III 18. Le Guide révolutionnaire s’ennuyait. Alors, il allait dans les écoles pour se faire remettre des… fleurs

(Le torchon de papier d’A.C.)

*

III 18 – Le Guide révolutionnaire s’ennuyait.
Alors, il allait dans les écoles pour se faire remettre
des… fleurs

« Un matin d’avril 2004 – je venais d’avoir quinze ans –, le directeur du lycée s’est adressé à toutes les élèves réunies dans la cour : « Le Guide nous fait le grand honneur de nous rendre visite demain. C’est une joie pour toute l’école. Alors, je compte sur vous pour être à l’heure, disciplinées, la tenue impeccable. Vous devez donner l’image d’une école magnifique, comme il les aime et le mérite ! » (Oui, c’est vrai… Le Guide révolutionnaire n’avait que cela à faire : s’adonner à des futilités comme d’aller dans les écoles pour se faire remettre des bouquets de fleurs…) Quelle nouvelle ! Quelle histoire ! Vous n’imaginez pas l’excitation. Voir Kadhafi en vrai… Son image m’accompagnait depuis ma naissance. Ses photos étaient partout, sur les murs de la ville, des administrations, des salles municipales, des commerces. Sur des T-shirts, des colliers, des cahiers. Sans compter les billets de banque. Nous vivions en permanence sous son regard. (Malgré les nombreux attentats contre sa personne, ourdis par les opposants à la solde de la CIA, Muammar Gaddhafi ne s’est jamais caché : il était possible de le voir « en vrai », qui plus est dans un pays de six millions d’habitant(e)s. Même au début de la guerre, en 2011, tandis que les bombes tombaient, il apparaissait dans Tripoli. Ce n’est que lorsqu’il a été sévèrement menacé de mort par les chefs d’États occidentaux qu’il s’est réfugié, sur le conseil de son entourage, quelque part en Libye, pour continuer le combat. Mais, bien sûr ! Depuis 1969, Muammar Gaddhafi imposait son portrait partout. Voici un scoop : c’est vrai, je vous le jure ! ce sont Sarkozy et Hollande qui, la nuit, munis d’un pot de colle, vont s’afficher eux-mêmes sur les murs « des salles municipales », par exemple… Et, depuis sa mort par lynchage, le 20 octobre 2011, Muammar Gaddhafi oblige encore les Libyens et Libyennes, qui organisent la résistance verte pour libérer leur pays des envahisseurs et des tortionnaires, à brandir son portrait dans les manifestations partout en Libye !…) Dans son culte. Et malgré les remarques acerbes de maman, je lui vouais une vénération craintive. Je n’imaginais pas sa vie puisque je ne le classais pas parmi les humains. Il était au-dessus de la mêlée, dans un Olympe inatteignable où régnait la pureté. » (PP.35-36) (Il faut se rappeler que la mère de “Soraya” appelait Muammar Gaddhafi le « décoiffé »… C’était sans doute là tout ce qu’elle croyait pouvoir lui reprocher… en tant que coiffeuse.)

« Et soudain il est arrivé. Dans un crépitement de flashes, entouré d’une nuée de gens et de femmes gardes du corps. Il portait une tenue blanche, le torse couvert d’insignes, drapeaux et décorations, un châle beige sur les épaules de la même couleur que le petit bonnet posé sur sa tête d’où émergeaient des cheveux très noirs. (Le terme « bonnet », est-il utilisé là pour ridiculiser le Guide ? Si la description est de “Soraya”, celle-ci devrait savoir qu’en Libye, comme dans tous les pays du monde, les couvre-chef ont des noms précis : Muammar Gaddhafi portait une chéchia. Rouge en Cyrénaïque, elle était noire dans le reste de la Libye, mais Muammar Gaddhafi adaptait la couleur de sa chéchia à celle de sa gandoura. C’était l’homme politique le plus élégant du monde : selon les circonstances, il portait un uniforme militaire chamarré ou pas, avec ou sans décoration, une saharienne kaki, une gandoura (habit traditionnel des Bédouins), un costume de type occidental, ou une tenue commune (pull-pantalon, chemisette-pantalon, veste ou canadienne, etc.) Les précisions concernant les habits du Guide paraissent venir ici tout droit d’une photographie que “Soraya”-Cojean se serait contentée de décrire à sa façon et à dessein…) Ça s’est passé très vite. J’ai tendu le bouquet, puis j’ai pris sa main libre dans les miennes et l’ai embrassée en me courbant. (Geste étrange de la part d’une jeune fille de quinze ans à l’égard d’un homme qui, en 2004, a 62 ans ? Geste étrange de “Soraya” dont la mère, qui détestait Muammar Gaddhafi, « n’a jamais courbé l’échine ». (P.33)) J’ai senti alors qu’il comprimait étrangement ma paume. Puis il m’a jaugée, de haut en bas, d’un regard froid. Il a pressé mon épaule, posé une main sur ma tête en me caressant les cheveux. Et ce fut la fin de ma vie. Car ce geste, je l’ai appris plus tard, était un signe à l’adresse de ses gardes du corps signifiant : « Celle-là, je la veux ! ». » (P.38) (Très discrètes les méthodes de Muammar Gaddhafi… Cette description de “Soraya”-Cojean a un nom : fantasme. Il est étonnant que ce “jeu”, qui est censé avoir débuté au temps du CCR ( Conseil du Commandement de la Révolution) et de la RAL (République Arabe Libyenne), et avoir continué au temps de la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste), ait pu durer… 42 années, sans que ni pères, ni mères, ni enseignants ni qui que ce soit d’autre interviennent… )

« Pour le moment, j’étais sur un petit nuage. Et sitôt la visite terminée, j’ai volé plus que je n’ai couru au salon de coiffure pour raconter l’événement à ma mère. « Papa Mouammar m’a souri, maman. Je te jure ! Il m’a caressé la tête ! » À vrai dire, je conservais le souvenir d’un rictus plutôt glacial, mais j’avais le cœur en fête et voulais que tout le monde le sache. (Le comportement de “Soraya” est plus qu’ambigu : comment peut-elle avoir « le cœur en fête » alors qu’elle se souvient du « rictus plutôt glacial » ? Et cette fille, qui ment à sa mère, se ment à elle-même.) « N’en fais pas toute une affaire ! a lâché maman, en continuant de tirer les bigoudis sur la tête d’une cliente. » (P.38) (La dictature était telle en Libye, au temps de Muammar Gaddhafi, que sa mère pouvait s’exprimer ainsi devant ses clientes, alors que “Soraya”  affirmait : « Disons qu’instinctivement, nous étions tous prudents. » (P.30).)
« – Mais enfin, maman ! C’est le chef de la Libye ! Ce n’est pas rien quand même ! » (P.38) (“Soraya”  ne sait même pas qu’en Libye, pays où elle est né et où elle vit, il n’y a pas de chef d’État mais un peuple se gouvernant lui-même. Le Guide révolutionnaire n’est pas le chef de l’État mais le symbole de la Révolution. Depuis le 2 mars 1977, la RAL puis la RALPS (République Arabe Libyenne (Populaire Socialiste)) était devenue la JALPS (Jamahiriya Arabe Libyenne Populaire Socialiste) ou État des masses ou gouvernement du peuple par le peuple pour le peuple : la structure politique et économique se retrouve dans les documents libyens cités dans l’ouvrage : La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011), Éditions Paroles Vives 2014.)
« – Ah oui ? Il a plongé ce pays dans le Moyen Âge, il entraîne son peuple dans un gouffre ! Tu parles d’un chef ! » (P.38) (Ou ces propos, censés être ceux de la mère de “Soraya”, sont d’une femme qui, mariée à un Libyen, ne s’est jamais donné la peine de se renseigner sur l’histoire d’avant et d’après la Révolution du 1er Septembre 1969 du pays dans lequel elle vit, ou ces propos sont tout droit issus de la piètre ignorance de la journaliste Annick Cojean qui préfère l’idéologie fielleuse à l’histoire. Les propos de la mère, s’ils n’ont pas été inventés, sont en totale contradiction avec ceux qu’a tenus “Soraya” : « Nous sentions tous, intuitivement, que moins on parlait de lui, mieux ça valait, le moindre propos tenu hors du cadre familial pouvant être rapporté et nous valoir de gros ennuis. » (P.30) Ici, il s’agit bien d’une conversation entre la mère et la fille, « hors du cadre familial », dans un salon de coiffure… où se trouvent des clientes.)

« J’étais dégoûtée et suis rentrée à la maison pour savourer toute seule ma joie. Papa était à Tripoli, mais mes frères ont semblé un peu épatés. Sauf Aziz à qui sa tête ne revenait pas. » (P.39) (Comment « Soraya », pourrait-elle être joyeuse d’un « regard » « glacial » ? Par ailleurs, l’un des frères, comme la mère d’ailleurs, juge un homme sur « sa tête », autrement dit, sur son faciès. À noter que le père vit, la plupart du temps, à Tripoli, et la mère, à Syrte.)

III 18. Mensonge et Vérité

(Dans la deuxième partie de son torchon de papier, intitulée « Enquête », Mme Cojean n’évoquera guère que ses rencontres avec des opposants libyens. Cependant, sans aucune pudeur, elle n’hésitera pas à relancer certaines personnes sur leurs lieux de travail… Elle racontera, en détail, son entrevue avec un fidèle à la Jamahiriya, Mohammed Ali Moufta qui assurait, au pied levé, les fonctions de directeur du lycée de filles, à Syrte, juste après la guerre de 2011 : il contestera, avec un vrai dégoût, les ragots de cette journaliste française qui le dérangeait en plein travail pour salir la mémoire d’un mort (Muammar Gaddhafi) alors que lui-même devait faire face, avec ses collègues, à des difficultés sans nom pour assurer l’enseignement aux enfants libyens. Bon nombre d’enseignants étaient morts dans les combats de Syrte pour défendre leur ville contre les groupes armés par les pays occidentaux.)

Clic suivant : III 19. Un rapt ou une fuite volontaire ? ou un conte ?

http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr/#LA_LIBYE_REVOLUTIONNAIRE_.A

Françoise Petitdemange


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.