La boucle infernale dans laquelle les États-Unis s’efforcent d’enfermer le Mali

par Michel J. Cuny et Issa Diakaridia Koné

La série d’articles, dont voici le onzième, avait commencé par cette question : Que vient faire le Danemark au Mali ?

Étudiant tout d’abord le versant militaire de l’intervention de ce petit pays du nord de l’Europe, nous avions constaté qu’au-delà de lui apparaissait une longue série de pays européens eux-mêmes impliqués – chacun à sa façon – sur ce même versant militaire. Sans doute y en a-t-il d’autres encore, mais, dans un premier temps, nous pouvons nous en tenir à cette liste rangée dans l’ordre alphabétique : Allemagne, Belgique, Danemark, Estonie, France, Norvège, Portugal, Royaume-Uni…

C’était la crise, survenue en 2012 dans la région nord du Mali, qui leur avait ouvert la voie de l’intervention… après qu’en 2011 on eut écrasé la Libye sous les bombes, et assassiné son guide Muammar Gaddhafi

Quant à l’implication plus large du Danemark au Mali, il nous est bientôt apparu qu’elle visait un autre objectif… Un Programme d’Appui à la Croissance Économique et de Promotion de l’Emploi stimulées par le Secteur Privé (PACEPEP) avait été signé en 2013 entre la république du Mali et le royaume de Danemark. Il tendait à dynamiser très fortement le… secteur privé au beau milieu d’une petite agriculture marquée par une extrême pauvreté… Programme qui ne peut qu’apparaître douteux aux yeux de quiconque se défend de croire aux miracles…

Mais c’est alors que notre attention a été attirée par l’un des deux personnages qui ont reçu la responsabilité, en 2018, d’établir un Rapport sur ce Programme qui devait s’achever un an plus tard : M. Jean François Guay de nationalité canadienne… Sur le site devex.com, il y avait, à la fin du mois de décembre 2019, cette série d’indications :
« Jean François Guay est un ancien banquier – issu directement du secteur privé. À ce titre, il apporte une approche et une expérience du secteur privé au travail qu’il effectue dans le développement. M. Guay est un professionnel international de la finance et des investissements dans l’agroalimentaire avec plus de 20 ans d’expérience professionnelle dans les pays en développement et 8 ans dans le secteur privé. » (Nous soulignons…)

La suite nous indiquait qu’il est un spécialiste de la « mise en œuvre de contrats USAID »… Sous ces dernières initiales, se trouve un organisme dont la provenance géographique est aussitôt indiquée : United States Agency for International Development (Agence des États-Unis pour le développement international), tandis que lui-même se présente de la façon suivante :
« L’USAID dirige le développement international et les efforts humanitaires pour sauver des vies, réduire la pauvreté, renforcer la gouvernance démocratique et aider les gens à progresser au-delà de l’assistance. » 

Quant à notre expert canadien… « M. Guay est désormais copropriétaire et gestionnaire de Forex Afrique au Mali en tant que directeur financier depuis 2014. » Le site : forex-afrique.com ajoute que « sa zone d’intervention est le Mali et la sous-région de l’Afrique de l’Ouest ».

Sous la date du 17 janvier 2020, le site maliactu.info nous indiquait qu’une très importante réunion avait eu lieu le 3 octobre 2013 dans le luxueux hôtel Massaley de Bamako. Nous apprenions que…
« Cette initiative est co-présidée par le Conseil national du patronat du Mali (CNPM) et l’Initiative intégrée pour la croissance économique au Mali (IICEM). »

Dans l’immédiat, cela ne nous disait rien de bien précis. Mais la suite nous aurait presque fait sursauter :
« Dans son discours d’ouverture, le directeur de l’IICEM, Jean François Guay, a déclaré que… »

Le revoici donc…

Passons du 17 janvier 2020 (site maliactu.info) au 22 janvier suivant (site abtassociates.com). Voici un article intitulé :
« Aider les agriculteurs du Mali à développer leurs affaires et à faire face à une crise politique. »

Autrement dit : l’envahissement du nord du Mali peut-il nuire aux bonnes affaires ?… On pourrait effectivement le craindre…
« Pourtant, Abt Associates, à travers le projet Initiatives intégrées pour la croissance économique au Mali (IICEM) de l’USAID, a réussi à exploiter le vaste potentiel agricole du Mali, en introduisant des outils pratiques et de nouvelles approches pour la culture, la commercialisation et la transformation du riz, du millet et du sorgho. » 

Eh oui, à travers l’IICEM et l’USAID, nous venons de retrouver une nouvelle fois Jean François Guay… Et, avec celui-ci, nous retombons à pieds joints sur les États-Unis :
« L’IICEM – le programme de croissance économique de l’USAID / Mali dans le cadre de l’initiative Feed the Future [= nourrir le futur] du gouvernement américain – a contribué à renforcer les maillons faibles tout au long de la chaîne de valeur de ces cultures de base, des petits agriculteurs aux acheteurs de supermarchés. »

Cependant que le site abtassociates.com formule bravement le but que tous ces gens-là poursuivent : « Réduire les coûts, augmenter les bénéfices », slogan de la liberté d’entreprise et du capitalisme le plus débridé…

Enfin, le 20 février 2020, nous nous trouvions en présence du site banyanglobal.com. Nous y découvrions un article qui date du 15 mars 2017, après avoir été publié initialement par Trade Hub Communications. Il porte le titre : « Le West Africa Trade Hub  [Centre Commercial de l’Afrique de l’Ouest] forme les partenaires d’exécution de l’USAID aux clés du financement. »

Le 20 février 2017, à Bamako, l’une des intervenantes, madame Diallo
« a expliqué que cette formation l’a aidée à comprendre de quelles informations les producteurs agricoles avec lesquels elle travaille ont besoin avant d’avoir accès à un financement formel, notamment un plan d’affaires et des dossiers financiers. » 

Trade Hub Communications nous en dit un peu plus :
« Mme Diallo faisait partie des 20 représentants des organisations régionales maliennes et ouest-africaines – tous membres du réseau Feed the Future  de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) – pour recevoir une formation et un coach sur le Trade Hub en matière de financement des agro-industries. » 

Rappelons que nous tirons ces dernières informations du site banyanglobal.com. En voici la suite…
« Jean François Guay, de Banyan Global, a dirigé cette formation, qui a fourni de nouvelles informations sur la façon dont les agro-entreprises peuvent accéder au financement des institutions financières formelles. »

Mais la pieuvre états-unienne n’a pas fini de nous surprendre, avec, toujours, cette USAID qui pleure sur toutes les misères du monde, rien que pour les brancher sur son système bancaire d’exploitation des êtres humains :
« Pour dispenser cette formation, le Trade Hub s’est associé au programme USAID / Mali Finance for Food Security and Women Entrepreneurs (FFSWE). Le FFSWE a invité des représentants de la plateforme de facilitation des investissements au Mali de l’USAID et des projets de formation pour la croissance, ainsi que d’autres partenaires de mise en œuvre de l’USAID. »


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