L’Ukraine, pivot de la domination des U.S.A. sur le monde de demain ?

Cette question, qui paraîtra d’abord plutôt saugrenue, trouve une réponse très inquiétante dans le livre que le géostratège états-unien d’origine polonaise, Zbigniew Brzezinski, a publié en 1997 : L’Amérique et le reste du monde (Bayard Éditions).

Sicherheitskonferenz am 01.02.2014 in München. Foto: Tobias Kleinschmidt
Zbigniew Brzezinski

D’une certaine façon, le titre dit tout. Après l’implosion de l’U.R.S.S., les U.S.A. ne trouveraient plus autour d’eux que des « restes » à gérer… au mieux des intérêts de l’impérialisme états-unien.

Dans ce champ de désastre, il y a comme une clé d’or qui brille de mille feux : l’Ukraine. Elle n’est pas la seule. Mais s’il s’agit de tenir la Chine à l’écart de la réflexion stratégique, et de se pencher avec toute l’attention nécessaire sur l’avenir de la Russie, il n’y en a plus que pour l’Ukraine… Et ceci, dès 1997 : l’Ukraine et la domination U.S.

Premier élément à retenir, selon Brzezinski : qui tient l’Eurasie (de l’Europe à la Chine), tient le monde. Or, c’est au beau milieu de l’Eurasie que se situe… l’Ukraine. Encore faut-il regarder de près ce qu’elle y fait, et ce qu’elle y fera, si les U.S.A. s’en mêlent. C’est Zbigniew Brzezinski qui l’écrit :
« Si l’on souhaite élaborer les règles d’actions géostratégiques de l’Amérique, c’est-à-dire définir les moyens qu’elle doit se donner pour gérer à long terme ses intérêts géopolitiques en Eurasie, il est indispensable de procéder à l’analyse des principaux acteurs et à une reconnaissance appropriée du terrain. » (page 67)

Parmi les États qui se sont rendus indépendants de la Russie à la suite de l’implosion de l’Union Soviétique, selon Brzezinski
« […] trois possèdent une importance géopolitique particulière : l’Azerbaïdjan, l’Ouzbékistan et l’Ukraine » . Mais il précise aussitôt :
« L’Ukraine constitue cependant l’enjeu essentiel. » (page 160)

Voici à quoi se résume, selon Brzezinski, le trousseau complet des « clés » de l’Eurasie : « L’Ukraine, l’Azerbaïdjan, la Corée, la Turquie et l’Iran constituent des pivots géopolitiques cruciaux. » (page 69)

Qu’est-ce donc qu’une clé ? Qu’est-ce qu’un pivot géopolitique ? Qu’est-ce, pour finir, que l’Ukraine ? Réponse de notre géostratège :
« La notion de pivots géopolitiques désigne les Etats dont l’importance tient moins à leur puissance et à leur motivation qu’à leur situation géographique sensible et à leur vulnérabilité potentielle, laquelle influe sur le comportement des acteurs géostratégiques. Le plus souvent, leur localisation leur confère un rôle clé pour accéder à certaines régions ou leur permet de couper un acteur de premier plan des ressources qui lui sont nécessaires. Il arrive aussi qu’un pivot géopolitique fonctionne comme un bouclier défensif pour un Etat ou une région de première importance. » (page 68-69)

Au-dessus des pivots géopolitiques, il y a donc les acteurs géostratégiques dont, par exemple, et toujours selon notre auteur : La France, l’Allemagne, la Russie, la Chine et l’Inde. Bien entendu, les Etats-Unis sont, eux, hors catégorie.

Depuis l’implosion de l’U.R.S.S., un phénomène essentiel s’est produit, constate Brzezinski :
« L’indépendance de l’Ukraine modifie la nature même de l’Etat russe. De ce seul fait, cette nouvelle case importante sur l’échiquier eurasien devient un pivot géopolitique. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie. » (page 74)

Vraiment, sans cette clé-là, n’y a-t-il plus rien à espérer pour une Russie redynamisée ? Non, affirme le géostratège :
« Quand bien même elle s’efforcerait de recouvrer un tel statut, le centre de gravité en serait alors déplacé, et cet empire pour l’essentiel asiatique serait voué à la faiblesse, entraîné dans des conflits permanents avec ses vassaux agités d’Asie centrale. Ceux-ci n’accepteraient pas sans combattre la perte de leur indépendance, récemment acquise, et s’assureraient le soutien de leurs alliés islamiques du Sud, tandis que la Chine, qui manifeste un intérêt croissant pour les nouveaux Etats d’Asie centrale, s’opposerait sans doute à la restauration de la mainmise russe. » (pages 74-75)

D’où l’importance, pour la Russie, de se ressaisir de la clé, puisque celle-ci fonctionnerait aussitôt comme un vrai prodige. C’est bien monsieur Brzezinski qui nous le dit :
« Pour Moscou, en revanche, rétablir le contrôle sur l’Ukraine – un pays de cinquante-deux millions d’habitants doté de ressources nombreuses et d’un accès à la mer Noire -, c’est s’assurer les moyens de redevenir un Etat impérial puissant, s’étendant sur l’Europe et l’Asie. » (page 75)

L’Ukraine est donc bien la « clé » de l’Eurasie… A qui donc confier la mission d’aller s’en emparer ? Brzezinski n’hésite pas une seconde :
« L’alliance avec la France lui ayant fourni la base pour jouer un rôle régional décisif, l’Allemagne peut oublier ses réserves et s’affirmer au sein de sa propre sphère d’intérêts. » (page 100)

Regardons une nouvelle fois cette Eurasie (EuropeRussie-Chine), et la pointe qui part de l’Ouest (France-Allemagne-Pologne-Ukraine) pour viser la Russie en plein cœur. Et voici que surgit la guerre idéale, la grande guerre telle que peut la rêver l’Allemagne de demain pour autant qu’elle y retrouvera son Lebensraum de toujours :
« Sur la carte européenne, cette aire oblongue couvre, à l’ouest, la France, bien entendu, et s’étend, à l’est, au-delà des Etats post-communistes d’Europe centrale, pour inclure les pays baltes, l’Ukraine et la Biélorussie, et pénétrer jusqu’en Russie. Par bien des aspects, cette zone recoupe la sphère d’influence de la culture allemande, façonnée dès l’époque prénationaliste par les colonies germanophones, urbaines et agricoles, en Europe centrale et sur les rivages de la Baltique, communautés prospères qui ont toutes été balayées dans la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale. » (page 100)

C’est signé Zbigniew Brzezinski – 1997.

Quant au joli passé de la France et de l’Allemagne, on pourra en retrouver quelques éléments essentiels ici : http://capitaltravail.canalblog.com
et là : http://marxengelslenine.canalblog.com

Michel J. Cuny

Clic suivant : Faire de l’Europe un bélier qui brisera la Russie

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