Le plaidoyer permanent de Vladimir Ilitch Lénine et de Joseph Staline pour la progression intellectuelle des peuples porteurs de la révolution prolétarienne

Que dire du niveau d’étude requis pour les plus importants responsables de l’État soviétique et du parti communiste ? C’est le point que Lénine aborde dans le Rapport politique du Comité central du Parti Communiste (bolchévik) de Russie qu’il présente le 27 mars 1922 à l’occasion du XIème Congrès (27 mars – 2 avril 1922) :
« Les communistes responsables de la R.S.F.S.R. [République socialiste fédérative soviétique de Russie ] et du Parti communiste de Russie sauront-ils comprendre qu’ils ne savent pas diriger ? Qu’ils s’imaginent mener les autres alors qu’en réalité c’est eux qu’on mène ? S’ils arrivent à le comprendre, ils apprendront certainement à diriger, car c’est possible. Mais, pour cela, il faut étudier, or, chez nous, on n’étudie pas. » (page 294)

Mais comment ne pas évoquer aussi la dimension internationale nécessaire de cette stratégie d’apprentissage pour les différents prolétariats qui viennent, par leurs représentants, se frotter à la réalité même de la Révolution soviétique ? Et voici que Lénine se saisit de l’occasion que lui offre le IVème Congrès de l’Internationale communiste (5 novembre – 5 décembre 1922). Sous le titre Cinq ans de révolution russe et les perspectives de la révolution mondiale (Pravda n° 258, 15 novembre 1922), il s’avance jusqu’à écrire ceci :
« J’estime, pour ma part, que nous ferions bien mieux, pour le moment, de ne discuter tous les programmes qu’à titre préliminaire, pour ainsi dire en première lecture, et de les faire reproduire tels quels, sans adopter une décision définitive tout de suite, cette année-ci. Pourquoi ? Tout d’abord, selon moi, parce que nous ne les avons guère étudiés à fond, c’est évident. » (Idem, page 432.)

Sans doute les différents contacts et comptes rendus qu’il avait pu avoir lui avaient-ils laissé une curieuse impression de totale impéritie en face des thèmes qu’on prétendait pouvoir mettre à l’ordre du jour… Mais la révolution ne s’improvise pas, même si, à première vue, un personnage tel que Lénine pouvait donner à certains esprits plus ou moins embrumés l’impression qu’il était effectivement né ainsi qu’on le voyait…

De retour chez eux, sauraient-ils mettre à profit, pour les populations concernées, cette trajectoire de développement intellectuel dont Lénine leur signalait l’impérieuse nécessité, tout en dégageant le profil qu’elle avait déjà pris dans ce pays des Soviets si ensanglanté et si affamé fût-il :
« Des écoles soviétiques, des facultés ouvrières ont été fondées ; des centaines de milliers de jeunes gens étudient. Ils étudient, peut-être trop vite, mais en tout cas, le travail a commencé et je pense qu’il portera ses fruits. » (Idem, page 441.)

Il pouvait certes sembler que les urgences étaient ailleurs…
« Je ne sais combien de temps les puissances capitalistes nous laisseront étudier tranquillement. Mais chaque instant libre, à l’abri des batailles, de la guerre, nous devrons l’utiliser pour étudier, et cela par le commencement. » (Idem, page 443.)

Mais, dans ce domaine comme dans tant d’autres, il faut bien distinguer ce que chaque situation peut avoir de spécifique. Il y a ceux qui ne sont qu’au début du chemin et qui peuvent s’y engager avec beaucoup de naïveté, et puis il y a ceux dont la responsabilité doit se déployer à un tout autre niveau :
« Tout le Parti et toutes les couches de la population de la Russie le prouvent par leur soif de savoir. Cette aspiration montre que la tâche la plus importante pour nous, aujourd’hui, est de nous instruire, encore et toujours. Mais les camarades étrangers, eux aussi, doivent apprendre, non pas dans le même sens que nous, c’est-à-dire à lire, à écrire et à comprendre ce que nous avons lu, – ce dont nous avons encore besoin. » (Idem, page 443.)

Ce qui peut faire l’enchantement de la population soviétique, et lui demander un effort qui ne sera pas rien, n’est qu’un minimum pour certains des visiteurs étrangers du pays des Soviets… Lénine le leur dit, et les rappelle ainsi à leurs vraies responsabilités :
« Les étrangers, eux, n’en ont pas besoin. Il leur faut quelque chose de plus élevé : notamment, et avant tout, comprendre aussi ce que nous avons écrit sur la structure organique des Partis communistes, et que les camarades étrangers ont signé sans lire ni comprendre. Telle doit être leur première tâche. » (Idem, page 443.)

Car manifestement, ils n’ont pas véritablement lu, et peut-être même pas du tout compris… Ainsi, inutile à quiconque de se croire déjà arrivé…
« Je suis persuadé que nous devons dire à cet égard, non seulement aux Russes, mais aussi aux camarades étrangers que le plus important, dans la période qui vient, c’est l’étude. Nous, nous étudions dans le sens général du terme. Ils doivent, eux, étudier dans un sens particulier, pour comprendre réellement l’organisation, la structure, la méthode et le contenu de l’action révolutionnaire. » (Idem, page 444.)

Tournons-nous maintenant vers Joseph Staline qui s’exprime sept ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, et tandis que l’U.R.S.S. s’efforce de soigner ses terribles blessures. Dans un document daté du 22 mai 1952, porteur du titre Des erreurs du camarade L. Iarochenko, le successeur intraitable de Lénine indique que…
« Pour préparer le passage au communisme, passage réel et non purement déclaratif, on doit réaliser pour le moins trois conditions préalables, essentielles. » (Site du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [B])

La première concerne « le développement prioritaire de la production des moyens de production », la deuxième le fait d’ « élever la propriété kolkhozienne au niveau de la propriété nationale », mais c’est la dernière qui va retenir, ici, toute notre attention dans la mesure où elle rejoint les préoccupations précédemment énoncées par Lénine
« Il faut, troisièmement, assurer un progrès culturel de la société qui permette à tous ses membres de développer harmonieusement leurs aptitudes physiques et intellectuelles, afin qu’ils puissent recevoir une instruction suffisante et devenir des artisans actifs du développement social ; qu’ils puissent choisir librement une profession sans être rivés pour toujours, en raison de la division existante du travail, à une profession déterminée. » (Idem)

Le terrible dictateur précise sa pensée :
« Il serait erroné de croire qu’un progrès culturel aussi important des membres de la société est possible sans de sérieuses modifications dans la situation actuelle du travail. Pour cela, il faut avant tout réduire la journée de travail au moins à 6 heures, puis à 5. Ceci est indispensable afin que tous les membres de la société aient les loisirs nécessaires pour recevoir une instruction complète. » (Idem)

Terrible Goulag, avec ses morts par millions (ou par dizaines de millions, on ne sait plus très bien) :
« Il faut, pour cela, introduire ensuite l’enseignement polytechnique obligatoire, indispensable pour que les membres de la société puissent choisir librement une profession et ne soient pas rivés pour toujours à une profession déterminée. » (Idem)

Quant au génocide, on voit qu’il est inscrit noir sur blanc :
« Pour cela, il faut encore améliorer radicalement les conditions de logement et augmenter le salaire réel des ouvriers et des employés au minimum du double, sinon davantage, d’une part en relevant directement le salaire en espèces, d’autre part et surtout, en pratiquant la baisse systématique du prix des objets de grande consommation. » (Idem)

Et nous voici sans doute au seuil de la catastrophe finale, car…
« Telles sont les conditions essentielles qui prépareront le passage au communisme. » (Idem)

Michel J. Cuny


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