III 17. « Pas le moindre rêve » ? Pauvre !

(Le torchon de papier d’A.C.)

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III 17. « Pas le moindre rêve » ? Pauvre !

« Mon frère aîné, Nasser, me faisait un peu peur et entretenait avec moi un rapport d’autorité. (Que le fils aîné d’un Libyen et d’une Tunisienne, née au Maroc, s’appelle « Nasser », cela signifie que le père de “Soraya” – s’il existe – n’était pas opposé à la Révolution de 1969, sans quoi il n’aurait jamais donné, à son fils aîné, ce prénom qui renvoie au révolutionnaire égyptien, Gamal Abdel Nasser, ami du groupe révolutionnaire libyen de 1969.) Mais Aziz, né un an avant moi, était comme mon jumeau, un vrai complice. Comme on allait à la même école, je le sentais à la fois protecteur et jaloux. Et je lui servais de messagère pour quelques amourettes. Moi je ne songeais pas à l’amour. Mais alors pas du tout. Totalement inconsciente. La page était vierge. Peut-être me suis-je moi-même censurée, sachant ma mère stricte et très sévère. Je n’en sais rien. » (PP.34-35)
(Tiens donc ! Ceci est en totale contradiction avec ce que “Soraya” disait de sa mère, au début de son récit : « ma mère, pourtant si moderne » (P.26), « si coquette, si soucieuse d’être à la mode, bien coiffée, bien maquillée » (P.27), d’une mère jalouse de sa liberté et envieuse de la liberté des Françaises – de quelles Françaises ? certainement pas de celles qui travaillaient et travaillent pour des salaires misérables dans les usines, les magasins, les salons de coiffure – au point de se réfugier dans un passé certainement enjolivé : « À nous les petits, elle racontait ses promenades sur les Champs-Élysées, le thé avec ses copines à la terrasse des cafés, la liberté dont disposent les Françaises » (P.27). Quelques pages plus loin seulement, “Soraya” parle d’une mère « stricte et sévère » (P.35) avec sa fille… plus qu’avec ses fils, donc !
Quant à son père, “Soraya” disait de lui : « Il voulait tout pour sa fille, les mêmes chances, les mêmes droits que pour mes frères. Il dit même aujourd’hui qu’il me rêvait médecin. » (PP.25-26) Et puis, quelques phrases plus loin… « Mais qu’on ne me parle pas d’égalité de droits avec mes frères. Ça non ! Pas une Libyenne ne peut croire à cette fiction. » (P.26)
“Soraya”
-Cojean a tendance à reporter, sur le compte du régime libyen, ce qu’elle sait devoir être mis sur le compte d’une mère rigoriste avec sa fille. Cette mère, qui regrettait peut-être de s’être engagée rapidement dans un mariage qui ne lui apportait que déceptions, craignait-elle que sa fille ne l’imitât ?)

III 17. Il est des fois où Cupidon s'en fout... (Georges Brassens)

« Il est des jours où Cupidon s’en fout… »
(Georges Brassens)

En tout cas, “Soraya” déclare : « Pas le moindre amoureux. Pas le moindre frémissement. Pas même le moindre rêve. Je crois que j’aurai toute ma vie le regret de n’avoir pas vécu d’amours adolescentes. (Curieusement, autant sa mère a eu, paraît-il, plein de rêves : « Elle en a eu d’immenses », autant elle – “Soraya” – n’en avait aucun. Aux regrets de la mère font suite les regrets de la fille ! Certes ! Mais tout ceci n’est pas l’affaire de l’État des masses…) Je savais qu’un jour je me marierais, puisque c’est le sort des femmes, et que je devrais alors me maquiller et me faire belle pour mon mari. (“Soraya” -Mme Cojean ignore les idées et pratiques révolutionnaires en Libye. Dans l’État des masses, il n’y avait pas de… « sort » : l’avenir d’une jeune fille libyenne n’était pas nécessairement dans le mariage. Pendant une époque, les jeunes filles, qui voulaient s’engager autrement que dans le mariage, pouvaient devenir « religieuses révolutionnaires ».) Mais je ne savais rien d’autre. Ni de mon corps, ni de la sexualité. Quelle panique quand j’ai eu mes règles ! J’ai couru le dire à ma mère qui ne m’a rien expliqué. » (P.35) (Une femme « pourtant si moderne », la mère de “Soraya” !…) « Je me souviens que maman et mes tantes me disaient : « Quand tu auras dix-huit ans, on te racontera des choses. » Quelles choses ? « La vie. » (Voilà qui fait preuve, de la part de la mère de “Soraya”, d’une liberté et d’une modernité se rattachant plutôt à la vieille monarchie marocaine qu’à la démocratie directe libyenne !) Elles n’ont pas eu le temps. » (P.35) (Ben ! voyons… La mise au courant des choses de la vie ne se fait pas à un âge fixé à l’avance mais quand la fillette devient une jeune fille.)

Clic suivant : III 18. Le Guide révolutionnaire s’ennuyait. Alors, il allait dans les écoles pour se faire remettre des… fleurs

Françoise Petitdemange

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