Pour dégommer Muammar Gaddhafi, un bon tiers d’activistes…

Sida et industriels français de la défense… Nous en sommes là du rapport présenté en janvier 2008 par Axel Poniatowski. Et soudain son texte prend un goût de déjà avalé…

Au-delà du contentement extrême que manifestait son avant-propos, Pierre Moscovici avait dû nous faire un terrible aveu qu’il faut reprendre ici pour donner du sel à ce qu’Axel Poniatowski va devoir un peu pitoyablement nous annoncer :
« […] l’audition de Madame Cécilia Sarkozy restera une pièce absente dans le puzzle, un chaînon manquant dans le déroulement des faits, denses et parfois chaotiques, qui ont mené à la libération des soignants bulgares. »

Décidément cette belle tragédie, dont il nous a annoncé à grands coups de clairon qu’elle était un chef-d’œuvre bien de chez nous, risque de nous faire un effet un peu riquiqui.

Car voici le fait. Si Axel Poniatowski, le metteur en scène, est très bon, certains des acteurs ont dû prendre délibérément un mauvais métro puisque, s’il faut en croire le distingué rapporteur :
« Les responsables politiques bulgares et libyens, le représentant du Qatar, ainsi que certaines personnalités – M. Tony Blair, ancien Premier ministre du Royaume-Uni, et M. Frank-Walter Steinmeier, ministre des affaires étrangères d’Allemagne, par exemple – qui ont eu l’occasion de jouer un rôle particulier au cours des huit années de détention des otages, n’ont pas souhaité répondre aux invitations à s’exprimer qui leur ont été adressées. »

Et notamment, donc, le petit Qatar… C’est ce défaut-là qui nous chagrine le plus, il faut bien l’avouer. Mais les Archives de la XIIIème Législature (20 juin 2007 – 19 juin 2012) nous aident à retrouver assez rapidement toutes nos dents. Par la liste qu’elles fournissent, elles nous rappellent qu’il y avait quatre des intervenants – de ceux qu’on peut voir et entendre sur les vidéos de la Commission d’enquête de l’Assemblée nationale – qui appartenaient à ce moment-là au groupe d’amitié France-Qatar : MM. Loïc Bouvard (secrétaire), Jean-François Lamour, François Loncle et Lionnel Luca. Disons tout de suite que, s’il s’agit de mordre le Kadhafi, c’est sans doute l’avant-dernier qui s’y prête le mieux. Au surplus, il est socialiste, lui ; les autres étant UMP. N’omettons pas non plus de dire qu’il y a encore deux autres membres – restés muets ceux-ci – de la Commission d’enquête qui appartenaient au groupe d’amitié France-Qatar : Éric Raoult et Michel Voisin.

Quant à Alain Bocquet (communiste), ce n’est qu’au temps de la Législature suivante (commencée en juin 2012) qu’il a rejoint, à la vice-présidence de France-Qatar (où l’avionneur était déjà précédemment), Olivier Dassault… dont l’entreprise a des intérêts au Qatar depuis fort longtemps.

Mieux vaut, en effet, tard que jamais. Or, Alain Bocquet n’est pas le seul membre de la Commission d’enquête de la fin 2007 et du début de 2008 à avoir rejoint les « amis » de l’État du Qatar dès la Législature suivante. Il faut lui ajouter Marie-Louise Fort (vice-présidente de la… Commission d’enquête), François RochebloineDino Cinieri et Daniel Goldberg.

Chacune et chacun étant ainsi en quelque sorte rendu(e) à sa vraie place, revenons au rapport d’Axel Poniatowski  :
« La Constitution ne permettant pas, en application du principe de la séparation des pouvoirs, de convoquer le Président de la République, la question s’est posée de savoir s’il fallait entendre Mme Cécilia Sarkozy. »

Très bravement, le rapporteur s’en remet aussitôt à la succulente histoire de « l’homme qui a vu l’homme, qui a vu... » nous savons quoi. C’est ce qui s’appelle « se foutre du monde ». Mais c’est très élégamment fait. Voici en quels termes :
« Pour autant, la majorité des commissaires a estimé qu’il n’était pas nécessaire de procéder à l’audition de l’épouse du chef de l’Etat. Mme Cécilia Sarkozy a en effet rendu compte de ses discussions au secrétaire général de la présidence de la République, M. Claude Guéant, très longuement entendu par la commission d’enquête, ainsi qu’au conseiller technique du Président de la République, spécialiste de la région, M. Boris Boillon, qui l’accompagnait, et que la commission a également auditionné avec un grand profit. »

D’où il convient d’inférer ceci :
« Pourquoi réentendre ce qui avait déjà été dit par ses proches, si ce n’est pour donner le sentiment de vouloir satisfaire une curiosité médiatique ? »

Bonne idée ! Qui aurait pu être étendue aux onze amis ou futurs amis de l’émirat présents dans cette Commission de trente membres : quel rôle a donc tenu le Qatar dans cette affaire de libération des infirmières et du médecin ? Et maintenant que Muammar Gaddhafi n’est plus de ce monde grâce, en particulier, au Qatar, quel rôle ces onze-là estiment-ils avoir joué, chacun avec son talent propre, dans l’assassinat programmé de longue date de cet homme et de son peuple ?…

Michel J. Cuny

Clic suivant : Muammar Gaddhafi… Cela ne nous regarde pas

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