Voltaire, pour quoi faire ?

Le numéro 32 du Bulletin Officiel du ministère de l’Éducation nationale (6 septembre 2012) nous permet de prendre connaissance d’une note de service émise le 1er août précédent et destinée aux « inspectrices et inspecteurs d’académie – directrices et directeurs académiques des services de l’éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs d’académie – inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux d’allemand ; aux déléguées et délégués académiques aux relations européennes et internationales et à la coopération ; aux chefs d’établissement. »

Nous y apprenons que « le programme Voltaire permet à des jeunes français et allemands d’effectuer en tandem un séjour de six mois dans le pays partenaire ».

À titre personnel, et après un long travail de lecture et d’analyse de la Correspondance (13 volumes à la Pléiade) de l’auteur (anonyme, en son temps) de Candide, je ne peux qu’être très surpris d’avoir à constater que l’Éducation nationale n’en a pas encore fini de se retrancher derrière l’un des plus grands criminels avoués de l’Histoire moderne et contemporaine.

Que compte-t-elle en faire dans le cadre plus particulier des relations franco-allemandes au sein de l’Europe d’aujourd’hui ? Que peut bien vouloir dire la phrase que voici :

« Le programme Voltaire repose sur la confiance de chacun des deux partenaires, de leurs familles et de leurs établissements scolaires envers le système d’enseignement du pays voisin. »?

Se souvient-on ici de ce que Voltaire a tenté d’obtenir de Frédéric II : cette guerre européenne qui aurait fait du roi de Prusse un souverain sans égal ? Ainsi, même traité comme un chien battu, le prétendu philosophe n’en démordra toujours pas. Voici la lettre qu’il adresse à Amelot de Chaillou, ministre des Affaires étrangères du royaume de France, le 3 octobre 1743 :

« Je pris la liberté de dire au margrave [de Bayreuth, époux de la sœur de Frédéric, Wilhelmina] en substance, que s’il pouvait disposer de quelques troupes en Franconie, les joindre aux débris de l’armée impériale, obtenir du roi son beau-frère seulement dix mille hommes, je prévoyais en ce cas que la France pouvait lui donner en subsides de quoi en lever encore dix mille cet hiver en Franconie, et que toute cette armée sous le nom d’armée des cercles pouvait arborer l’étendard de la liberté germanique auquel d’autres princes auraient le courage de se rallier, et que le roi de Prusse engagé pouvait encore aller plus loin. »

Le roi de Prusse « engagé »… par qui ?… Et pour la liberté germanique à la pointe de l’épée !… Si Bismarck n’a pas été tout à fait aussi ignorant de la réalité du personnage de Voltaire que les Françaises et Français de bonne souche d’aujourd’hui et d’avant-hier (mais comment aurait-il pu ignorer la réalité de l’attitude de Frédéric II de Prusse devant le petit poète assoiffé d’un or bien dégoulinant de sang ?), il a dû beaucoup s’amuser de ce qui se manifeste ici des ruses de l’Histoire…

Ruses qu’illustre, à l’instant même, la mienne surprise de découvrir, au bas de la note de service qui a motivé la rédaction de cet article, la signature du nouveau secrétaire général de l’Éducation Nationale, Jean Marimbert, ci-devant directeur général de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) que j’ai précédemment eu à épingler dans un ouvrage traitant de l’affaire du Médiator pour lequel un rapport de l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) m’a été du plus grand secours…

Mais c’est bien sûr une tout autre histoire !… Et tout aussi accablante.

Suite : Quand Voltaire était à la manoeuvre

Michel J. Cuny

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