5 – Réflexion faite… Les « démocraties », les dictatures… Haro sur les communistes

Le royaume de Yougoslavie étant dépecé, la Croatie était devenue un État-fantoche de l’Allemagne nazie. “Trop, c’était trop”…

Le Front yougoslave était entré en action : le 22 juin 1941, une insurrection des Partisans yougoslaves éclatait contre les Croates fascistes et nazis. Le 27, le Comité central du PCY (Parti Communiste de Yougoslavie) nommait Tito commandant en chef des forces militaires de libération nationale. Au fil des mois, les Partisans allaient s’organiser : le 21 décembre 1941, ils créaient la première brigade prolétarienne dont ils confiaient le commandement à Koča Popović qui avait été Combattant Volontaire dans Las « Brigadas Internacionales » (les « Brigades Internationales »), auprès des Républicains espagnols, dans leur lutte, en 1936-1937, contre le monarchiste Francisco Franco.

Détour nécessaire par l’Espagne…

Franco, s’il refusait la République espagnole, il abhorrait el Frente Popular (le Front Populaire). Celui-ci, constitué à l’initiative de Manuel Azaña, avait été approuvé lors de la signature d’un pacte, en janvier 1936, par plusieurs organisations politiques antifascistes (socialistes, communistes, anarchistes) regroupant républicains de gauche, partis et syndicats ouvriers. El Frente Popular allait remporter les élections du 16 février 1936 en battant le Front national contre-révolutionnaire… et Manuel Azaña être élu président de la Seconde République espagnole (1936-1939).

Cette année-là, 1936… « Le Frente Popular remportait les élections avec 52 % des suffrages. À l’époque, l’Espagne c’était 24 millions d’habitants dont 12 millions d’illettrés, 8 millions de pauvres, 2 millions de paysans sans terre, 5.000 couvents, 110.000 prêtres, moines ou religieux, 800 généraux, une police sauvage. Les nouvelles autorités augmentaient les salaires, légalisaient les occupations de terres non cultivées, libéraient les prisonniers politiques. La grande-bourgeoisie et l’armée décidaient alors, après avoir obtenu le feu vert de Berlin, de mettre un terme à cette « révolution. ». » [L’Humanité, 3 août 2016, Guernica.]

Le 17 juillet 1936, le général Franco, en exil, ralliait la conspiration destinée à renverser El Frente Popular ; le lendemain, 18 juillet, le coup d’État militaire contre la République espagnole échouait. Cependant, ce coup d’État allait déclencher une guerre civile particulièrement longue et sanglante entre, d’une part, les Républicains espagnols fidèles au gouvernement légalement établi de la Seconde République, les marxistes, les communistes, les anarchistes révolutionnaires, les anti-fascistes et, d’autre part, les putschistes, les militaires dont 80 % des officiers rejoignaient les putschistes, les monarchistes, partisans d’un retour des rois Bourbons sur le trône d’Espagne (les carlistes), les nationalistes fascistes (représentés par la Phalange espagnole), les anti-communistes, en un mot : les partisans de Franco soutenu par l’Église catholique.

À noter qu’en France, le « Gouvernement de Front Populaire » aidera, officieusement, par l’intermédiaire de Jean Moulin et de Pierre Cot, El Frente Popular… Officieusement… Car, officiellement, le 6 septembre 1936, lors d’une réunion organisée à Luna-Park par la Fédération socialiste de la Seine, le chef du gouvernement, Léon Blum, justifiera l’injustifiable : la non-intervention de son gouvernement de Front Populaire en faveur du Frente Popular de la République espagnole.

Pour renverser le régime républicain mis en place par les élections et briser le blocus instauré au détroit de Gibraltar, Francisco Franco utilisera des troupes d’élite du Maroc. Il sera secouru militairement par le Reich allemand (l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler), par l’Italie fasciste (de Benito Mussolini), et par des volontaires français, suisses et belges… pour débarquer en Andalousie et, par cette région sud, conquérir l’Espagne.

En tant que commandant en chef de la Luftwaffe, Hermann Göring allait soutenir le général Francisco Franco, contre la seconde République espagnole, en envoyant la Légion Condor combattre aux côtés des nationalistes de juillet 1936 à avril 1939.

Ce sera l’opération « Rügen » (qui signifie « réprimander »…). 44 avions de la Légion Condor nazie allemande et 13 avions de l’Aviation légionnaire fasciste italienne, sèmeront la terreur, le lundi 26 avril 1937, en effectuant des bombardements en piqué sur la population civile sans défense de Guernica. Un tapis de bombes – bombes explosives, bombes incendiaires – s’abattra sur le village basque espagnole, faisant de nombreux morts : environ 5.200 bombes sur une population de quelque 6.000 habitant(e)s. Les mitrailleuses pourchasseront les habitant(e)s fuyant le village, jusque dans la campagne environnante. Les nazis allemands et les fascistes italiens laisseront le village en flammes. De Guernica, il ne resterait que 5 maisons.

« De nombreux médias français et occidentaux se déchaînèrent contre les « hordes bolcheviques », qui, à les en croire, avaient mis elles-mêmes le feu à Guernica avant de la quitter. Leurs mensonges ont été rapidement démentis. » [Idem.]

Il n’empêche… Guernica (Espagne), c’était en 1937 ; Butcha (Ukraine), c’est en 2022… À 85 ans d’intervalle, ce sont encore les mêmes qui sont accusés sans preuves par les dictatures bourgeoises occidentales, accusations destinées, une fois encore, à couvrir les néo-nazis, les néo-fascistes…

Guernica, après les bombardements – photos
trouvées dans Gallica, reprises de Regards, 6 mai 1937

Légende des photos : « Quatre aspects de Guernica,
la cité martyre après l’atroce bombardement par l’aviation allemande
»

Deux jours après l’attaque de Guernica par les forces nazies et fascistes, Gabriel Péri écrira dans l’Humanité : « La politique de la non-intervention telle que l’ont pratiquée la France et la Grande-Bretagne, voilà la grande coupable des horreurs de Guernica (…) Qu’attend le gouvernement français pour faire le geste qu’appellent et l’intérêt de la France et le respect de la solidarité humaine ? Sera-t-il dit qu’en avril 1937, la France, dotée d’un gouvernement de Front populaire, aura laissé mourir de faim, à quelques kilomètres de la frontière, les femmes et les enfants de Bilbao ? Non, non et non, ce n’est pas pour acquérir cette honteuse réputation que la France s’est donné un gouvernement de Front populaire (…). » [Gabriel Péri, dans L’Humanité, 28 avril 1937. Repris dans L’Humanité, 3 août 2016, etc. Note de FP : les points de suspension entre parenthèses ne sont pas de moi.] Cela est dit. La Grande-Bretagne, en conformité avec sa monarchie, ne bougera pas. Mais la France du Front populaire !

Trois jours après la destruction de Guernica, le général Franco se fendait d’un communiqué publié dans Le Matin du 30 avril 1937 : « Guernica a été détruite par des feux allumés avec de l’essence. La ville a été incendiée par les hordes rouges, combattant pour le criminel Aguirre, président de la République basque […] Aguirre a répandu le mensonge infâme attribuant ce crime à notre aviation noble et héroïque. Nous sommes en mesure de prouver que nos appareils n’ont pas survolé mardi Guernica ou une autre partie du front basque et cela en raison du brouillard. » [Gallica, Laurent Arzel, Bombardement de Guernica le 26 avril 1937 : Controverse dans la presse française, 26 avril 2017. Note de FP : les points de suspension entre crochets ne sont pas de moi.]

La reconstruction du village n’aura lieu qu’en 1956…

Ce ne fut pas la seule localité détruite… Il s’agissait de profiter de la participation de l’Allemagne nazie à la guerre civile espagnole pour tester, en conditions réelles, le nouveau matériel de guerre, en prévision de son utilisation contre les pays européens. Et, en effet, le stuka (Sturtzkampfflugzeug = bombardier en piqué) sèmera la terreur en France, notamment dans les Vosges. (Ma maman, qui avait 16 ans en 1940, évoquait, dans le cadre familial, les « stukas » – dont elle connaissait le nom – qui piquaient du nez sur les habitant(e)s de son village en faisant un bruit strident. Elle frisonnait de peur en racontant…)

La guerre civile durait depuis 1936, lorsque l’offensive de Catalogne fut lancée par les troupes franquistes contre l’armée populaire espagnole, offensive qui allait durer du 23 décembre 1938 au 10 février 1939.

La capitale catalane, Barcelone, fut bombardée. Le 26 janvier 1939, la ville était prise. Face à la violence et à la brutalité des forces opposées au Frente popular, la population civile, du moins celle qui le pouvait, devait fuir vers la France, suivie par les soldats républicains. Les réfugiés espagnols, dont la France redoutait l’arrivée en nombre, furent “accueillis”… dans des camps d’internement.

Les nationalistes espagnols, partisans de Franco, ayant reçu des renforts pour briser la résistance de l’armée populaire, envahissaient le pays, obligeant le gouvernement républicain et le président de la République, Manuel Azaña, à se replier sur Figueras puis à traverser la frontière. Un dur et long exil commençait pour les Républicains espagnols tandis que ceux qui ne s’étaient pas exilés, parce qu’ils n’avaient pas voulu ou pas pu fuir leur pays, allaient vivre l’enfer de la répression sous la dictature du général Franco surnommé el Caudillo  : dictature militaire, corporatiste, très-catholique. La Grande-Bretagne et la France d’Édouard Daladier s’empressèrent de reconnaître les nouveaux dirigeants de l’Espagne, dès le 26 février 1939, et la France nomma, le 2 mars, le maréchal Philippe Pétain comme ambassadeur dans l’Espagne de Franco.

Le colonel, José Moscardó, qui avait commandé les troupes franquistes opposées aux troupes républicaines, lors du siège de l’Alcázar de Tolède, qui avait duré 70 jours (du 19 juillet au 26 septembre 1936) jusqu’à l’arrivée de troupes africaines, avait remporté, le 27, avec l’appui de ces troupes, une victoire décisive. En octobre 1940, devenu général, José Moscardó recevait à Tolède l’un des plus hauts dignitaires du Troisième Reich, Henrich Himmler, Reichsführer-SS (dirigeant de la Schutzstaffel = SS), Chef der deutschen Polizei (chef de toutes les polices allemandes dont la Gestapo (Geheime Staatspolizei = Police secrète d’État), et lui faisait visiter l’Alcázar de Tolède.

Service rendu entre gens de bonne compagnie : Francisco Franco créera, à la fin du mois de juin 1941, la División Azul (División Española de Voluntarios) qui apportera son appui militaire aux puissances de l’Axe ; dépêchée sur le front de l’Est, elle luttera contre l’Union Soviétique.

Du fait des manquements des prétendues démocraties au gouvernement légal du Frente Popular, le peuple espagnol vivra 39 ans, du 1er octobre 1936 au 20 novembre 1975, dans la dictature sanglante du général Francisco Franco qui aura le soutien des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Argentine et, il faut bien le dire aussi, de la France. “Merci, monsieur Blum.” Les condamnés à mort, souvent pour des raisons politiques, étaient garrottés : cette mise à mort par strangulation a été en vigueur en Espagne, de 1820 à 1978 (jusqu’en 1995 pour les militaires). (Il en était question, de temps en temps, à la radio… durant mon enfance : j’étais effrayée et je me demandais comment la France pouvait accepter cela sans broncher.) Nombre de Républicains espagnols et leurs familles seront obligé(e)s de fuir leur pays pour échapper aux emprisonnements, aux tortures, et aux assassinats. Ce régime, terriblement inhumain, n’aura de fin qu’à la mort du dictateur qui n’aura jamais eu à répondre de ses crimes.

La Dame de Carreau
5 mai 2022


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