La petite pieuvre impérialiste qui est occupée à dévorer peu à peu le Mali…

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

En 2006, travaillant pour le compte de l’USAID (c’est-à-dire pour armer le bras de la charité états-unienne dans le monde entier), l’agence Carana Corporation, se tourne vers le Mali…
« Sur une population totale de base de 11,6 millions de personnes, environ 2 millions de citoyens maliens vivent ou travaillent en Côte d’Ivoire. » (page 9)

Impossible, alors, de nier qu’il doit y avoir d’importants transferts financiers de l’un de ces pays à l’autre, soit au titre des échanges commerciaux, soit au titre de transferts d’argent entre les expatriés et leurs proches restés au Mali… Pour autant qu’il s’y trouve quelque chose d’ « informel », il paraît que les promoteurs de l’activité bancaire – c’est-à-dire tout spécialement ces représentants de l’Occident que sont les conseillers délégués par l’USAID en Afrique de l’Ouest – ne pourront que s’en plaindre auprès des deux gouvernements : comment cela ? vous omettez de contrôler ce très important « trafic » !…

Mise sur cette piste, Carana Corporation essaie de comprendre pourquoi il est si facile, aux Africains de l’Ouest, de taire certains chiffres qui permettraient de démasquer les à-peu-près de la comptabilité officielle du Mali :
« Comme au Ghana, l’hypothèse selon laquelle la plupart des échanges sont orientés vers les anciens dirigeants coloniaux obscurcit l’étendue des accords commerciaux intra-régionaux. » (page 9)

Peut-être cela voudrait-il dire que, jusqu’à présent (2006), les Occidentaux avaient d’autres chats à fouetter que d’essayer de s’intéresser à cette partie de l’économie ouest-africaine qui n’était qu’interne… En conséquence de quoi, les États africains correspondants auraient choisi de permettre aux échanges financiers qui s’y font en espèces, de croître et d’embellir en dehors des regards indiscrets des anciennes puissances coloniales… L’Afrique de l’Ouest y referait ses forces… en même temps qu’elle prendrait la voie d’une unification économique bâtie au jour le jour par la population africaine elle-même…

Quoi qu’il en soit, assure Carana Corporation, l’absence d’une législation organisant le commerce intra-africain de l’Afrique de l’Ouest est devenue une préoccupation internationale parce qu’elle nuit terriblement aux activités de contrôle que les banques sont seules à pouvoir exercer s’il s’agit de faire triompher la liberté d’entreprise dans le monde entier…
« L’examen de la politique commerciale du Mali réalisé en 2004 par l’Organisation mondiale du commerce indique que : « La disponibilité des services financiers reste l’un des obstacles les plus importants au développement économique du Mali car l’offre disponible dans le secteur bancaire se concentre sur la Compagnie Malienne de Développement du Textile (CMDT), l’industrie formelle et l’import-export, en négligeant la demande des PME et des agriculteurs. » » (pages 9-10)

Mais pourquoi donc les banques maliennes ne s’intéressent-elles pas, de leur propre chef, à cette partie-là de l’économie du pays ? Indirectement, Carana Corporation nous le dit et nous donne, en même temps, la solution proposée et déjà partiellement mise en œuvre par les instances internationales :
« Le Mali compte neuf banques commerciales. Le gouvernement a des participations dans certaines banques, notamment pour soutenir les secteurs de l’agriculture et du logement. À la suite des recommandations de la Banque mondiale que le gouvernement se retire du secteur bancaire, deux banques ont été privatisées et une troisième est en phase finale du processus. » (page 10)

Selon les sbires délégués par les organismes qui, comme le FMI (Fonds monétaire international) ou l’OMC (Organisation mondiale du commerce), font en permanence la promotion du capitalisme et de l’impérialisme à l’intérieur même des systèmes économiques en vigueur ici ou là sur la planète terre, ce serait donc bien le secteur public (ici, l’État malien) qui embrouillerait tout… Autrement dit, pour ce pays en particulier : une malheureuse survivance de l’État socialiste tel que Modibo Keïta le voulait au tout début des années 1960 continue à faire le plus grand tort à l’exploitation de l’être humain par l’être humain à l’intérieur même du Mali…

Et alors que nous voulions étudier, à partir du Rapport de Carana Corporation, le mécanisme en cause dans ces affaires de transferts financiers qui échappent aux banques, c’est bien l’USAID qui nous saute, une fois encore, au visage, à propos de ce pays où l’un de nous deux (Issa Diakaridia KonéMichel J. Cuny) vit :
« Selon les experts de Trade Mali (projet financé par l’USAID), il existe un volume important d’exportations agricoles vers la région de l’Afrique de l’Ouest. » (page 11)

Et ceci pour ajouter aussitôt que…
« Les marchandises sont payées en espèces dans le cadre d’une transaction de personne à personne entre le producteur et l’acheteur. Parfois, les acheteurs achètent des biens à crédit, mais le financement se fait généralement en dehors des institutions financières. » (page 11)

Or, tandis que le Gouvernement feint de ne pas savoir cela… les banques elles-mêmes sont condamnées à n’en rien savoir non plus… et, ceci, très particulièrement, parce que l’État lui-même est présent dans leurs conseils d’administration… Il faut donc qu’au-delà des vestiges de la révolution opérée par Modibo Keïta au début des années soixante, la contre-révolution menée par les grandes institutions internationales dominées par les États-Unis (l’USAID ?) vienne faire le ménage au Mali…

Elle devrait obtenir, de l’État malien qui – quoi que l’on puisse penser du processus électif de désignation de ses responsables – représente la population travailleuse malienne elle-même, qu’il retire ses hommes de la direction des banques, et fournisse les vrais chiffres des transactions financières qui rattachent le Mali à l’ensemble des pays ouest-africains qui l’environnent… alors que c’est ce qu’il lui reste de sa sphère d’autorité réelle… sur ce terrain-là.

Autre chose encore nous remet en mémoire le glorieux temps de la Fédération du Mali et de Modibo Keïta. C’est ce que nous lisons à la page 14 du Rapport de Carana Corporation :
« Au sein de la CEDEAO [Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest], le Sénégal exporte principalement vers le Mali, avec lequel il partage une relation sociopolitique et économique historique qui souligne une grande fluidité entre les deux pays. » 

N’aurait-elle pas pu s’établir autrement que sous l’autorité – désormais reconstituée – des anciens pays colonisateurs et des États-Unis qui ont réussi à s’y agréger, tout particulièrement à travers cette pieuvre presque invisible qui a pour nom : USAID ?


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