Une analyse qui nous prend parfois à revers

La lecture de Karl Marx n’est pas de tout repos pour ces personnages que nous sommes devenus à force de vivre dans un pays décidément impérialiste.

Comme je l’ai indiqué : dans l’entretien du 24 janvier 1848, certains extraits de Misère de la philosophie (1847) apparaissent. Je vais ici en prendre un autre qui permet de voir que l’analyse marxiste n’oublie pas de nous mettre en cause, même lorsque nous n’avons pas, nous-mêmes, de raison apparente de nous sentir en situation d’exploiter autrui… à mort.

Voici le début de cet extrait :
« Quant aux classes ouvrières, c’est encore une question fort contestée que de savoir si leur condition s’est améliorée à la suite de l’accroissement de la richesse prétendue publique. Si les économistes nous citent, à l’appui de leur optimisme, l’exemple des ouvriers anglais occupés à l’industrie cotonnière, ils ne voient leur situation que dans les rares moments de la prospérité du commerce. Ces moments de prospérité sont, aux époques de crise et de stagnation, dans la « juste proportion » de 3 à 10. »

En termes modernes, ce que Karl Marx appelle l’accroissement de la richesse prétendue publique, c’est l’augmentation du P.I.B., c’est la croissance économique. Les fruits de celle-ci sont-ils suffisamment bien « redistribués » pour que les ouvrières et les ouvriers puissent en profiter, elles et eux qui, selon Karl Marx lui-même, ont pour fonction d’être exploité(e)s dans le cadre de l’obtention nécessaire d’un profit ? Oui, répondent les économistes (libéraux) : dans ces années de croissance qui, selon leurs calculs, sont de trois, pour sept années de crise…

Acceptons-en l’augure, poursuit Karl Marx, non sans un certain humour, tant la proportion est déséquilibrée, et voici la seconde partie de son propos  :
« Mais peut-être aussi en parlant d’amélioration, les économistes ont-ils voulu parler de ces millions d’ouvriers qui durent périr aux Indes orientales, pour procurer au million et demi d’ouvriers occupés en Angleterre à la même industrie, trois années de prospérité sur dix. »

tissage

Les cheveux ont alors tendance à se dresser sur nos têtes… Ainsi, les exploité(e)s d’entre les exploité(e)s d’un pays impérialiste peuvent-ils-elles, ne pas être complètement indemnes de ces rapports de classe internationaux qui les rangent d’un certain côté de l’échiquier politique mondial. Qu’en peut-il être alors de toutes celles et de tous ceux qui ne partagent pas même cette condition prolétarienne ?

D’où, parfois, cette collusion plus ou moins volontaire de tout un peuple derrière la part de cette bourgeoisie nationale qui tend à s’internationaliser par le biais des financements ou des guerres qui sont les fers de lance de l’impérialisme lui-même.

Suite : De l’esclavage au contrôle impérialiste des sources d’énergie, quoi de changé ?

Michel J. Cuny

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