Jean, l’aîné, et Jacques, le cadet

Né en 1901, Jacques Lacan était donc le cadet de deux années de Jean Moulin (1899). Du point de vue générationnel, il paraît n’y avoir rien d’incongru à faire du premier le porteur, pour partie, du fardeau que l’Histoire de France aura attribué au second en le plaçant là où il était : à l’endroit du crime politique du siècle.

Crime politique du siècle : la livraison, aux nazis, du créateur et président en fonction du Conseil National de la Résistance souverain par les « services » du réputé chef de la France Libre : Charles de Gaulle. Ce dont, toutefois, les citoyennes (potentielles) et les citoyens (potentiels) que nous sommes paraissent, pour l’instant, se foutre comme de l’an 40…

De même qu’en juin 1940, il n’y a guère eu que Jean Moulin à décider – par cette tentative de suicide visant à interdire au préfet de Chartres dont il portait l’uniforme aux passementeries brillantes la faiblesse de signer de sa main, sous les coups allemands, un document destiné à anéantir l’honneur des troupes françaises noires – qu’il n’était effectivement pas à la hauteur de la situation.

Jean Moulin - Pierre Cot

Jean Moulin – Pierre Cot

Mais revenons à la lettre de Lacan à Alquié du 16 octobre 1929. A cette même époque, Jean Moulin était sous-préfet d’Albertville, tandis que son ami Pierre Cot venait, en 1928, de réussir sa première élection à la députation. Appliquons à l’aîné la formule du cadet :
« Q
uelque chose gît au fond de nous, qui, avec nous, mais presque malgré nous, croît et mûrit, qui vit de nous mais nous fait triompher maintes fois de la mort.
Presque malgré nous, ai-je dit, cela doit parvenir à être mûr. C’est qu’aussi bien nous ne sommes pas libres d’en hâter la venue, d’en orienter la forme – du moins sans dommages
. »

Et constatons, sans plus, que voilà bien le fardeau qui nous attend pour autant que nous aurions la prétention – très farfelue au regard de l’abaissement qui est le nôtre depuis soixante-dix ans – d’accéder au minimum d’un quelconque droit de cité…

Suite : Rien qu’une petite affaire de signature

Michel J. Cuny


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