sur le site internet « Histoire coloniale et postcoloniale », il est précisé qu’en 1898, au moment de la crise de Fachoda (village situé dans la partie méridionale du Soudan égyptien), « l’Afrique, principal champ de l’expansion coloniale européenne du XIXe siècle, est le théâtre d’une concurrence féroce entre les États européens. »

De fait, l’ « incident » de Fachoda aurait pu très mal tourner, jusqu’à provoquer une nouvelle guerre entre la France et l’Angleterre, si un accord n’avait été conclu entre les deux puissances susceptible de leur permettre de s’entendre sur leur sphère d’influence respective en Afrique.

Affublé du très pacifique qualificatif d’ « Entente cordiale », cet accord conclu le 8 avril 1904 devait pourtant inaugurer, une quinzaine d’années plus tard, l’alliance de la France et de l’Angleterre contre l’Allemagne, dans le cadre de leur participation à un premier conflit mondial particulièrement meurtrier.

Quelle était donc la teneur de cet accord ?

La France reconnaissait la possession de l’Egypte par l’Angleterre, qui occupait celle-ci depuis 1882, tandis que l’Angleterre appuyait la France dans son entreprise de conquête du Maroc. Or, sur ce terrain-là, la France impérialiste se trouvait en concurrence directe avec l’Allemagne belliqueuse et conquérante, sur laquelle elle avait une revanche à prendre puisqu’elle lui avait volé l’Alsace-Lorraine, tout cela n’empêchant cependant pas une coopération entre les deux « ennemies » déclarées, à partir du moment où des bénéfices communs pouvaient être retirés de l’exploitation des richesses des autres, processus correspondant à cette logique intrinsèque du capitalisme qui ne peut fonctionner qu’avec ce système à géométrie variable qui porte en lui l’inanité de toute exigence de morale et de justice.

Ainsi donc le Maroc, pour en revenir à lui, était l’objet de leurs convoitises respectives. Pour éviter les querelles de voisinage, les deux Etats colonialistes avaient dû conclure un accord en février 1909, connu sous le nom d’Accord d’Algésiras, dans lequel  l’Allemagne  reconnaissait les intérêts prédominants de la France dans l’Empire chérifien, tandis que la France admettait la participation à part égale de l’Allemagne dans l’équipement économique du pays.

Les bonnes résolutions ne devaient cependant pas faire long feu … Les pays impérialistes colonialistes ayant assis leur pouvoir sur l’exploitation, l’extorsion et la violence, les accords censés pacifier leurs relations avec les colonisés d’un côté, et les pays concurrents de l’autre, ne pouvaient que devenir caduques. C’est ce qui ne manqua pas d’arriver deux ans plus tard, en mai 1911, suite à l’intervention militaire française au Maroc – laquelle, soit dit en passant,  allait à l’encontre de l’accord – destinée à défendre le sultan et les colons européens contre les méchantes tribus révoltées.

Bien décidée à défendre les intérêts de ses ressortissants (un petit groupe de commerçants et d’industriels étaient installés au sud du Maroc), l’Allemagne dirigea la canonnière Panther vers Agadir  le 1er juillet 1911, ce qui fit à nouveau surgir le péril de la guerre. L’Angleterre, qui s’était engagée envers la France par l’accord du 8 avril 1904, intervint en faveur de celle-ci, faisant reculer l’Allemagne. Un nouvel accord franco-allemand fut alors conclu le 4 novembre 1911 : la France se voyait reconnaître une entière liberté d’action au Maroc ; en échange, elle cédait à l’Allemagne quelques territoires au Congo.

Mais les épousailles devaient être de courte durée …

Christine Cuny

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