Ces gentils experts qui ne sont que les commis-voyageurs de l’impérialisme états-unien

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

L’insistance, avec laquelle les deux experts, chargés d’étudier l’impact qu’aura eu le PACEPEP (Programme d’appui à la croissance économique et promotion de l’emploi par le secteur privé) mis en œuvre en 2014 au Mali sous le contrôle très vigilant de l’ambassade du Danemark à Bamako, appuient sur le triomphe qu’il s’agit d’assurer au secteur privé dans l’économie malienne, nous aura conduits à regarder d’un peu plus près leur provenance géographique et professionnelle. 

Il apparaît aussitôt qu’il faut faire une distinction très nette entre ces deux messieurs : Jean François Guay et Aboubacar Koné. Si le second est de nationalité malienne, sa carte de visite semble se limiter à ce qu’il en dit lui-même sur le site Linkedin (fin décembre 2019) : « Expert PME/Chaines de valeur au PACEPEP/CNPM », à quoi, il ajoute que, plus généralement, il a « travaillé au sein de plusieurs projets/programmes et ONG nationales et internationales. Plus de 25 ans dans le développement rural avec des compétences confirmées dans :
– les études socio-économiques,
– la gestion des projets/programmes de développement,
– l’évaluation de projets,
– la promotion et le conseil d’entreprises,
– l’élaboration des business plans,
– la formation des adultes sur plusieurs modules. »

De fait, il s’agit d’un technicien indépendant… qui se sera trouvé joint à un personnage d’une tout autre dimension… Voyons donc qui est monsieur Jean François Guay… et quels sont les intérêts qu’il représente.

Voici tout d’abord ce que nous apprend le site devex.com (fin décembre 2019) :
« Jean François Guay est un ancien banquier – issu directement du secteur privé. À ce titre, il apporte une approche et une expérience du secteur privé au travail qu’il effectue dans le développement. M. Guay est un professionnel international de la finance et des investissements dans l’agroalimentaire avec plus de 20 ans d’expérience professionnelle dans les pays en développement et 8 ans dans le secteur privé. » (Nous soulignons…)

Que cette présentation soit due au personnage lui-même ou à quelqu’un d’autre, nous y trouvons un nouvel exemple de cette insistance sur… le secteur privé… que nous connaissons bien depuis que nous avons consulté le rapport sur le PACEPEP. Il s’y ajoute ici le banquier, la finance et les investissements

Poursuivons notre lecture du même document :
« Ses antécédents comprennent 15 ans de conception et de mise en œuvre de contrats USAID et d’autres projets de développement dans les marchés émergents, et 10 ans d’expérience en tant que directeur général pour les contrats USAID, gérant un budget annuel compris entre 3 et 15 millions de dollars. » (Nous soulignons, cette fois encore, ce qui nous paraît très significatif.)

À la question : « Qui nous sommes ? » l’USAID (United States Agency for International Development : Agence des États-Unis pour le développement international) répond elle-même :
« L’USAID dirige le développement international et les efforts humanitaires pour sauver des vies, réduire la pauvreté, renforcer la gouvernance démocratique et aider les gens à progresser au-delà de l’assistance. » 

Ailleurs, elle ajoute :
« Par un décret de 1961, le président John. F. Kennedy a créé l’Agence des États-Unis pour le développement international afin de diriger le développement international et les efforts humanitaires du gouvernement américain. » 

Gentil, très gentil… Trop gentil ?…

En tout cas, pour sa part, Jean François Guay a décidé de sauter le pas… en considérant, sans doute et pour finir, que « charité bien ordonnée commence par soi-même » :
« Après avoir dirigé plusieurs efforts de croissance économique du secteur privé qui ont été réalisés grâce à l’augmentation des investissements du secteur privé, il a cofondé sa propre entreprise. » (Nous soulignons la sacro-sainte référence…)

Ainsi l’heureux expert de la charité internationale…
« M. Guay est désormais copropriétaire et gestionnaire de Forex Afrique au Mali en tant que directeur financier depuis 2014. » , tandis que nous-mêmes sommes maintenant très curieux de découvrir en quoi consiste cette société-là…

Rendons-nous sur le site : forex-afrique.com
« Forex Afrique est une entreprise  de droit malien créée en 2013 par deux Canadiens combinant plus de 40 années d’expérience en Afrique de l’Ouest. » 

C’est ainsi que nous apprenons que M. Guay est de nationalité canadienne, tandis qu’avec son compère, il aura créé, juste au moment où le PACEPEP allait entrer en vigueur, une société aussi malienne que possible… dont il semble qu’elle pourrait profiter de leur expérience antérieure pour, au-delà du Mali, étendre sa zone d’influence à… l’Afrique de l’Ouest en général…

La charité risque donc d’avoir bientôt le bras très long… Mais quel domaine va-t-elle viser au Mali ou ailleurs ?…
« L’entreprise intervient dans les travaux de BTP (avec spécialité dans l’eau et l’environnement) et dans la gestion de projet. » 

Ici, nous tendons l’oreille : dans BTP (bâtiment et travaux publics), il y a une sorte d’adversaire – à moins que ce n’en soit un complément plus ou moins soumis – du… secteur privé. Forex Afrique serait-elle placée à l’intersection des deux systèmes, public et privé, tout en ayant, comme seule et unique raison d’être, l’objectif de faire valoir au maximum les intérêts du second, dont nous savons que M. Guay est un très fervent admirateur et promoteur ?

Et quel sera le territoire offert à ce curieux animal (de droit malien) ?
« Sa zone d’intervention est le Mali et la sous-région de l’Afrique de l’Ouest. » 

Ses principaux partenaires ?
« L’État malien et ses différents ministères ; le Gouvernement du Canada ; l’USAID ; diverses ONG [organisations non-gouvernementales] telles l’UNICEF [Fonds des Nations unies pour l’enfance], les institutions de recherche en agriculture, le PNUD [Programme des Nations-Unies pour le développement] ; et une multitude d’intervenants publics et privés. » 

Nous soulignons l’interface sur laquelle il va s’agir pour Forex Afrique de savoir jouer son rôle… en s’appuyant de temps à autre sur les autorités canadiennes pour « aider » les autorités maliennes à signer les bons contrats dans le cadre des travaux de BTP, et en attendant d’en faire autant, ailleurs, c’est-à-dire dans la « sous-région de l’Afrique de l’Ouest ».

Or, à côté, et peut-être un peu au-dessus de Jean François Guay, nous découvrons son compatriote canadien, Gino Pelletier, Président Directeur Général de Forex Afrique… Enchantés ! Ce sera donc pour la prochaine fois…


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