Pour solde de tout compte : la fin de Boris Berezovski…

Le 23 novembre 2006, Alexandre Litvinenko, citoyen britannique d’origine russe, meurt à l’University College Hospital de Londres.

Un peu plus de huit années vont passer, et, le 27 janvier 2015, Londres ouvrit une enquête sur les conditions qui ont abouti au décès de son espion…

Sur son lit de mort, ainsi que le rapporte Frédéric Pons
« […] Litvinenko avait accusé Poutine d’être directement responsable de son empoisonnement. Sa déclaration posthume, lue devant la presse, le 23 novembre 2011, par son porte-parole, Alex Goldfarb, est sans équivoque, dans [la] traduction livrée par Le Monde le lendemain. » (Pons, page 168)

Il y a, à ce moment-là, cinq ans, jour pour jour, que Litvinenko a perdu la vie.

À ce qui précède, Frédéric Pons ajoute :
« Dictée trois jours avant sa mort, cette lettre serait un faux fabriqué par Berezovski, accuse le Kremlin, ce qu’a confirmé le père de Litvinenko. » (Pons, page 168)

Il faut ensuite compter avec celui que l’espion britannique avait d’abord pris pour un allié, un ancien du FSB tout comme lui :
« Les services russes contre-attaquent. Andreï Lougovoï sort de sa réserve. Visiblement en service commandé, le « suspect » de l’hôtel Millenium prend la parole publiquement pour accuser Berezovski d’être impliqué dans le meurtre de Litvinenko. » (Pons, page 172)

Ici, Frédéric Pons considère que celui que les services britanniques considèrent comme le suspect numéro dans l’affaire d’empoisonnement dont Litvinenko aurait été la victime ne fait que se dédouaner, sur ordre de Moscou, en faisant de l’oligarque le commanditaire du crime… Mais Andreï Lougovoï va bien plus loin. C’est ce que nous indique le même auteur :
« Plus grave, il fait de Berezovski un informateur du MI-6. Il aurait négocié son droit d’asile en Grande-Bretagne pour échapper à la justice russe et à un mandat d’arrêt brésilien émis en juillet 2007 pour blanchiment d’argent, et obtenir des facilités pour ses activités politiques et commerciales. » (Pons, page 172)

Voilà donc l’oligarque passé au service de sa patrie d’adoption…
« Cet « opposant politique » aurait même livré au MI-6 des documents secrets emportés de Moscou, des analyses sur les dirigeants russes, leurs réseaux de pouvoir, leurs analyses de situation sur l’Otan, l’Europe, le bouclier antimissile. Berezovski avait sans doute des « biscuits », après avoir été le numéro 2 du Conseil national de sécurité russe à Moscou pendant deux ans (1996-1997), au cœur de nombreux secrets d’État de la présidence Eltsine. »

De la présidence Eltsine… Mais, quant à la suite, que pouvait-il en dire ? Frédéric Pons ne paraît pas nourrir le moindre doute :
« Que pouvait-il apporter d’intéressant sur Vladimir Poutine ? Peu de chose. » (Pons, page 172)

Tout avait complètement changé dans le système politique et économique… Était-il vraiment si important d’éliminer Litvinenko ? Si oui, pourquoi celui-ci n’aurait-il fait qu’écrire un vague document pour dénoncer l’initiateur de son assassinat ? Pourquoi n’aurait-il pas utilisé une voie bien plus directe, et tout particulièrement lorsque les enquêteurs de Scotland Yard sont venus l’interroger sur son lit d’hôpital ?

Reprenons maintenant la trajectoire de Boris Berezovski, réfugié lui aussi en Grande-Bretagne, et attelé à la tâche de préparer une véritable guerre politique contre le président de la Fédération de Russie qui, de son côté ne perd pas son temps dans le déchiffrage de ses anciennes manœuvres :
« La justice russe et Poutine se voient confortés par les enquêtes ouvertes au Brésil et en France dans le cadre du blanchiment d’importantes sommes d’argent (près de 75 millions d’euros) par le biais de banques suisses et luxembourgeoises. » (Pons, page 174)

Mais, déjà, une autre cible apparaît :
« L’enquête menée par l’Office central de répression de la grande délinquance financière pointe un autre oligarque anti-Poutine exilé, Roman Abramovitch […]. » (Pons, page 174)

Cet homme-là n’avait pas d’abord eu à se plaindre du fait qu’autrefois leurs chemins s’étaient croisés. Selon Frédéric Pons, en effet :
« Sa rencontre avec Berezovski donne une nouvelle dimension à ses activités. Ensemble, ils réussissent à prendre le contrôle de l’entreprise Sibneft, devenue le pôle central du marché des hydrocarbures russes. » (Pons, page 175)

Mais, bientôt :
« Avec Berezovski, les relations se tendent puis explosent. » (Pons, page 176)

Expatriés, les deux oligarques tombent sur une justice britannique qui ne leur fait pas plus de cadeaux que n’en ferait celle de leur pays d’origine, désormais organisé pour appliquer des lois comme il n’en existait plus à l’époque de Boris Eltsine, leur complice :
« Ils doivent d’expliquer devant un tribunal londonien et subir les questions incisives de la juge Elisabeth Gloster. » (Pons, page 177)

Ici, les manœuvres de la belle époque moscovite ne sont plus de saison :
« Une grande partie de leurs secrets est mise au jour, affaires, pratiques, protections, filières et train de vie… » (Pons, page 177)

Décidément, Boris Berezovski n’a même plus besoin de Vladimir Poutine pour se voir mis à genoux :
« L’oligarque est humilié, vaincu. Il doit payer les frais de procédure, les siens et ceux d’Abramovitch. Il est contraint de presque tout vendre. De 5 milliards d’euros six ans plus tôt, sa fortune a fondu, engloutie par ses affaires ratées, son divorce, ses procès perdus. » (Pons, page 177)

C’en est trop…
« Le 23 mars 2013, son corps est retrouvé dans une baignoire de sa magnifique villa d’Ascot dans le Berkshire. Une mort « inexpliquée », à soixante-sept ans, selon la police britannique. » (Pons, pages 177-178)

Inutile de convoquer Vladimir Poutine… La mort de Boris Berezovski n’est finalement que très banale pour un homme dont il faut rappeler qu’il a été à la tête d’une véritable armée de mercenaires dans les belles années des manœuvres à travers la Tchétchénie et ailleurs. C’est Frédéric Pons qui s’en fait l’écho :
« La thèse du suicide a longtemps circulé. Mais ses derniers amis ont parlé d’une crise cardiaque, une pathologie dont il souffrait, qui l’avait conduit à se faire soigner en Israël. » (Pons, page 178)

Michel J. Cuny

NB : Pour entrer davantage dans la réflexion conduite ici, et l’étendre à des questions bien plus vastes, je recommande que l’on s’inscrive dans le groupe « Les Amis de Michel J. Cuny (Section Vladimir Poutine) » sur Facebook.

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